vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104054 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SAMBA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 novembre 2021 et le 4 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Samba, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer, à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que justifiant d'une présence sur le territoire français de plus de dix années, le préfet aurait dû avant son édiction consulter la commission du titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de Loir-et-Cher n'a pas procédé à examen réel et sérieux de sa situation ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de plus de dix ans de présence en France et qu'il participe à l'éducation et à l'entretien de ses enfants ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire enregistré le 25 juillet 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant de la république démocratique du Congo né le 28 août 1987, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français de manière irrégulière le 31 mars 2011. Le 18 avril 2011, il a déposé une demande d'asile enregistrée le 15 mai 2011 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par une décision du 31 janvier 2012, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 mars 2013, l'OFPRA a rejeté sa demande. Le 17 juillet 2013, il a saisi la préfecture d'Indre-et-Loire aux fins d'obtention d'un titre de séjour pour raisons médicales. Par un arrêté du 17 juin 2013, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui accorder le titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif d'Orléans qui a rejeté sa requête par un jugement du 7 mai 2014. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, M. B a été interpelé pour conduite sans permis le 16 décembre 2017. A la suite de cette interpellation, par un arrêté du 17 décembre 2017, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. La requête présentée par M. B à l'encontre de ce nouvel arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Montreuil du 26 décembre 2017. Se maintenant une nouvelle fois de manière irrégulière sur le territoire, M. B a sollicité, le 8 octobre 2020, des services de la préfecture de Loir-et-Cher l'examen de son admission exceptionnelle sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable. Par l'arrêté attaqué du 15 octobre 2021, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté attaqué vise les textes dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les conditions de l'entrée et du séjour en France de l'intéressé et indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de M. B, notamment s'agissant de la durée de sa présence sur le territoire français et de sa situation de concubinage, sur lesquelles le préfet - qui n'était pas tenu de rappeler de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé - s'est fondé pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait comme en droit de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si le requérant soutient que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de la part du préfet, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que celui-ci fait mention des principaux éléments relatifs à sa situation personnelle. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de la part du préfet. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable en l'espèce : " () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
6. M. B soutient résider habituellement et de manière continue en France depuis le 31 mars 2011, soit depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, l'arrêté préfectoral du 17 décembre 2017 pris à son encontre lui faisant obligation de quitter le territoire français est assorti d'une interdiction de retour de deux ans, période dont il ne peut se prévaloir au titre des dix ans de résidence habituelle qu'il revendique. Dès lors, à la date de la décision litigieuse, il ne justifie pas de dix années de résidence habituelle en France. Par conséquent, le préfet de Loir-et-Cher n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour et le moyen tiré du vice de procédure résultant d'un défaut de saisine de cette commission doit être écarté.
7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
8. M. B soutient qu'il réside habituellement en France depuis 2011, date de son entrée sur le territoire français. S'il allègue vivre en concubinage depuis plus de dix ans avec Mme G, une compatriote titulaire d'une carte de séjour, avec laquelle il a eu trois enfants nés en 2015, 2019 et 2020, les pièces produites à l'instance ne suffisent pas à l'établir. En effet, il ressort des pièces du dossier d'une part, que M. B vivait à Blois dans le Loir-et-Cher à la date de sa demande de titre de séjour et que l'adresse qu'il a déclarée au service scolaire de la mairie d'Achères lors de l'inscription de sa fille C et de son fils E se situait à Tours et d'autre part, que de son côté, Mme G vit avec ses enfants à D dans les Yvelines. La seule circonstance qu'il produise diverses factures d'assurance ou d'électricité où figurent à compter de 2016 son nom ainsi que celui de Mme G ne suffit pas à établir la réalité de leur vie commune alors même qu'il a déclaré une adresse à Saint-Ouen-l'Aumône lors de sa déclaration de revenus 2018. S'il se prévaut de participer à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, il n'apporte à l'appui de ses allégations aucun élément probant, la seule attestation établie par Mme G ne suffisant pas à établir la réalité de ses dires, pas plus que le fait que son nom figure sur les certificats d'inscription scolaire de ses enfants. Il n'atteste pas en outre avoir noué en France des liens particulièrement intenses malgré une présence continue alléguée de plus de dix ans alors qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où réside sa fille aînée née en 2004 et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la vie personnelle du requérant.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant commise par le préfet doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
12. Si M. B fait valoir que la décision par laquelle le préfet de Loir-et-Cher lui fait obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 8, qu'à la date de la décision attaquée il se soit particulièrement investi dans l'éducation de ceux-ci et qu'il entretienne avec eux des liens d'une grande intensité. L'attestation établie par Mme G n'est pas de nature à établir, à elle seule, l'effectivité de sa relation avec ses enfants alors qu'il ne ressort pas en outre des pièces du dossier qu'il a participé à leur entretien de manière régulière. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à José B et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Quillévéré, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
Le rapporteur,
Stéphane F
Le président,
Guy QUILLEVERE
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026