jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103244 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ROCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 septembre 2021 et 28 août 2022,
la SASU FPK 37, représentée par Me Roch, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2021 par laquelle la direction générale des finances publiques a refusé de faire droit à la demande d'aide qu'elle a présentée au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques et financières de la propagation de l'épidémie de covid-19 pour les mois de mars, d'avril et de mai 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser les aides illégalement refusées d'un montant de 24 838,70 euros pour le mois de mars 2021, de 10 000 euros pour le mois d'avril 2021 et de 10 000 euros pour le mois de mai 2021, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ; les dispositions du décret n°2020-371 ne permettent pas d'exclure définitivement du dispositif d'aide une entreprise qui a fait l'objet d'une fermeture administrative pour un mois ;
- si les dispositions du décret n°2020-371 devaient être lues comme le fait l'administration, elles ne pourraient qu'être écartées pour incompétence du Premier ministre, pour méconnaissance du principe de proportionnalité, pour méconnaissance du principe du non bis in idem et pour méconnaissance du principe d'égalité ;
- elle remplit les conditions pour bénéficier de l'aide sollicitée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés et qu'en tout état de cause, la société ne remplissait pas les conditions pour bénéficier du fonds de solidarité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2021-423 du 10 avril 2021 ;
- le décret n° 2021-840 du 29 juin 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Palis De Koninck ;
- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SASU FPK 37 exploite une salle de sports à Tours en Indre-et-Loire. Par un arrêté du 15 février 2021, elle a fait l'objet d'une décision de fermeture administrative pour une durée d'un mois pour non-respect des règles sanitaires. Face aux difficultés économiques liées à la crise sanitaire, la société a déposé plusieurs demandes d'aide exceptionnelle au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 au titre des mois de mars, avril et mai 2021. Par des décisions successives des 24 juin, 28 juin et 6 juillet 2021, la direction des finances publiques d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit aux demandes de la SASU FPK 37. Celle-ci a présenté des observations visant à contester ces décisions de refus le 6 juillet 2021. Par la décision attaquée du 15 juillet 2021, la direction générale des finances publiques a rejeté la demande de la SASU FPK 37 au titre des mois de mars, d'avril et de mai 2021 au motif qu'elle avait fait l'objet d'un arrêté de fermeture administrative.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".
3. Pour refuser l'aide exceptionnelle sollicitée par la SASU FPK 37 au titre des mois de mars, d'avril et de mai 2021, la direction départementale des finances publiques lui a opposé le fait qu'elle avait fait l'objet d'une fermeture administrative par arrêté du 15 février 2021 et qu'à compter de cette date, elle n'était plus éligible à l'aide du fonds de solidarité. La décision attaquée ne comporte toutefois aucune référence aux dispositions législatives ou réglementaires sur lesquelles l'administration s'est appuyée pour rejeter les demandes présentées par la société requérante. Par suite, faute de comporter l'énoncé des considérations de droit qui la fondent, la décision attaquée méconnait les dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En deuxième lieu, l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de
Covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation a institué " un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation ". L'article 1er du décret du 30 mars 2020 pris pour l'application de cette ordonnance a prévu que le bénéfice de ce fonds serait ouvert aux personnes physiques et aux personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique. Ce décret a fixé les modalités de l'aide financière, qui prend la forme d'une subvention attribuée par décision du ministre de l'action et des comptes publics. Aux termes de l'article 3-24 de ce décret, dans sa rédaction issue d'un décret modificatif du 10 avril 2021 : " I- A- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 susvisé, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de mars 2021 () ". Les articles 3-26 et 3-27 fixent des règles identiques pour les mois d'avril et de mai 2021. Ces articles excluent en outre du bénéfice de l'aide, les entreprises ayant fait l'objet d'un arrêté de fermeture pris en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Cette dernière disposition, tout comme le troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020, habilite le préfet de département à ordonner, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations fixées par ces deux décrets au titre des mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire.
5. Ces dispositions subordonnent le bénéfice de la subvention destinée à compenser une perte de chiffre d'affaires au titre des mois de mars, d'avril et de mai 2021 à la condition que l'entreprise qui la sollicite n'ait pas fait l'objet, au cours du mois au titre duquel cette aide est demandée, d'un arrêté préfectoral de fermeture administrative pour manquement aux obligations prescrites. Elles ne prévoient nullement l'exclusion définitive du dispositif de l'entreprise concernée en cas de non-respect des règles sanitaires.
6. Pour prendre la décision attaquée refusant à la SASU FPK 37 le bénéfice du fonds de solidarité dit " covid " au titre des mois de mars, d'avril et de mai 2021, l'administration fiscale s'est uniquement fondée sur le fait que l'établissement avait fait l'objet d'une fermeture administrative d'une durée d'un mois à compter du 15 février 2021 par arrêté préfectoral de la même date. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 5 que la fermeture administrative pour méconnaissance des règles sanitaires ne peut fonder le refus d'octroi de l'aide exceptionnelle que pour la période concernée de fermeture. Une fois la mesure exécutée, elle ne peut plus, en revanche, justifier un refus pour les mois suivants. Par suite, la SASU FPK 37 est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en tant uniquement qu'elle refuse de lui accorder l'aide sollicitée pour les mois d'avril et mai 2021.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la SASU FPK 37 est fondée à obtenir l'annulation de la décision contestée du 15 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, il y a lieu d'enjoindre à la direction générale des finances publiques de réexaminer la demande de la société requérante uniquement pour les mois d'avril et de mai 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SASU FPK 37 et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 15 juillet 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la direction générale des finances publiques de réexaminer la demande d'aide déposée par la SASU FPK 37 au titre des mois d'avril et de mai 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la SASU FPK 37 la somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SASU FPK 37 et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis De Koninck, première conseillère,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La rapporteure
Mélanie PALIS DE KONINCK
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026