Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103738
vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103738 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 octobre 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Le Parvis Sofeg demande au tribunal :
1°) d'annuler " les mises en demeure [liées] au contrôle de redevance de l'audiovisuel " ;
2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de contribution à l'audiovisuel public et des amendes auxquels elle a été assujettie au titre des années 2014 à 2017 ;
3°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 2 773 euros résultant d'une saisie administrative à tiers détenteur émise le 25 novembre 2019 par le comptable public du service des impôts des entreprises de Chartres.
Elle soutient que :
- le contrôleur n'a pas pu constater de diffusion d'émissions télévisées sur les écrans à son arrivée dans l'établissement le 8 novembre 2017 mais a seulement constaté la diffusion d'un diaporama de photos de l'établissement ;
- son utilisation des téléviseurs est très particulière ;
- le droit à l'erreur aurait pu être reconnu dès lors qu'elle respecte les règles d'application de la redevance audiovisuelle depuis quarante ans ;
- le rescrit ne lui a pas été accordé alors qu'elle a le témoignage d'un client et que la seule photo apportée par le contrôleur est fausse car elle a été prise sur une diffusion de son circuit fermé.
Par un mémoire enregistré le 14 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que la société n'a pas formé préalablement une opposition auprès de lui dans les conditions prévues aux articles L. 281 et R. 281-1 à R. 281-5 du livre des procédures fiscales pour contester les mesures de recouvrement ;
- le recours pour excès de pouvoir formé par la société est irrecevable ;
- les moyens invoqués par la requérante, qui ont trait au bien-fondé de l'imposition, sont inopérants à l'encontre d'une opposition à poursuite.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que la société Le Parvis Sofeg, qui exerce une activité de restauration, hôtellerie, préparation de plats cuisinés, organisation de banquets et réceptions, à Chartres (Eure-et-Loir), a fait l'objet, le 8 novembre 2017, d'un contrôle sur place, sur le fondement de l'article L. 61 B du livre des procédures fiscales. Le vérificateur a constaté la présence de quatre appareils récepteurs de télévision dans l'établissement et relevé que le montant de la contribution à l'audiovisuel public due en raison de ces appareils n'était pas conforme aux déclarations de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2014 à 2017. Par une proposition de rectification du 10 novembre 2017, l'administration fiscale a notifié à la société des rappels de contribution à l'audiovisuel public au titre des années 2014 à 2017 ainsi que des amendes prévues à l'article 1840 W ter du code général des impôts, pour un montant total, en droits et pénalités, de 10 534 euros, qui ont été mis en recouvrement le 30 mars 2018. La société Le Parvis Sofeg a contesté en vain ces impositions supplémentaires, indiquant que les téléviseurs en cause ne diffusaient que des photos de son établissement. Ainsi, après avoir présenté des observations par courriers des 10 janvier et 5 mars 2018, elle a, à la suite d'une mise en demeure de payer du 17 avril 2018 et d'un avis à tiers détenteur du 8 juin 2018, formé, le 15 juin 2018, une réclamation contentieuse qui a été rejetée le 19 juillet 2018. Elle a également, à la suite d'une nouvelle mise en demeure de payer du 22 février 2019, formé deux nouvelles demandes de dégrèvement, les 26 février et 24 avril 2019. La dernière demande a été rejetée par l'administration le 7 mai 2019. Une saisie administrative à tiers détenteur, émise le 25 novembre 2019, pour paiement d'une somme de 2 773 euros a été notifiée à l'intéressée qui a fait opposition à cette saisie par un courriel du 22 janvier 2020. Par une décision du 19 février 2020, l'administration a rejeté sa réclamation. Enfin, la société Le Parvis Solveg a présenté, par courriel du 10 juin 2021, une nouvelle demande de remboursement de la somme de 10 534 euros, avant de saisir le tribunal administratif le 20 octobre 2021.
2. Aux termes de sa requête, la société Le Parvis Sofeg demande au tribunal d'" annuler () le redressement et les mises en demeure liés au contrôle de la redevance de l'audiovisuel () sur la base des différents courriers [adressés] en pièces jointes qui mettent en évidence de nombreuses erreurs et injustices ". Eu égard à la motivation de la requête et aux pièces produites, la société requérante doit être regardée comme demandant l'annulation des " mises en demeure [liées] au contrôle de la redevance de l'audiovisuel ", la décharge des rappels de contribution à l'audiovisuel public et amendes auxquels elle a été assujettie au titre des années 2014 à 2017 ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme de 2 773 euros résultant d'une saisie administrative à tiers détenteur émise le 25 novembre 2019 par le comptable public du service des impôts des entreprises de Chartres.
Sur les conclusions à fin d'annulation des " mises en demeure [liées] au contrôle de la redevance de l'audiovisuel " :
3. D'une part, les mises en demeure dont la société requérante demande l'annulation, au vu des pièces et dires des parties, sont celles du 17 avril 2018 et du 22 février 2019. Toutefois, de tels actes ne sont pas susceptibles de faire l'objet d'un recours en annulation pour excès de pouvoir, l'obligation de paiement ne pouvant être contestée que dans le cadre d'un recours formé conformément aux dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.
4. D'autre part, en vertu de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. Il ne résulte pas de l'instruction que la société Le Parvis Sofeg a formulé une contestation des mises en demeure de payer du 17 avril 2018 et du 22 février 2019 sur le fondement de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. Par suite, et ainsi que le soutient l'administration, les conclusions de la requérante relatives à ces mises en demeure sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin de décharge des rappels de contribution à l'audiovisuel public :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 1605 du code général des impôts, dans sa version alors en vigueur : " () II. - La contribution à l'audiovisuel public est due : () / 2° Par () les personnes morales, à la condition de détenir au 1er janvier de l'année au cours de laquelle la contribution à l'audiovisuel public est due un appareil récepteur de télévision ou un dispositif assimilé dans un local situé en France () ". Aux termes de l'article 1605 ter du même code dans sa version alors en vigueur : " Pour l'application du 2° du II de l'article 1605 : / 1° La contribution à l'audiovisuel public est due pour chaque appareil récepteur de télévision ou dispositif assimilé permettant la réception de la télévision détenu au 1er janvier de l'année au cours de laquelle la contribution à l'audiovisuel public est due () ".
6. Lors du contrôle du 8 novembre 2017, le vérificateur, dont, en vertu de l'article L. 61 B du livre des procédures fiscales, les constatations font foi jusqu'à preuve contraire, a relevé, dans l'établissement de la requérante, la présence de quatre téléviseurs répartis comme suit : un dans la salle de bar, deux dans les salles " restaurant / bar lounge " et un dans la salle de concert. Si le vérificateur a précisé que le téléviseur installé dans la salle de bar diffusait des " photos ", il a cependant relevé que les quatre postes de télévision en cause étaient raccordés à une installation permettant la diffusion de programmes télévisuels. Il a précisé qu'après avoir appuyé sur la touche " P " des télécommandes, les quatre téléviseurs se sont mis à diffuser des chaînes de télévision de la TNT et que les deux téléviseurs de marque Sony étaient raccordés à un câble d'antenne TNT. La société requérante, qui ne conteste pas disposer de quatre téléviseurs dans son établissement, soutient qu'elle ne diffuse aucune émission de télévision mais seulement un diaporama des photos de son établissement et que cette diffusion se fait en circuit fermé. A l'appui de son moyen, elle produit l'attestation d'un client régulier qui certifie n'avoir jamais vu, sur les écrans de l'établissement du Parvis, la diffusion d'émissions de télévision mais seulement des photos de celui-ci passant en boucle ainsi que des mails relatifs à des soirées " jazz " ou " karaoké " organisées par la société requérante, mails auxquels étaient jointes des photographies sur lesquelles les écrans, ne diffusant pas d'émissions de télévision, apparaissent. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à remettre en cause les constats effectués par le vérificateur et, par suite, à établir que les quatre appareils litigieux, quel que soit leur usage effectif, ne permettent pas la réception de la télévision. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle n'entre pas dans le champ d'application de la contribution à l'audiovisuel public.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, issu de la loi du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué / () ". Il résulte de ces dispositions que ne peuvent être sanctionnées les erreurs régularisables commises pour la première fois de bonne foi.
8. La société requérante, qui soutient qu'elle respecte les règles d'application de la redevance audiovisuelle depuis quarante ans, demande à bénéficier du droit à l'erreur. Toutefois, les rappels en litige concernant les années 2014 à 2017, elle ne peut se prévaloir des dispositions reconnaissant un droit à l'erreur, issues de la loi du 10 août 2018 précitées, qui ne s'appliquent qu'à compter du 11 août 2018. Par ailleurs, et en tout état de cause, la société requérante n'établit pas avoir régularisé ses déclarations au titre des années en litige de sa propre initiative - l'administration n'étant pas tenue de l'inviter à le faire dès lors qu'elle a opéré un contrôle.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de 2 773 euros :
9. En vertu de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, les contestations relatives notamment aux redevances dont la perception incombe aux comptables publics ne peuvent porter que sur la régularité en la forme de l'acte, relevant du juge de l'exécution, ou sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt, relevant du juge de l'impôt.
10. D'une part, la société, qui soutient dans sa requête qu'elle ne diffuse pas d'émissions télévisées, soulève un moyen qui n'a trait qu'au seul bien-fondé des impositions en litige. Un tel moyen ne peut être invoqué à l'appui de conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer. Par suite, ce moyen est inopérant, ainsi que le fait valoir l'administration, et doit, par suite, être écarté.
11. D'autre part, aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent () ".
12. La société requérante, au vu des courriers produits, peut être regardée comme contestant l'exigibilité de la somme réclamée, estimant avoir formulé une demande de sursis de paiement. Toutefois, il résulte de l'instruction que la demande de sursis de paiement a été effectuée dans le cadre de la réclamation contentieuse formée par la requérante le 15 juin 2018 et que cette réclamation, qui a été rejetée par l'administration le 19 juillet 2018 et notifiée à la requérante, avec les voies et délais de recours, le 21 juillet suivant, n'a pas fait l'objet d'un recours contentieux dans les délais impartis. Dans ces conditions, la créance était exigible à compter du 22 septembre 2018, alors même que le comptable public avait accepté les garanties de la requérante le 24 juillet 2018.
13. Enfin et au surplus, ces conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer, enregistrées plus de deux ans après la notification, le 27 février 2020, de la décision de rejet de l'administration du 19 février 2020 qui comportait la mention des délais et voies de recours, sont tardives et donc irrecevables.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société Le Parvis Sofeg doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la SARL Le Parvis Sofeg est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Le Parvis Sofeg et au directeur départemental des finances publiques d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURTLa greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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