Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200717

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200717
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 mars 2022 et le 17 septembre 2022, Mme C B demande au tribunal de prononcer la réduction, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017.

Elle soutient que les sommes de 16 500 euros et de 13 500 euros que lui a versées son compagnon en 2016 et 2017 sont de pures libéralités non assorties d'une contrepartie et dès lors non imposables et non, comme le fait valoir l'administration, des bénéfices non commerciaux imposables en application de l'article 92 du code général des impôts.

Par un mémoire enregistré le 2 juin 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la situation de concubinage n'étant pas établie, les sommes perçues par la requérante ne peuvent être regardées comme une contribution quelconque aux charges du couple ;

- le bienfaiteur de la requérante n'agit pas par pure libéralité et la situation de la requérante sur la période contrôlée est assimilable à celle d'une personne très assistée, la faiblesse de ses autres revenus ne lui permettant pas d'assumer seule les dépenses de la vie courante ;

- les sommes versées ne l'ont pas été aux fins de pourvoir aux dépenses communes du couple dès lors que les protagonistes ne partageaient pas le même toit et n'avaient pas l'intention de le faire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les revenus perçus au titre des années 2016 et 2017. A l'issue de ce contrôle, par deux propositions de rectification qui lui ont été adressées le 29 novembre 2019 et le 5 mars 2020, selon la procédure contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, ont notamment été considérées comme des bénéfices non commerciaux, en application des dispositions de l'article 92 du code général des impôts, les sommes de 16 500 euros et de 13 500 euros qui lui ont été versées par M. A au titre respectivement des années 2016 et 2017. Les rectifications ont été partiellement maintenues par des réponses aux observations de Mme B formulées les 8 janvier et 31 mars 2020. Par un courrier du 16 juillet 2020, Mme B a sollicité la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires au sujet du caractère imposable des sommes en cause. Par un avis du 3 juin 2021, la commission s'est déclarée incompétente dans la mesure où le désaccord portait sur une question de droit. Les rappels d'impôt sur le revenu et de contributions sociales ont été mis en recouvrement le 30 septembre 2021. Par une réclamation contentieuse du 6 décembre 2021, rejetée par une décision du 18 février 2022, Mme B a sollicité la réduction des impositions supplémentaires mises à sa charge résultant de l'imposition des sommes versées par M. A.

2. Aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus () ". Dans le cas des personnes dont le train de vie est assuré par des subsides qu'elles reçoivent d'un tiers, ces dispositions ne permettent d'écarter le caractère imposable des sommes ainsi perçues que si l'ensemble des circonstances de l'affaire fait ressortir qu'elles ont le caractère d'une pure libéralité.

3. Contrairement à ce que soutient l'administration, il résulte de l'instruction, eu égard notamment au caractère concordant et circonstancié des pièces produites par la requérante et non sérieusement contredites par l'administration, que Mme B vivait au cours des années d'imposition en litige en concubinage avec M. A bien que demeurant à des adresses différentes. En outre, l'administration n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations de nature à démontrer que les sommes perçues de M. A par la requérante n'étaient pas de pures libéralités consenties sans contrepartie. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir que les sommes en litige n'ont pas le caractère de revenus assimilables à des bénéfices non commerciaux et imposables en application de l'article 92 du code général des impôts. Il y a lieu, par suite, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales qui ont été mises à la charge de Mme B, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, à raison en base d'un montant, avant application du coefficient de 1,25 prévu au 1° du 7 de l'article 158 du code général des impôts, de 16 500 euros pour 2016 et de 13 500 euros pour 2017, ainsi que des pénalités y afférentes.

D E C I D E :

Article 1er : Les bases d'imposition à l'impôt sur le revenu de Mme B sont réduites dans la catégorie des bénéfices non commerciaux au titre des années 2016 et 2017 à concurrence, avant application du coefficient de 1,25 prévu au 1° du 7 de l'article 158 du code général des impôts, respectivement des sommes de 16 500 euros et 13 500 euros.

Article 2 : Mme B est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales dans la mesure résultant des réductions des bases visées à l'article 1er.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dikco-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.