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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102814

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102814

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAIT HOCINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 août 2021, le 21 décembre 2021 et le 2 février 2022, M. A B, représenté par Me Aït-Hocine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Denonville a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de la création d'un entrepôt de stockage ;

2°) d'ordonner la délivrance du permis de construire sollicité ;

3°) de condamner la commune de Denonville à lui restituer la partie de terrain soustraite ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- le motif de refus tiré de la méconnaissance de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal en ce que son projet est lié à une activité agricole ;

- le motif de refus tiré de la méconnaissance de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal en ce que l'accès à la parcelle est carrossable ;

- l'administration a commis une voie de fait en s'emparant d'une partie de sa propriété sur la parcelle cadastrée section D n° 939.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2021, la commune de Denonville, représentée par la SCP Pichard Devemy Karm, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce que le requérant ne dispose ni d'une qualité ni d'un intérêt à agir ;

- les conclusions tendant à ce que soit ordonné la restitution de la partie de la parcelle cadastrée section D n° 939 sont présentées devant une juridiction incompétente ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 mars 2022.

Un mémoire présenté par la commune de Denonville a été enregistré le 10 octobre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- et les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 mars 2021, M. B a déposé une demande de permis de construire pour l'édification d'un entrepôt de stockage sur la parcelle cadastrée section ZW n°41 sur le territoire de la commune de Denonville. Par un arrêté du 2 juin 2021, le maire de la commune de Denonville a refusé de lui délivrer ledit permis de construire. Par la requête ci-dessus analysée, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'exception d'incompétence pour connaître des conclusions à fin d'injonction présentées M. B :

2. Aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".

3. M. B demande à ce que le tribunal enjoigne à la commune de lui restituer une partie du terrain de la parcelle section D n° 949 et soutient, à l'appui de cette demande, que la commune a commis une voie de fait et porté atteinte à son droit de propriété. Toutefois, il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire de connaître de telles conclusions. Elles doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. "

5. Il résulte de l'arrêté attaqué qu'il vise les dispositions des articles A2 et A3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Denonville et se fonde sur les circonstances que le projet de construction est un entrepôt à usage de stockage qui se trouve en zone agricole, qu'il n'est pas lié à une activité agricole, que la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) a émis un avis défavorable pour les mêmes motifs, que l'accès à la parcelle se fait par le chemin du Puits, qui est non carrossable et que l'accès ne permet pas de satisfaire les règles minimales de desserte. Cette décision satisfait dès lors à l'exigence de motivation. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Les constructions, installations et travaux divers sont autorités s'ils sont liés à l'activité agricole (). "

7. L'arrêté attaqué se fonde sur le fait que le projet de construction d'un entrepôt à usage de stockage n'est pas lié à une activité agricole. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire Cerfa du dossier de demande de permis de construire et de la notice descriptive du projet, que celui-ci porte sur un " entrepôt de stockage pour engins et matériaux de construction " sans précision complémentaire. Si le requérant soutient au cours de l'instance que ce hangar va servir à stocker des engins qu'il utilise pour entretenir sa parcelle et produit également une déclaration d'activité agricole faite auprès de la chambre d'agriculture de la Creuse, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette déclaration a été enregistrée le 27 janvier 2022, soit postérieurement à l'arrêté attaqué et qu'elle concerne une exploitation d'élevage d'ovins et de caprins situé à Cheniers dans le département de la Creuse. Par ailleurs, dans son avis défavorable du 6 mai 2021, la CDPENAF d'Eure-et-Loir a relevé que le requérant était gérant d'un établissement en travaux de maçonnerie générale et gros œuvre et que la parcelle était partiellement boisée et a considéré que l'activité du demandeur ne pouvait être considérée comme liée à l'activité agricole. Par suite, et alors que le requérant n'établit pas que sa demande portait sur la réalisation d'un abri pour le stockage de matériels agricoles, il n'est pas fondé à soutenir que le maire aurait commis une erreur de droit ou d'appréciation au regard des dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Les caractéristiques des accès doivent permettre de satisfaire aux règles minimales de desserte : collecte des ordures ménagères, défense contre l'incendie, protection civile, brancardage, etc. Les sorties de véhicules sur la voie ouverte au public ne peuvent être admises que si elles se font dans des conditions de visibilité et de sécurité satisfaisantes. "

9. L'arrêté attaqué se fonde sur le fait que l'accès à la parcelle se fait par le chemin du Puits, qui est non carrossable et que l'accès ne permet pas de satisfaire les règles minimales de desserte. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'accès débouche sur le chemin du Puits, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il présenterait des difficultés de visibilité et de sécurité. De même, il n'est pas non plus établi que les caractéristiques de l'accès depuis le chemin du Puits ne satisferaient pas aux règles minimales de desserte. En estimant que le projet méconnaît les dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme, le maire a ainsi commis une erreur d'appréciation.

10. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le maire de Denonville aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article A2 du plan local d'urbanisme.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2021. Ses conclusions à fin d'injonction doivent par conséquent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y pas lieu à cette condamnation ". D'une part, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. B. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme réclamée par la commune de Denonville sur le fondement des dispositions précitées au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées tendant à ordonner la restitution d'une partie de terrain soustraite sont rejetées comme présentées devant juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Denonville tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Denonville.

Délibéré après l'audience du 26 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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