mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2102740 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BAUR ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2021, Mme A D, représentée par Me Kante, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivé ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de la naissance en France de ses enfants, de la durée de son séjour et de son insertion sociale et professionnelle ;
- pour les mêmes raisons, le refus de titre de séjour méconnait l'article L. 313-11-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entaché d'un vice d'incompétence ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;
- l'obligation de quitter le territoire français est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de l'intensité de ses attaches sur le territoire ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors que la fermeture pour pandémie de la frontière algérienne fait obstacle à ce qu'elle puisse y retourner.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2021, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 30 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 21 octobre 2021.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante algérienne née le 9 mai 1990, déclare être entrée en France le 11 septembre 2017 via l'Espagne munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles pour rejoindre son mari. Mme D s'est vue délivrer le 22 avril 2020, à titre exceptionnel eu égard à la gravité de la maladie de son époux, une autorisation provisoire de séjour, renouvelée jusqu'au 25 juillet 2021. Par lettre du 20 mars 2021, Mme D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour l'autorisant à travailler. Par l'arrêté attaqué du 5 juillet 2021, la préfète du Loiret a refusé de délivrer à Mme D un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions en annulation du refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté qu'il rappelle les textes dont il a été fait application et énonce de manière détaillée les considérations de fait tenant à la situation personnelle de Mme D, sur lesquels la préfète du Loiret s'est fondée pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par l'intéressée. Par suite, et alors que la préfète n'avait pas à reprendre expressément et de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle ou familiale de la requérante, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
4. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
5. S'il résulte de ce qui a été dit au point 4 que Mme D ne peut utilement se prévaloir du bénéfice des dispositions de l'article L. 313-14, devenu L. 431-5, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète du Loiret a néanmoins fait usage de son pouvoir discrétionnaire en examinant l'opportunité d'une mesure de régularisation qu'elle a toutefois en l'espèce écartée.
6. Mme D se prévaut de sa résidence en France depuis près de 4 ans à la date de la décision attaquée, de la naissance sur le territoire de sa fille en 2018 et de son fils en 2019, de la scolarisation de sa fille et d'une promesse d'embauche comme commis de cuisine. Toutefois, de telles circonstances ne peuvent être regardées comme des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires susceptibles de justifier son admission exceptionnelle au séjour, alors que la requérante ne justifie d'aucune attache familiale sur le territoire depuis le décès de son époux survenu en mars 2021, qu'à la date de la décision attaquée sa fille n'était pas encore scolarisée et n'a été inscrite en septembre 2021 qu'en classe de petite section de l'école maternelle et que la seule promesse d'embauche ne saurait suffire à justifier de son insertion professionnelle sur le territoire. Par ailleurs, l'autorisation provisoire de séjour, qui lui avait été délivrée eu égard à l'état de santé de son époux, ne lui donnait pas vocation à demeurer sur le territoire ni à se voir délivrer un titre de séjour. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D et ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur vie de famille en Algérie, où Mme D a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir, alors même que la préfète du Loiret ne conteste pas la durée de son séjour sur le territoire, que la décision préfectorale attaquée lui refusant la régularisation exceptionnelle sollicitée de sa situation serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : () / 5°) au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".
8. Pour les motifs exposés au point 6 du présent jugement, Mme D, qui invoque les mêmes éléments de sa vie privée et familiale, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait intervenue en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni de celles du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, seules applicables à sa situation. La préfète du Loiret n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation de l'ensemble des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de Mme D.
Sur les conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale de la mesure d'éloignement, en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.
10. En deuxième lieu, par un arrêté en date du 4 mai 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret du même jour, Mme B C, préfète du Loiret, a donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général, aux fins de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
12. Il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus soit lui-même motivé. Ainsi qu'il a été dit au point 2, la décision par laquelle la préfète du Loiret a rejeté la demande de titre de séjour de Mme D comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de l'obligation de quitter le territoire français qui a été opposée à Mme D ne peut qu'être écarté.
13. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point 6 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision contestée aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur les conclusions en annulation de la décision fixant le pays de renvoi :
14. La circonstance, qui est relative aux conditions d'exécution de la mesure d'éloignement, que les frontières de l'Algérie étaient, à la date de la décision attaquée, fermées dans le cadre des mesures de lutte contre la pandémie de la Covid-19 est sans incidence sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi. Le moyen doit, par suite, être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées. Les conclusions en injonction doivent, par voie de conséquence, être rejetées, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Montes-Derouet, présidente, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme Dumand, première conseillère,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La présidente, première conseillère,
faisant fonction de présidente,
Isabelle E
L'assesseure la plus ancienne
Séverine DUMAND La greffière,
Martine DESSOLAS
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026