Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104482
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104482 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2021, Mme A C B, représentée par Me Rouillé-Mirza, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de lui reconnaître la qualité d'apatride ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lui reconnaître la qualité d'apatride dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que la décision contestée méconnait les dispositions de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative au statut des apatrides signée à New York le 28 septembre 1954 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nehring
- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C B, qui déclare être née le 15 février 2001 à Gorlovka en Ukraine, demande l'annulation de la décision du 13 septembre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande tendant à ce que la qualité d'apatride lui soit reconnue.
2. Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides () ". Aux termes de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides : " Aux fins de la présente convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ". La reconnaissance de la qualité d'apatride implique d'établir que l'Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel.
3. Pour rejeter la demande de Mme B, le directeur général de l'OFPRA s'est fondé notamment sur les circonstances que la filiation et l'état civil de l'intéressée n'étaient pas établis, que ses prétendus parents étaient éligibles à la nationalité arménienne en vertu des dispositions de la loi sur la citoyenneté de la République d'Arménie, entrée en vigueur le 28 novembre 1995, qu'il n'est pas démontré qu'ils se soient heurtés à un refus des autorités de leur reconnaitre la nationalité arménienne et, enfin, qu'elle n'a pas elle-même démontré avoir personnellement accompli des démarches réitérées, adéquates et sérieuses en vue de clarifier sa situation administrative au regard de sa nationalité. Pour contester cette appréciation, Mme B soutient, d'une part, que sa filiation est établie, au besoin par possession d'état et produit la copie d'une attestation de naissance émanant de l'hôpital de la ville de Gorlovka en Ukraine. Toutefois ce document, dont le sceau de l'autorité est illisible, ne permet pas de justifier de la filiation ni de l'état civil de l'intéressée. En outre Mme B ne produit aucun document officiel établissant sa filiation par possession d'état. D'autre part, si la requérante soutient que ses parents n'ont pas demandé la nationalité arménienne auprès des autorités de ce pays en raison du climat xénophobe qui y règne à l'encontre des personnes originaires d'Azerbaïdjan, cette circonstance ne permet pas de justifier que ses parents étaient dans l'incapacité de demander la nationalité arménienne et de la lui transmettre. Enfin, si la requérante produit plusieurs courriers adressés en fin d'année 2020 aux consulats d'Arménie, d'Azerbaïdjan et d'Ukraine, ces seules diligences ne peuvent suffirent à justifier des démarches adéquates et sérieuses en vue de clarifier sa situation administrative au regard de sa nationalité. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
M. Nehring, premier conseiller,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le rapporteur,
Virgile NEHRING
La présidente,
Sophie LESIEUX
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.