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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200500

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200500

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantESNAULT-BENMOUSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2022, M. A C, représenté par Me Esnault-Benmoussa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ; à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est insuffisamment motivé ;

- la décision de refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure méconnaissant les dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas possible d'identifier les auteurs de l'avis et qu'il n'est pas établi que le médecin ayant rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant rendu l'avis transmis à la préfète ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé puisqu'il souffre d'une pathologie nécessitant un traitement en France qu'il ne pourrait pas obtenir dans son pays d'origine.

La requête a été communiquée à la préfète d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant arménien né le 20 avril 1985, est entré en France le 11 août 2013 sous couvert d'un visa court séjour. Le 26 mai 2021, le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 15 novembre 2021, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la requête ci-dessus analysée, M. C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L.121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ainsi que l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que le requérant ne remplit pas les conditions fixées par l'article L. 425-9 précité, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant estimé dans son avis du 10 septembre 2021 que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments du dossier son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers ce pays. De même, la préfète précise qu'aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne justifie de s'écarter de cet avis. L'arrêté attaqué comporte également des éléments concernant la situation familiale et personnelle du requérant et constate que le refus de titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, la préfète a également relevé que le requérant n'allègue pas être exposé à des risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour en Arménie. L'arrêté litigieux comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'avant de refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, la préfète d'Indre-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation. Le moyen tiré d'un tel défaut d'examen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration désigné afin d'émettre un avis doit préciser : " a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. () ".

5. Le requérant soutient que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 10 septembre 2021 est insuffisamment motivé. Il relève que cet avis se borne à considérer que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Il fait valoir, en outre, que le collège des médecins n'a pas produit les éléments lui ayant permis de se prononcer et n'a pas davantage précisé les informations disponibles concernant l'existence d'un traitement dans son pays d'origine. Toutefois, d'une part, cet avis satisfait aux exigences de motivation posées par les dispositions précitées de l'arrêté du 27 décembre 2016. D'autre part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de préciser expressément les critères retenus pour apprécier, notamment, l'existence de traitements appropriés dans le pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". En vertu de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ".

7. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en raison de son état de santé de se prononcer au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

8. M. C, qui fait valoir que la procédure est irrégulière et méconnaît les dispositions de l'ancien article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être regardé comme invoquant la méconnaissance des nouvelles dispositions du code correspondant, à savoir ses articles R. 425-12 et R. 425-13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions figurant sur l'avis du collège des médecins du 10 septembre 2021 produit en cours d'instance par la préfète d'Indre-et-Loire ainsi que du bordereau de transmission de cet avis, que le rapport médical sur l'état de santé de M. C prévu à l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été établi par le docteur B pour être soumis au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Ce collège était composé des docteurs Mettais-Cartier, Laouabdia-Sellami et Gadenne. Le requérant ne verse aucune pièce à l'instance permettant de remettre en cause la véracité de ces mentions, dont il ressort que le médecin ayant rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

10. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

11. En l'espèce, il ressort de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 10 septembre 2021 que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que l'intéressé peut bénéficier effectivement de soins appropriés dans son pays d'origine vers lequel son état de santé lui permet de voyager sans risque. Pour contredire cet avis, dont la préfète d'Indre-et-Loire s'est appropriée le sens, M. C produit un certificat médical établi le 21 décembre 2021 par un praticien hospitalier en néphrologie du centre hospitalier régional universitaire de Tours attestant que le requérant souffre d'une insuffisance rénale chronique de stade terminal, nécessitant une hémodialyse trois fois par semaine. Le médecin précise que s'il existe des centres d'hémodialyse chronique en Arménie, l'accès aux soins est difficile et onéreux. Toutefois, il ne ressort ni de ce certificat médical, ni d'aucune autre pièce du dossier, d'éléments et de précisions suffisants pour remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, reprise par la préfète d'Indre-et-Loire, s'agissant de la disponibilité effective du traitement médical dont doit bénéficier M. C eu égard aux caractéristiques du système de santé arménien. Si le requérant fait valoir qu'il ne vit en France qu'avec l'allocation aux adultes handicapés et la majoration pour la vie autonome, il n'établit ni même n'allègue que l'Arménie ne disposerait pas d'un système de santé assurant la prise en charge des plus démunis ni qu'il ne pourrait y bénéficier des ressources nécessaires à sa prise en charge médicale. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour à raison de son état de santé, la préfète d'Indre-et-Loire aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur ou aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2021 de la préfète d'Indre-et-Loire doivent être rejetées ainsi que, ensemble et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

Patricia D

L'assesseure la plus ancienne,

Pauline BERNARD

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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