vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103782 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET ADDA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 21 octobre 2021, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif d'Orléans, en application des articles R. 312-1 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 27 juillet 2021, présentée pour M. B.
Par cette requête et un mémoire enregistré le 26 janvier 2024, M. B, représenté par le cabinet Adda, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 ;
2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement par application des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires et des marges de la société Passion Motors est radicalement viciée dans son principe ;
- l'appréhension des sommes qualifiées de revenus distribués n'est pas démontrée par l'administration fiscale, à qui incombe la charge de la preuve ;
- en se bornant à soutenir qu'il est maître de l'affaire, l'administration ne démontre pas l'appréhension des sommes, cette qualité étant inopérante s'agissant d'un rehaussement fondé sur le 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
Par un mémoire enregistré le 28 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est gérant et associé, à hauteur de 95 % des parts, de la société à responsabilité limitée (SARL) Passion Motors qui exerce une activité d'achat-revente de véhicules automobiles d'occasion. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle l'administration, par une proposition de rectification du 6 octobre 2017, a rejeté la comptabilité, reconstitué le chiffre d'affaires de la société et rehaussé son résultat imposable au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2014 d'un montant de 26 147 euros. Elle a regardé cette somme comme des revenus distribués, au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, au profit de M. B en sa qualité de maître de l'affaire. Par une proposition de rectification du 12 octobre 2017, l'administration a imposé cette somme entre les mains de M. B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2014, assortie de l'intérêt de retard et de la majoration de 40 % pour manquement délibéré. Elle a également remis en cause le bénéfice de la prime pour l'emploi au motif qu'après la prise en compte des rehaussements proposés au titre des revenus de capitaux mobiliers, le revenu fiscal de référence de M. B excédait le seuil permettant de bénéficier de cette prime. Les suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ont été mis en recouvrement le 31 octobre 2018 pour un montant total de 18 103 euros. Après le rejet de sa seconde réclamation par une décision de l'administration du 27 mai 2021, M. B demande la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la méthode de reconstitution du résultat de la SARL Passion Motors :
2. Le requérant soutient que la méthode de reconstitution des recettes de la SARL Passion Motors employée par le service pour déterminer le résultat imposable de cette dernière est radicalement viciée.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification adressée à la société, jointe à celle adressée à M. B, qu'à défaut de comptabilité probante, le service a reconstitué les recettes de la société, en fonction des données propres de l'entreprise, en évaluant les marges réalisées à partir de deux coefficients d'achat-revente. Pour déterminer ces coefficients, il a retenu les réponses adressées par les clients pour lesquelles aucune discordance n'avait été constatée entre les éléments comptabilisés et ceux figurant dans les réponses. Ces réponses, au nombre de vingt-neuf - correspondant donc à vingt-neuf achats-ventes de véhicules - ont permis d'établir un coefficient d'achat-revente moyen de 1,90. Après avoir constaté que la valeur médiane d'achat d'un véhicule revendu par la société était de 2 200 euros, il a déterminé que s'agissant des véhicules acquis pour un prix inférieur à 2 200 euros - au nombre de quatorze -, le coefficient s'établissait à 2,41 et s'agissant des véhicules à un prix égal ou supérieur à 2 200 euros - au nombre de quinze -, à 1,42. Ensuite, les marges reconstituées ont été calculées en appliquant au montant de l'ensemble des achats revendus au cours des deux exercices contrôlés, les coefficients ainsi déterminés. Au titre de l'année 2014 - seule année contestée dans la présente instance - le montant des ventes reconstituées s'est élevé à 288 018 euros TTC correspondant à une marge reconstituée de 111 368 euros TTC. La marge déclarée ayant été de 85 221 euros TTC, le service en a déduit que la société avait omis de déclarer ses recettes à hauteur de 26 147 euros TTC.
4. Le requérant soutient que la méthode utilisée par le service est entachée d'un vice mathématique dès lors qu'elle aboutit à déterminer un chiffre d'affaires supérieur à celui réellement réalisé. Ainsi, s'agissant des véhicules de l'échantillon acquis pour un prix inférieur à 2 200 euros, en multipliant le montant total des achats revendus, soit 16 000 euros, par le coefficient de marge moyen de 2,41, on obtient des recettes de 38 560 euros, alors que celles-ci sont de 38 220 euros et s'agissant des véhicules de l'échantillon acquis à un prix égal ou supérieur à 2 200 euros, en multipliant le montant total des achats revendus, soit 57 350 euros, par le coefficient de marge moyen de 1,42, on obtient des recettes de 81 437 euros, alors que celles-ci sont de 79 400 euros. Toutefois, la différence, au demeurant minime, s'explique par le fait que le service a arrondi les coefficients de marge pour chaque véhicule au centième. Cette seule circonstance, alors, d'une part, que le requérant ne critique ni la pertinence de l'échantillon des vingt-neuf réponses retenues par le service, ni le choix d'avoir distingué deux catégories de véhicules et ne remet pas en cause le montant total des achats revendus par la société au titre de l'année 2014, et, d'autre part, que l'approximation est inhérente à toute reconstitution, ne permet pas de regarder la méthode de reconstitution comme radicalement viciée.
En ce qui concerne l'appréhension par M. B des sommes réputées distribuées :
5. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Pour soumettre à l'impôt sur le revenu des revenus sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, il incombe à l'administration d'établir qu'ils ont été mis à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts. La circonstance que le contribuable que l'administration entend imposer est le maître de l'affaire est à cet égard sans incidence.
6. Pour imposer les revenus regardés comme distribués par la société à M. B, son principal associé, le service s'est fondé sur les dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts en s'appuyant sur l'unique circonstance que M. B était seul maître de l'affaire au titre de l'année 2014. La qualité de maître de l'affaire n'est pas, ainsi qu'il vient d'être dit au point précédent, de nature à rapporter la preuve de la distribution de revenus aux associés sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. L'administration fiscale ne fait valoir, en défense, aucun autre élément permettant d'établir que l'intéressé aurait appréhendé ces sommes. Par suite, l'administration n'établit pas, comme elle en a la charge, que M. B a appréhendé les sommes en cause.
7. Dès lors que l'administration, ainsi qu'il a été dit au point 1, a remis en cause le bénéfice de la prime pour l'emploi au motif qu'après la prise en compte des rehaussements notifiés au titre des revenus de capitaux mobiliers, le revenu fiscal de référence de M. B excédait le seuil permettant de bénéficier de cette prime, il y a lieu, de prononcer la décharge totale, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles l'intéressé a été assujetti au titre de l'année 2014.
Sur les conclusions tendant au bénéfice du sursis de paiement :
8. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions tendant au bénéfice du sursis de paiement se trouvent privées d'objet. Il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice du sursis de paiement.
Article 2 : M. B est déchargé, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvement sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
Le rapporteur,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026