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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103920

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103920

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Marigard, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il ne justifierait pas d'une entrée régulière sur le territoire français est illégale dès lors qu'en sa qualité de titulaire d'une carte de résident longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes, il n'a pas à justifier d'un visa de long séjour ;

- la décision fixant son pays d'origine comme pays à destination duquel il doit être éloigné est illégale dès lors qu'il justifie être titulaire d'une carte de résident longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes et qu'il n'a quasiment plus aucun lien avec son pays d'origine.

Par un mémoire enregistré le 24 mars 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain, né le 21 mai 1970, est entré sur le territoire français le 23 avril 2016 muni d'une carte de résident longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes le 21 septembre 2015 et d'une durée de validité illimitée. Le 27 mars 2017, il a saisi le préfet du Loiret d'une demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 19 juin 2017, le préfet lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 2 janvier 2018, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. B tendant à l'annulation de cet arrêté. Ce jugement a été confirmé par un arrêt du 15 février 2019 de la cour administrative d'appel de Nantes. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, M. B s'est marié le 5 décembre 2020 à Lorris (Loiret) avec une ressortissante française. Le 9 mars 2021, il a présenté une nouvelle demande de titre de séjour en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par l'arrêté attaqué du 15 octobre 2021, la préfète du Loiret lui a refusé le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. / Conformément aux dispositions de l'article L. 614-5 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément () ".

3. La préfète du Loiret fait valoir en défense que dès lors que la requête a été enregistrée le 4 novembre 2021, l'arrêté litigieux n'a pas été contesté dans le délai de quinze jours mentionné dans la notification réceptionnée par le requérant le 19 octobre 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de l'examen de l'arrêté contesté, que l'obligation de quitter le territoire français a été prise en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme le soutient le préfet en application des dispositions du 1° du même article. Dès lors, le délai de recours contentieux n'était pas de quinze jours comme il en est fait mention de manière erronée dans la notification de l'arrêté mais de trente jours en application des dispositions précitées du premier alinéa du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'administration doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° la communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Enfin aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français muni d'une carte de résident de longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes. Si la préfète pouvait légalement refuser de délivrer à M. B, pour défaut de visa de long séjour, un titre de séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne pouvait légalement fonder son refus de délivrer à M. B ledit titre en application de l'article L. 423-2 sur une entrée irrégulière sur le territoire français du requérant alors que ce dernier, muni d'une carte de résident longue durée-UE, est entré régulièrement sur le territoire français. La circonstance que M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ne fait pas obstacle à ce que la condition d'entrée régulière en France continue d'être regardée comme remplie dès lors qu'il n'est pas contesté qu'il s'est maintenu sur le territoire. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la préfète du Loiret a commis une erreur de droit en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté de la préfète du Loiret du 15 octobre 2021 en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour et, par voie de conséquence, en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la préfète du Loiret réexamine la situation de M. B. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Loiret du 15 octobre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Orléans.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

Stéphane C

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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