Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102368
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2102368 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL PLMC AVOCATS |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I) Par une requête, transmise par le tribunal administratif de Montreuil le 28 juin 2021, enregistrée le même jour auprès du greffe du tribunal administratif d'Orléans sous le numéro 2102368, l'Interprofession des vins de Loire, représentée par Me Lafont, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice générale de France AgriMer a rejeté le recours gracieux formé contre la décision du 16 octobre 2020 portant liquidation de l'aide dont elle bénéficie au titre du programme de promotion des vins sur les marchés des pays tiers pour l'année 2017 en tant qu'elle écarte de l'aide un volume de
96 464 euros correspondant à un montant d'aide de 48 232 euros ;
2°) de condamner France AgriMer à lui verser la somme de 48 232 euros en application de la convention 442-17 qu'ils ont signée ;
3°) de mettre à la charge de France AgriMer une somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'Interprofession des vins de Loire soutient que :
- les dépenses engagées pour la diffusion d'une newsletter en quatre langues pour quatre pays concernés par l'action relation presse n'ont pas à être proratisées et doivent être intégralement prises en compte pour la détermination du montant de l'aide due ;
- les dépenses engagées au titre de frais techniques facturés par une entreprise américaine sont éligibles au bénéfice de l'aide dans la mesure où elles ont permis de mettre en œuvre un site internet en langue anglaise accessible à tous, site internet qui est le seul en langue anglaise qu'elle administre ;
- un montant de dépenses de 56 052,52 euros a été rejeté à la suite de modifications majeures du programme sans que ce rejet ne soit motivé ; à ce titre, la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- en tout état de cause, la modification majeure du programme qu'elle a sollicitée a été acceptée ;
- la décision contenue dans la fiche de liquidation est injuste et engendre une sanction disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer (France AgriMer) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la décision présentée comme arrêtant le montant de l'aide pour le programme 2017, contre laquelle la requérante aurait entendu formé un recours gracieux, ne constitue que le courrier d'ouverture de la procédure contradictoire ; seule la décision prise le 16 avril 2021, contestée dans une seconde requête, peut faire l'objet d'un recours gracieux puis d'un recours contentieux ; en l'espèce, il n'y a pas de décision de rejet implicite d'un recours gracieux ; la requête est, par suite, irrecevable ;
- en toute hypothèse, une décision est intervenue le 16 avril 2021, contestée par une autre requête, de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la présente requête ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II) Par une requête, transmise par le tribunal administratif de Montreuil le 26 avril 2022, enregistrée le même jour auprès du greffe du tribunal administratif d'Orléans sous le numéro 2201428, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 14 novembre 2022 et 12 mars 2024, l'Interprofession des vins de Loire, représentée par Me Lafont, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 avril 2021 par laquelle la directrice générale de France AgriMer a rejeté le recours gracieux formé contre la décision du 16 octobre 2020 portant liquidation de l'aide dont elle bénéficie au titre du programme de promotion des vins sur les marchés des pays tiers pour l'année 2017 ;
2°) de condamner France AgriMer à lui verser la somme de 45 877 euros en application de la convention 442-17 qu'ils ont signée ;
3°) de mettre à la charge de France AgriMer une somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'Interprofession des vins de Loire soutient que :
- les dépenses engagées pour la diffusion d'une newsletter en quatre langues pour quatre pays concernés par l'action relation presse n'ont pas à être proratisées et doivent être intégralement prises en compte pour la détermination du montant de l'aide due ; il est pris acte de l'accord de France AgriMer sur l'éligibilité de ces dépenses ;
- les dépenses engagées au titre de frais techniques facturés par une entreprise américaine sont éligibles au bénéfice de l'aide dans la mesure où elles ont permis de mettre en œuvre un site internet en langue anglaise accessible à tous, site internet qui est le seul en langue anglaise qu'elle administre ;
- un montant de dépenses de 56 052,52 euros a été rejeté à la suite de modifications majeures du programme alors même que ladite modification du programme a été acceptée par France AgriMer ; en effet, celle-ci a été demandée avant même la signature de la convention ;
- en tout état de cause, le motif de refus de la modification majeure du programme qu'elle a sollicitée est infondé puisque la demande de modification n'est due qu'aux atermoiements de France AgriMer ; en outre, les décalages d'opérations entre années sont possibles ;
- la décision contenue dans la fiche de liquidation est injuste et engendre une sanction disproportionnée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 septembre 2022 et 27 février 2024, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer (France AgriMer) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la décision du directeur général de France AgriMer n°INTV-POP-2017-26 du 18 mai 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Palis De Koninck ;
- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'interprofession des vins de Loire, association visant notamment à assurer la commercialisation de produits vitivinicoles sur différents marchés, notamment internationaux, a déposé un dossier de demande d'aide à la promotion des vins vers les pays tiers à l'Union européenne dans le cadre de l'appel à projets lancé par l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer (France AgriMer) le 15 décembre 2016. Le 10 août 2017, ce dernier a rendu un avis partiellement favorable à la demande d'aide présentée. Une convention a été conclue, le 9 octobre 2017, entre France AgriMer et l'association relative au soutien d'un programme pour la promotion hors de l'Union européenne de vins bénéficiant d'une appellation d'origine protégée ou d'une indication géographique protégée portant sur le dispositif d'aide pour les programmes 2017 et 2018. Pour l'année 2017, le montant maximal des dépenses éligibles s'élevait à 862 640 euros pour un montant d'aide maximal de 432 320 euros. Le 8 juin 2018, l'Interprofession des vins de Loire a transmis à France AgriMer sa demande de paiement pour l'année 2017. Par courrier du 16 octobre 2020, France AgriMer l'a informée qu'un certain nombre de dépenses n'étaient pas éligibles et n'ouvraient pas droit au bénéfice de l'aide et l'a invitée à formuler ses observations, ce que l'association a fait dans un courrier du 11 décembre 2020 présenté comme un recours gracieux. Par une décision du 16 avril 2021, France AgriMer a tenu compte des observations formulées et réintégré au montant de l'aide admise la somme de 2 360,32 euros tout en déclarant inéligibles un certain nombre de dépenses. Par la requête enregistrée sous le n°2102368, l'Interprofession des vins de Loire demande l'annulation de la décision implicite rejetant ce qui est présenté comme un recours gracieux effectué le 11 décembre 2020. Par la requête enregistrée sous le n°2201428, elle demande l'annulation de la décision du 16 avril 2021 en tant qu'elle rejette un certain nombre de dépenses engagées n'ouvrant pas droit au bénéfice de l'aide financière conventionnalisée.
2. Les requêtes n°s 2102368 et 2201428 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir dirigée contre les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite rejetant le recours gracieux formé par l'Interprofession des vins de
Loire :
3. Il ressort des pièces du dossier qu'après réception de la demande de paiement de l'aide pour l'année 2017 présentée par l'Interprofession des vins de Loire, France AgriMer lui a indiqué, par courrier du 16 octobre 2020, qu'il était envisagé de lui verser
342 894,58 euros d'aide en application d'une fiche de liquidation qui était jointe, précisant les motifs de rejet ou d'inéligibilité de certaines dépenses. Ce courrier invitait l'association requérante à présenter ses observations dans un délai de soixante jours en précisant que la décision d'octroi de l'aide serait arrêtée sur la base des éléments transmis. Ce courrier ajoutait, en outre, qu'une fois la décision prise après réception des justificatifs utiles, l'association disposerait alors de " soixante jours supplémentaires pour former un recours gracieux ou un recours contentieux ". L'Interprofession des vins de Loire a apporté les justificatifs qu'elle estimait utiles par un courrier du 11 décembre 2020 qui ne peut s'analyser comme un recours gracieux mais comme un courrier contenant les observations qu'elle était invitée à formuler à France AgriMer. Ce dernier n'a donc pas implicitement pris une décision de rejet d'un recours gracieux qui pourrait être contestée devant le tribunal. Au contraire, il a tenu compte des observations formulées pour adopter la décision arrêtant le montant de l'aide accordée à l'Interprofession des vins de Loire. Par suite, comme le fait valoir France AgriMer en défense, la décision de rejet d'un recours gracieux contestée dans la requête n°2102368 n'existe pas. La fin de non-recevoir est accueillie et les conclusions à fin d'annulation présentées dans cette requête sont, par suite, rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 avril 2021 :
4. Aux termes de la décision attaquée et de la fiche de liquidation de l'aide qui y était jointe, France AgriMer a retenu pour l'année 2017 que l'Interprofession des vins de Loire avait réalisé 690 509,80 euros de dépenses éligibles au bénéfice de l'aide sollicitée lui ouvrant droit à une aide d'un montant de 345 254,90 euros. L'établissement a, d'une part, rejeté 76 258,96 euros de dépenses suite à des modifications majeures de programme et, d'autre part, considéré comme non éligibles 15 485,79 euros de dépenses. L'association requérante conteste l'inéligibilité de deux dépenses concernant la diffusion d'une newsletter et les frais techniques pour l'administration d'un site internet et le rejet des dépenses engagées dans le cadre de l'opération concernant l'Australie pour un montant de 54 379,71 euros.
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les dépenses engagées pour la diffusion d'une newsletter ont finalement, au vu des observations présentées par l'Interprofession des vins de Loire, été considérées comme éligibles et ont été prises en compte, dans la décision attaquée, pour la détermination du montant de l'aide qui a été allouée à la requérante pour l'année 2017.
6. En deuxième lieu, aux termes de la décision attaquée, France AgriMer a déclaré comme non éligible au dispositif d'aide une partie des frais techniques engagés pour la mise en place d'un site internet à destination principalement des Etats-Unis. Il a admis comme éligible un prorata de 43,4 % de ces dépenses correspondant au pourcentage de visiteurs américains sur le site internet et les réseaux sociaux en 2017. L'interprofession des vins de Loire soutient que l'intégralité de la dépense devait être prise en compte dans la mesure où un site internet en langue anglaise est accessible à tous, sans qu'il soit possible d'apporter la preuve qu'il n'est pas consulté par des ressortissants tiers au pays cible de l'action de promotion. Toutefois, la décision du directeur de France AgriMer du 18 mai 2017 visée ci-dessus prévoit dans ses annexes que pour les dépenses liées à des sites internet, le bénéficiaire de l'aide doit être en mesure de justifier de son utilisation " dans le seul pays concerné par le programme ". En dépit de cette disposition, les services de France AgriMer ont admis l'éligibilité d'une partie des dépenses supportées par l'association requérante en tenant compte d'un prorata déterminé au vu de la consultation du site par les ressortissants des Etats-Unis, pays cible de l'opération, prorata qui en lui-même n'est pas contesté. Dans ces conditions, l'Interprofession des vins de Loire n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le directeur de France AgriMer a déclaré inéligible au dispositif d'aide une partie des dépenses correspondant aux frais techniques pour le programme Etats-Unis.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que France Agrimer a rejeté toutes les dépenses déclarées par l'Interprofession des vins de Loire concernant les actions menées en Australie, compte tenu de l'écart constaté entre les dépenses présentées et le budget arrêté dans la convention. L'établissement a estimé que l'association avait significativement modifié son programme et que cette modification remettait en cause les objectifs généraux et la finalité de l'opération. Aucune aide n'a donc été accordée en 2017 pour les actions réalisées en direction de l'Australie.
8. Aux termes de l'article 6.1 de la décision du directeur de France AgriMer du 18 mai 2017, dont les dispositions sont reprises dans la convention conclue le 9 octobre 2017 : " Pour les opérations retenues, FranceAgriMer signe avec l'opérateur une convention qui en précise les caractéristiques principales (l'intégralité des budgets et des objectifs des différentes opérations figure en annexe à la convention) ainsi que leurs modalités de financement. La convention précise le montant maximum de l'aide qui pourra être octroyée pour chaque opération sous réserve du respect par le bénéficiaire de ses obligations ". L'article 6.2 indique que : " Une opération approuvée par FranceAgriMer peut faire l'objet de modifications à condition que : les objectifs généraux de l'opération et sa finalité ne soient pas remis en cause ; la modification n'ait pas d'incidence sur les conditions d'admissibilité de l'opération ; / que la modification portant sur un critère de priorité ne remette pas en cause les conditions de sélection de l'opération aidée. / La finalité ou les objectifs généraux de l'opération sont considérés comme remis en cause dès lors que la modification affecte les actions principales de l'opération. Ces actions principales sont définies comme celles qui, prises dans l'ordre décroissant d'importance des dépenses, totalisent de manière cumulée au minimum 60% du montant de l'opération. Les actions principales de l'opération ne peuvent pas être annulées sans remettre en cause l'éligibilité de l'opération. / Il existe deux catégories de modifications : 1 - Les modifications dites " mineures " : elles peuvent être réalisées sans l'approbation de FranceAgriMer mais doivent être notifiées à FranceAgriMer. Sont définies comme modifications mineures : les transferts financiers entre actions jusqu'à concurrence de 20% des montants initialement approuvés, pour autant que le montant total de l'aide de l'opération ne soit pas dépassé ;/ la modification des caractéristiques du matériel ou des prestations pour une action, sans modification du budget./ Pour chaque action, la baisse du budget dans la limite de 20% de celui initialement approuvé est donc possible sans augmentation du budget d'aucune autre action. Cette diminution constitue une modification mineure. / 2 - Les modifications dites
" majeures " : toute modification autre que celles définies ci-dessus est une modification majeure. Elle doit être notifiée et approuvée par FranceAgriMer. / Procédure de notification des modifications mineures et majeures : La procédure de notification est commune aux modifications mineures et majeures. Les modifications apportées à l'opération sont notifiées par téléprocédure au plus tard au moment de la demande de paiement dans la téléprocédure./ Si lors de l'instruction de la demande de paiement, FranceAgriMer détermine qu'une modification majeure n'a pas été notifiée dans les délais, l'ensemble de l'opération est rejeté. / () Procédure d'approbation des modifications majeures : Après réception d'une demande de modification, FranceAgriMer effectue une réponse sous un délai de deux mois. Le silence de l'administration sous ce délai vaut refus de la modification majeure. Le bénéficiaire peut alors effectuer un recours auprès de FranceAgriMer. / Le bénéficiaire peut engager des dépenses qui correspondent à l'opération modifiée avant d'obtenir une approbation formelle de FranceAgriMer. En cas de refus de la modification majeure par FranceAgriMer, il en assume les conséquences (rejet de l'ensemble de l'opération, c'est-à-dire du pays ou groupe de pays pour l'année considérée)./ En aucun cas, il n'est autorisé : - d'ajouter ou d'échanger des pays en cours de programmation ; / de transférer des budgets entre opérations (c'est-à-dire entre pays ou groupe de pays et entre années pour ces mêmes pays ou groupes de pays) ; / de demander une augmentation du montant de l'aide d'une opération ou de l'aide totale prévue dans la convention. () "
9. Il résulte de ces dispositions qu'une réduction du budget d'une opération de plus de 20% constitue une modification majeure du programme qui doit être approuvée par France AgriMer au risque de voir l'intégralité des dépenses engagées dans le cadre de cette opération rejetée.
10. D'une part, en l'espèce, le programme validé par la convention conclue le 9 octobre 2017 prévoyait pour l'Australie l'engagement de dépenses d'un montant de 93 520 euros pour l'année 2017 comme pour l'année 2018. Or, il ressort de la demande de paiement présentée par l'Interprofession des vins de Loire que ce budget pour 2017 a été réduit de plus de 20%. Contrairement à ce que soutient l'association requérante, les dispositions précitées de l'article 6 de la décision du directeur de France AgriMer n'autorise pas le transfert de budget d'une année sur l'autre pour le même pays. Aussi, ne pouvait-elle pas reporter une partie des dépenses non engagées en 2017 sur l'année 2018, ce qui lui a, au demeurant, été indiqué par les services de France AgriMer avant même la conclusion de la convention. L'association requérante a donc apporté une modification dite majeure à son programme.
11. D'autre part, l'Interprofession des vins de Loire soutient que cette modification, dans la mesure où elle a été sollicitée avant même la conclusion de la convention du 9 octobre 2017, a été acceptée par France AgriMer. Toutefois, ladite convention, qui reprend les budgets des opérations pays par pays et année par année, tient compte d'un volume de dépenses annuelles de 93 520 euros pour l'Australie. S'il ressort des pièces du dossier que dès le 18 août 2017, l'Interprofession des vins de Loire indiquait qu'elle solliciterait une modification majeure pour réduire le budget de l'opération concernant l'Australie en 2017, elle a signé la convention validant le budget initial de l'opération. Elle a finalement sollicité cette modification par courrier du 8 septembre 2017, alors qu'elle venait de renvoyer la convention signée. Le directeur de France AgriMer, en signant la convention, n'a donc nullement accepté la modification qui lui était proposée. Au contraire, en application des dispositions précitées de l'article 6-2 de la décision du 18 mai 2017, faute de réponse dans le délai de deux mois, une décision de refus d'acceptation est intervenue. Cette décision a été confirmée par une décision expresse du 9 février 2018. Le programme pour l'opération Australie au titre de l'année 2017 n'était donc pas modifié.
12. Enfin, la circonstance invoquée par l'association requérante qu'elle ne pouvait pas réaliser le programme en litige du fait du délai relativement long avec lequel le directeur de France AgriMer a signé la convention du 9 octobre 2017 est sans incidence sur le fait que le programme validé n'a pas été modifié. A ce titre, l'article 6 de la décision du 18 mai 2017 précise que les bénéficiaires de l'aide engagent les dépenses qu'ils estiment utiles en toute connaissance de cause et à leurs risques et périls.
13. Par suite, faute d'acceptation de la modification majeure du programme, c'est à bon droit que l'intégralité des dépenses engagées pour l'opération Australie au titre de l'année 2017 a été rejetée.
14. En dernier lieu, l'Interprofession des vins de Loire soutient que la décision de rejet de toutes les dépenses engagées pour l'opération Australie au titre de l'année 2017 est injuste et disproportionnée. Toutefois, d'une part, le rejet de l'intégralité des dépenses supportées est la conséquence de la modification majeure du programme, dont il est prévu à l'article 6 de la décision du directeur de France AgriMer qu'elle entrainera le rejet de l'ensemble de l'opération lorsqu'elle sera effectuée sans autorisation. Cette décision est donc justifiée. D'autre part, cette décision n'ayant pas le caractère d'une sanction, mais d'un refus de versement de l'intégralité de l'aide sollicitée faute d'avoir rempli les conditions posées à son versement, l'association requérante ne peut utilement soutenir qu'elle serait disproportionnée.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du directeur de France AgriMer du 16 avril 2021 doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin de condamnation au paiement de la somme de 45 877 euros au titre de l'aide non perçue et de celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes présentées par l'Interprofession des vins de Loire sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Interprofession des vins de Loire et à France AgriMer.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis De Koninck, première conseillère,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure
Mélanie PALIS DE KONINCK
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2102368
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618520
01/09/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2502745
01/09/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604577
01/09/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2620197
01/09/2026