vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200058 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET DUPLANTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 janvier 2022, M. A F, représenté par Me Duplantier, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle la directrice générale adjointe de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil en sa qualité de demandeur d'asile, avec reprise du versement de l'allocation pour demandeur d'asile à date du 8 avril 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il s'est toujours présenté aux autorités chargés de l'asile et qu'il ne peut pas lui être reproché de ne pas avoir exécuté la décision prononçant son transfert dans la mesure où son état de santé rendait impossible tout embarquement et a nécessité une hospitalisation d'urgence ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, compte tenu de la gravité des troubles psychiques dont il souffre, lesquels nécessitent un suivi médical mensuel et un traitement médicamenteux lourd, et de la circonstance qu'il est sans domicile fixe, il démontre être dans une situation particulièrement précaire et de vulnérabilité ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;
- elle méconnaît manifestement les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'elle le prive de la possibilité de faire face à ses besoins les plus élémentaires et s'avère disproportionnée au regard des prétendus faits à l'origine de la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil alors qu'il est dans une situation de particulière vulnérabilité.
Par un mémoire enregistré le 3 janvier 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive (UE) n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. G,
- et les observations de Me Duplantier, représentant M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant afghan né le 16 août 1997, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement sur le territoire français le 8 février 2019 aux fins de présenter une demande d'asile laquelle a été enregistrée le 26 février 2019 en procédure " Dublin ". Le même jour, il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). La consultation du fichier européen Eurodac a révélé qu'il avait sollicité antérieurement l'asile aux Pays-Bas. Le 4 mars 2019, le préfet du Loiret a saisi les autorités néerlandaises d'une demande de reprise en charge de M. F à laquelle ces autorités ont fait droit par une décision explicite du 11 mars 2019. Par deux arrêtés du 30 juillet 2019, notifiés le 21 août 2019, le préfet du Loiret, d'une part, a prononcé le transfert de l'intéressé aux autorités néerlandaises, et d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de vingt et un jours. A l'issue de ce délai, il a été placé en rétention administrative pour une durée de quarante-huit heures et, le 4 septembre 2019, il a été amené à l'aéroport afin qu'il soit procédé à son transfert. S'opposant à son embarquement, il a été replacé en rétention mais le même jour, le préfet du Loiret a ordonné la levée de sa rétention. Entré au service de psychiatrie du centre hospitalier intercommunal Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois dès le 4 septembre 2019, il en est sorti le 9 septembre 2019, et s'est maintenu par la suite sur le territoire français. Par une décision du 22 octobre 2019, l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Le 8 avril 2021, il a sollicité une nouvelle fois l'asile et s'est alors vu délivrer une attestation de demande d'asile " procédure normale " valable jusqu'au 7 février 2022. Par des courriers des 9 avril et 20 juillet 2021, il a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII. Par la décision attaquée du 29 juillet 2021, l'OFII a refusé de faire droit à sa demande aux motifs qu'il ne justifiait pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 26 février 2019 et que l'examen de sa situation personnelle ne faisait apparaître aucun facteur particulier de vulnérabilité.
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D E, directrice générale adjointe de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait aux termes d'une décision du 16 septembre 2016, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 décembre 2016, d'une délégation de signature de M. B C, directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer, au nom du directeur général, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, " tous les actes ou décisions dans le cadre des textes en vigueur ". Il n'est ni établi, ni même allégué, que M. C n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : ()
/ 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ".
4. Si, comme en l'espèce, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil, ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
5. Pour rejeter la demande du requérant, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retenu que l'intéressé n'avait pas justifié des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII et que l'examen de sa situation personnelle et familiale ne faisait pas apparaître de situation particulière de vulnérabilité.
6. D'une part, M. F fait valoir qu'à la suite de la levée de sa rétention administrative et de sa sortie d'hospitalisation le 9 septembre 2019, s'il s'est effectivement maintenu irrégulièrement sur le territoire français, il n'a jamais été convoqué par les autorités chargées de l'asile, et qu'auparavant, il avait toujours respecté les exigences de ces autorités. Toutefois, il ressort du procès-verbal établi le 4 septembre 2019 à 12 heures 25 par l'agent de police judiciaire en charge d'accompagner le requérant pour son embarquement sur un vol à destination d'Amsterdam que ce dernier a, par son comportement, rendu impossible son embarquement. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les constatations ainsi opérées par l'agent de police judiciaire qui font foi jusqu'à preuve contraire et qui justifient la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. S'il ressort effectivement des pièces du dossier qu'il a le même jour fait l'objet d'une hospitalisation en service psychiatrique, il n'est pas établi qu'il n'a pas embarqué dans le vol à destination d'Amsterdam à raison des problèmes de santé ayant justifié cette hospitalisation. Dès lors le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la directrice générale adjointe de l'OFII a considéré qu'il n'avait pas justifié des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté, en refusant de monter dans l'avion, les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation des conditions matérielles d'accueil.
7. D'autre part, le requérant fait valoir qu'il se trouve dans une situation particulière de vulnérabilité et de précarité et que l'OFII en prenant la décision contestée a commis une erreur manifeste d'appréciation. A l'appui de ses allégations, il produit plusieurs certificats médicaux faisant état du fait qu'il souffre d'un syndrome anxiodépressif assorti de phénomènes liés à un syndrome de stress post-traumatique nécessitant un suivi médical régulier en service de psychiatrie et un traitement médicamenteux composé d'un anxiolytique, de neuroleptiques, d'un antihistaminique et d'un hypnotique. En outre, il soutient être sans domicile fixe et être domicilié au centre de la Croix-Rouge française à Saint-Jean-le-Blanc. Toutefois, il ressort aussi des pièces du dossier que la situation du requérant a été réévaluée dans le cadre d'un nouvel entretien, le 17 mai 2021, à l'occasion duquel il n'a pas communiqué à l'OFII d'éléments susceptibles de caractériser un état particulier de vulnérabilité alors que sa qualité de demandeur d'asile lui permettait de bénéficier d'une couverture de santé lui permettant de suivre le traitement et les soins médicaux nécessités par son état de santé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation portée par l'OFII doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
Le rapporteur,
Stéphane G
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026