Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200771
vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200771 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 mars 2022, le 12 septembre 2022 et le 22 février 2024, la société par actions simplifiée (SAS) DG Concept demande au tribunal de lui accorder le bénéfice du crédit d'impôt en faveur des métiers d'art constitué au titre des années 2017, 2018 et 2019, assorti des intérêts moratoires.
Elle soutient que :
- l'activité de la société répond aux deux critères cumulatifs de l'article 244 quater O du code général des impôts ;
- l'administration s'est fondée à tort sur une ancienne exigence d'éligibilité, qui était celle de la conception de produits nouveaux, mais qui est périmée depuis l'entrée en vigueur de la loi du 29 décembre 2012, et a recherché à tort l'existence d'une activité de conception devant aboutir à la réalisation d'un produit ou d'un ouvrage innovant, ce qui relève du crédit d'impôt innovation et non du crédit d'impôt métiers d'art ; l'administration a ainsi estimé à tort que les ouvrages éligibles au CIMA doivent être des créations originales.
Par un mémoire enregistré le 19 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requérante ne justifie pas remplir les conditions requises par l'article 244 quater O du code général des impôts pour pouvoir bénéficier de la restitution du crédit d'impôt en faveur des métiers d'art.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS DG Concept, qui exerce une activité industrielle de fabrication de mobiliers et d'agencements intérieurs, a sollicité le remboursement du crédit d'impôt en faveur des métiers d'art pour un montant de 23 015 euros au titre de l'année 2017, 30 000 euros au titre de l'année 2018 et 30 000 euros au titre de l'année 2019. Par une décision du 25 janvier 2022, l'administration fiscale a rejeté sa demande.
2. Aux termes de l'article 244 quater O du code général des impôts : " I. - Les entreprises mentionnées au III et imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt égal à 10 % de la somme : / 1° Des salaires et charges sociales afférents aux salariés directement affectés à la création d'ouvrages réalisés en un seul exemplaire ou en petite série. La création d'ouvrages uniques, réalisés en un exemplaire ou en petite série, se définit selon deux critères cumulatifs : / a) Un ouvrage pouvant s'appuyer sur la réalisation de plans ou maquettes ou de prototypes ou de tests ou encore de mise au point manuelle particulière à l'ouvrage ; / b) Un ouvrage produit en un exemplaire ou en petite série ne figurant pas à l'identique dans les réalisations précédentes de l'entreprise () / III. - Les entreprises pouvant bénéficier du crédit d'impôt sont : () / 2° Les entreprises industrielles des secteurs de l'horlogerie, de la bijouterie, de la joaillerie, de l'orfèvrerie, de la lunetterie, des arts de la table, du jouet, de la facture instrumentale et de l'ameublement ; les nomenclatures des activités et des produits concernés sont définies par arrêté du ministre chargé de l'industrie () ; / IV. Quelle que soit la date de clôture des exercices et quelle que soit leur durée, le crédit d'impôt est calculé par année civile () ".
3. Il résulte des dispositions précitées du I de l'article 244 quater O du code général des impôts, issues de l'article 35 de la loi du 29 décembre 2012 de finances rectificative pour 2012, d'une part, que le bénéfice du crédit d'impôt en faveur des métiers d'art est réservé aux entreprises exerçant des activités de " création d'ouvrages uniques, réalisés en un exemplaire ou en petite série ", à l'exclusion des entreprises exerçant des activités de prestation de service et des activités conduisant à la production de biens immeubles ou de biens meubles incorporels et, d'autre part, que la création d'ouvrages uniques ouvrant droit au bénéfice du crédit d'impôt consiste en la mise en œuvre de moyens visant à la production d'un travail de création original. A cet égard, la circonstance que des équipements seraient conçus et fabriqués sur mesure par des personnels mettant en œuvre un savoir-faire exigeant pour répondre à la demande individuelle de chaque client ne suffit pas à caractériser un travail de conception d'ouvrages uniques au sens des dispositions de l'article 244 quater O.
4. Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction et compte tenu des différents éléments produits par les parties, si le contribuable remplit les conditions auxquelles les dispositions de l'article 244 quater O du code général des impôts subordonnent le bénéfice du crédit d'impôt qu'elles instituent.
5. Il résulte de l'instruction que la société DG Concept est spécialisée dans la fabrication de meubles sur mesure, l'agencement de magasins (supermarchés, restaurants) et l'agencement intérieur (salle de bain, cuisine, dressing ). Les meubles qu'elle fabrique sont recensés dans les classes 36.14.12, 36.14.13 et 36.14.14 de l'arrêté du 14 juin 2006 fixant la liste des nomenclatures des activités industrielles et des produits éligibles au crédit d'impôt mentionné à l'article 244 quater O du code général des impôts. Elle soutient que chaque ouvrage fabriqué est original, se distinguant des produits déjà fabriqués par ses lignes, ses contours, ses couleurs, et que la production est inédite et renouvelée en fonction de la demande des clients. A l'appui de ces prétentions, elle produit une liste des chantiers pour les années 2017, 2018 et 2019, au nombre de cent quinze, qui précise le nom du client et la nature des ouvrages réalisés. Toutefois, elle ne joint pas de photographies pour l'ensemble des chantiers et ne produit de plans - au demeurant sommaires - que pour neuf d'entre eux. Par ailleurs, il ressort de ces listes qu'un certain nombre de chantiers concernent le même client et le même type de travaux sur les deux années ou les trois années concernées, comme par exemple des bornes funéraires pour Stonest, des ambulances pour Petit-Picot, des aménagements pour Intermarché et Leclerc, Audika, une auberge de jeunesse, un commerce de cigarettes électroniques Vapo-Chili, la société Connect-Services, une crèche. En ne produisant pas de photographies ou de plans pour chacune des années concernées ainsi que pour les années antérieures, elle ne permet pas de vérifier si les ouvrages en cause se distinguent des réalisations précédentes. Ainsi, même s'il résulte de l'instruction que la société DG Concept réalise, dans le cadre de son activité de fabrication de meubles et d'agencement intérieur, des ouvrages sur mesure répondant aux demandes et besoins spécifiques de ses clients en mettant en œuvre un savoir-faire exigeant, elle ne justifie pas que les ouvrages qu'elle a réalisés au cours des années 2017 à 2019 résultent d'un travail de création original se distinguant des réalisations précédentes de l'entreprise, de nature à leur conférer le caractère d'ouvrages uniques au sens de l'article 244 quater O du code général des impôts.
6. La requérante ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du LPF, des paragraphes 60 et 80 de l'instruction référencée BOI-BIC-RICI-10-100 publiée le 7 juin 2017, dès lors que les impositions en litige ne procèdent pas d'un rehaussement d'impositions antérieures. En tout état de cause, ces paragraphes ne comportent pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.
7. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander le remboursement du crédit d'impôt en faveur des métiers d'art au titre des années 2017, 2018 et 2019. Ses conclusions à fin de remboursement, ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, ses conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS DG Concept est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS DG Concept et à la directrice régionale des finances publiques du Centre Val-de-Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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