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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102765

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102765

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102765
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL PAREYDT-GOHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2021 et le 17 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Pelletier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mai 2021 par laquelle la directrice du centre hospitalier Jacques Cœur de Bourges a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle déclare avoir été victime le 12 avril 2018 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Bourges de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle déclare avoir été victime le 12 avril 2018 et de prendre en charge à ce titre les arrêts de travail intervenus entre le 12 avril et le 19 octobre 2018 et les soins intervenus entre le 12 avril 2018 et le 13 février 2020, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre au centre hospitalier de Bourges de réexaminer sa demande après avoir mis en œuvre une procédure régulière, dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bourges une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait, notamment concernant les éléments médicaux sur lesquels la directrice du centre hospitalier de Bourges s'est fondée pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service de son accident ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du II de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dès lors que la directrice du centre hospitalier de Bourges a méconnu l'étendue de sa compétence en ne recherchant pas si elle pouvait bénéficier d'une présomption d'imputabilité au service ou si une faute personnelle ou des circonstances particulières étaient de nature à détacher l'accident du service ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que les faits qu'elle a déclarés se sont produits sur le lieu et dans le temps du service, que son état de santé s'est dégradé de manière brutale et radicale alors qu'elle ne présentait pas de critères de fragilité antérieurs, et du fait de l'ampleur du syndrome anxiodépressif dont elle a souffert et du suivi dont elle a dû faire l'objet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021, le centre hospitalier de Bourges, représenté par Me Pareydt, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernard ;

- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, assistante médico-administrative de classe supérieure, exerce depuis 1986 au centre hospitalier de Bourges, en dernier lieu au sein du bureau des consultations et des hospitalisations du site de Taillegrain. Le 14 avril 2018, elle a présenté au centre hospitalier de Bourges une déclaration d'accident de service en raison des conséquences d'un entretien s'étant tenu le 12 avril 2018 avec son chef de service. Elle a été placée en arrêt de travail du 12 au 24 avril 2018, régulièrement prolongé jusqu'au 19 octobre 2018, du fait d'un état de sidération survenu sur son lieu de travail puis d'un syndrome anxiodépressif. Elle a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service des faits survenus le 12 avril 2018 et des arrêts de travail consécutifs au titre d'un accident de service. Après recueil de l'avis défavorable de la commission départementale de réforme, intervenu le 25 septembre 2018, la directrice du centre hospitalier de Bourges a rejeté sa demande par un arrêté du 28 septembre 2018. Sur la requête de Mme A, le tribunal administratif d'Orléans a, par un jugement n° 1803942 du 16 février 2021, annulé cette décision au motif qu'elle était entachée d'un vice de procédure et a enjoint au centre hospitalier de Bourges de réexaminer la demande. Le 13 avril 2021, la commission départementale de réforme a émis un nouvel avis défavorable à la reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme A. Par une décision du 17 mai 2021, la directrice du centre hospitalier de Bourges a rejeté à nouveau la demande de reconnaissance d'imputabilité présentée par l'intéressée. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". En application de ces dispositions, la décision rejetant la demande d'un agent public hospitalier tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident, qui refuse un avantage prévu par son statut, doit être motivée.

3. La décision en litige, qui vise les dispositions législatives et réglementaires applicables ainsi que l'avis de la commission de réforme du 13 avril 2021, dont il est établi que Mme A a reçu communication dès lors qu'elle le produit à l'appui de sa requête, permettait à la requérante de connaître les motifs de droit et de fait ayant fondé la décision attaquée. Il ressort notamment des termes de l'avis de la commission de réforme que celle-ci a considéré que les faits survenus le 12 avril 2018, déclarés par Mme A comme caractérisant un accident de service, relevaient " d'un conflit entre deux personnes, sans rapport avec le travail ". Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, en vigueur à la date de la décision attaquée : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. / () Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. / () II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ".

5. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions citées au point précédent, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien entre un agent et son supérieur hiérarchique ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

6. La requérante soutient que la directrice du centre hospitalier de Bourges a méconnu l'étendue de sa compétence au regard des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, dès lors qu'elle n'a pas recherché si la présomption d'imputabilité au service pouvait lui être appliquée, ni si les faits qui se sont produits au cours de l'entretien du 12 avril 2018 avec son chef de service caractérisent une faute personnelle de ce dernier. D'une part, il ressort des pièces du dossier que pour prendre sa décision, la directrice du centre hospitalier de Bourges s'est fondée sur le fait que l'objet de l'entretien du 12 avril 2018 tenait à un sujet d'organisation du service, en l'espèce, à l'attribution des congés d'été entre Mme A et sa collègue composant l'équipe du bureau des consultations et des hospitalisations du site Taillegrain. Il ressort des termes du compte-rendu d'entretien établi par le chef de service de Mme A et produit en défense, qu'une règle d'alternance pour l'attribution des congés du mois d'août avait été établie entre les deux agents du bureau, qui avait bénéficié à Mme A l'année précédente. La requérante ayant, dans le cadre de l'entretien, exprimé son sentiment de démontrer de meilleures qualités professionnelles que sa collègue, le chef de service lui a indiqué que l'attribution des congés n'étaient pas la résultante de la manière de servir, celle-ci étant appréciée dans le cadre de l'évaluation annuelle de chaque agent, au demeurant positive en ce qui la concernait en 2017. En réaction, Mme A a alors tenu des propos insultants à l'encontre de sa collègue, a évoqué un " épuisement professionnel ", et a finalement quitté l'entretien. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment de deux témoignages de professionnels du bureau des consultations et des hospitalisations, produits en défense et datés du 2 mai 2018 et du 10 juillet 2018, que le même sujet des congés avait déjà donné lieu à des réactions brutales de Mme A au cours du mois de février 2018, et que le 12 avril 2018, avant de se rendre à l'entretien avec son chef de service, elle avait évoqué devant deux collègues son intention de se mettre en arrêt si elle n'obtenait pas satisfaction quant aux dates de congés sollicités. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que le chef de service de Mme A n'a pas, par son comportement ou par ses propos au cours de l'entretien du 12 avril 2018, excédé l'exercice normal de son pouvoir hiérarchique. Les documents médicaux et l'attestation produits par la requérante ne témoignent ainsi que de son propre ressenti, puis de symptômes et du suivi d'un syndrome anxiodépressif. En particulier, l'arrêt de travail établi le 12 avril 2018 par un praticien du centre hospitalier de Bourges, à la suite de l'orientation de l'intéressée par la médecine du travail de l'hôpital, se borne au constat d'un " syndrome anxiodépressif post traumatique à la suite d'un conflit au niveau professionnel avec harcèlement, dépréciation, rejet. " De même, les notes de consultations en centre médico-psychologique du 12 avril 2018 au 13 février 2020 mentionnent les symptômes observés, sans démontrer davantage que les propos ou le comportement du chef de service de Mme A auraient été abusifs au cours de l'entretien incriminé. Enfin, l'attestation du 10 septembre 2019 rédigée par une représentante syndicale du centre hospitalier de Bourges ne fait que relater les dires de Mme A. Dans ces circonstances, la directrice du centre hospitalier de Bourges n'a pas méconnu l'étendue de sa compétence au regard des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et le moyen doit, par suite, être écarté.

7. En troisième lieu, la circonstance qu'ils se soient produits à l'occasion de l'exercice des fonctions de Mme A, sur le lieu et le temps de service, ne suffit pas à démontrer que la directrice du centre hospitalier de Bourges aurait dû reconnaître les faits survenus lors de l'entretien du 12 avril 2018 comme constituant un accident de service. Par ailleurs, et ainsi que cela a été invoqué au point 6, aucune pièce ne démontre que cet entretien se serait déroulé dans des conditions excédant l'exercice du pouvoir hiérarchique normal. Par suite, la directrice du centre hospitalier de Bourges n'a pas commis d'erreur d'appréciation de la situation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service des faits en litige et le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Bourges, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont Mme A sollicite le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier de Bourges présentées en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Bourges sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Bourges.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Virgile Nehring, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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