Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103928
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103928 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LYSIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 5 novembre 2021, le 14 février 2023 et le 25 avril 2023, M. et Mme B, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable DP 02824 21 00002 née du silence gardé par le maire de Dampierre-sur-Avre sur la demande formulée le 26 février 2021 par la société ATC France, tendant à l'implantation d'une antenne-relais de téléphonie-mobile sur pylône et ses équipements associés située sur la commune de Dampierre-sur-Avre et la décision rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la société ATC France une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- il engendre des risques pour la santé publique compte tenu de l'exposition aux ondes électromagnétiques ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques, relatives à la mise à la disposition du public d'un dossier d'information complet et sincère ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 34-9-1-1 du code des postes et des communications électroniques lesquelles imposent une obligation d'information du maire en cas de construction d'un pylône d'antenne radioélectrique et de joindre à cette information un document attestant d'un mandat de l'opérateur de téléphonie mobile ayant vocation à exploiter ces installations ;
- il méconnaît le devoir de mutualisation posé à l'article D. 98-6-1 du même code en ce qu'un pylône est déjà implanté sur le territoire de la commune et que le projet est injustifié au regard de la couverture mobile ;
- leur propriété subit une dévalorisation importante du fait du projet litigieux.
Par des mémoires en défense enregistrés le 28 janvier 2022 et le 16 mars 2023, la société ATC France, représentée par Me Montepini, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants n'ont pas justifié de la production de leur titre de propriété comme l'exige l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la commune de Dampierre-sur-Avre qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gasnier, rapporteur,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 février 2021, la société ATC France a déposé une déclaration préalable portant sur l'implantation d'une antenne-relais de téléphonie mobile sur treillis de 36 mètres et des équipements associés, sur une parcelle cadastrée section AI 50 située au lieu-dit de Sotteville sur le territoire de la commune de Dampierre-sur-Avre (Eure-et-Loir). Le silence gardé par le maire sur cette demande a fait naître une décision de non-opposition. M. et Mme B, propriétaires d'un bien situé dans ce hameau, ont adressé un recours gracieux au maire le 7 juillet 2021 qui a été rejeté par décision du 3 septembre 2021. M. et Mme B demandent l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
3. Il résulte de ces dispositions que si les constructions projetées portent une atteinte aux paysages naturels avoisinants, le permis de construire peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel au sens de cet article, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Il est exclu de procéder, dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité des permis de construire délivrés, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés à l'article R. 111-27.
4. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, le projet consiste en l'implantation d'une antenne de téléphonie mobile sur un pylône en treillis de 36 mètres de hauteur, au lieu-dit C à Dampierre-sur-Avre, au sein d'un espace naturel et agricole qui ne présente pas d'intérêt paysager particulier. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'antenne-relais bien que visible depuis le hameau, s'insère en arrière-plan de l'espace boisé classé qu'elle surmontera sans néanmoins dénaturer le caractère agricole et naturel des lieux. Ainsi, compte tenu de l'absence d'intérêt paysager particulier de lieux, de la nature du projet et des boisements le séparant du hameau, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au titre de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
6. Si les requérants font état de leurs craintes quant aux incidences du projet sur leur santé, ils ne produisent aucun élément de nature à démontrer que les émissions d'ondes électromagnétiques en provenance de l'antenne projetée présenteraient des risques pour la salubrité publique qui justifierait de s'opposer à la déclaration préalable. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques : " () / II. - B. - Toute personne souhaitant exploiter, sur le territoire d'une commune, une ou plusieurs installations radioélectriques soumises à accord ou à avis de l'Agence nationale des fréquences en informe par écrit le maire ou le président de l'intercommunalité dès la phase de recherche et lui transmet un dossier d'information deux mois avant le dépôt de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable. / () / Le contenu et les modalités de ces transmissions sont définis par arrêté conjoint des ministres chargés des communications électroniques et de l'environnement. / C. - Le dossier d'information mentionné au premier alinéa du B du présent II comprend, à la demande du maire, une simulation de l'exposition aux champs électromagnétiques générée par l'installation. / D. - Le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale mettent à disposition des habitants les informations prévues aux B et C du présent II par tout moyen qu'ils jugent approprié et peuvent leur donner la possibilité de formuler des observations, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'article L. 34-9-1-1 du même code : " Tout acquéreur ou preneur d'un contrat de bail ou de réservation d'un terrain qui, sans être soumis lui-même à l'article L. 33-1, destine ce terrain à l'édification de poteaux, de pylônes ou de toute autre construction supportant des antennes d'émission ou de réception de signaux radioélectriques aux fins de fournir au public un service de communications électroniques en informe par écrit le maire de la commune où se situe ce terrain ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale. Il joint à cette information un document attestant d'un mandat de l'opérateur de téléphonie mobile ayant vocation à exploiter ces installations ".
8. Il résulte des dispositions des articles R. 425-16 à R. 425-22-1 du code de l'urbanisme qu'un permis ou une décision prise sur une déclaration préalable n'est pas subordonné au dépôt du dossier d'information prévu par le B du II de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques ou à l'information visée à l'article L. 34-9-1-1 du même code, dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
9. En quatrième lieu, si l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques prévoit qu'il incombe aux opérateurs de téléphonie mobile de rechercher la mutualisation des sites accueillant des équipements, en vertu du principe de l'indépendance des législations, il n'appartient pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques, mais seulement de se prononcer sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme en vigueur. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.
10. Enfin, à la supposer établie, la circonstance que la propriété des requérants serait dépréciée par l'effet de l'implantation de l'antenne-relais litigieuse serait sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, laquelle s'apprécie au regard des règles d'utilisation des sols applicables.
11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, les conclusions à fins d'annulation de M. et Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les requérants sont la partie perdante dans la présente instance et ne justifient au demeurant pas avoir exposé des frais au titre des frais non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par suite obstacle à ce que ce qu'il soit fait droit à leurs conclusions en ce sens.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la société ATC France le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société ATC France en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B, à la commune de Dampierre-sur-Avre et à la société ATC France.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne président,
M. Gasnier, conseiller,
Mme Ploteau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
Paul GASNIER
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Frédérique GAUTHIER
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.