Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200919

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200919
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme A contestant la taxe foncière sur les propriétés bâties mise à sa charge pour 2019, ainsi que les saisies administratives à tiers détenteur et majorations afférentes. Le tribunal a jugé que la procédure d'imposition était régulière, le rôle ayant été mis en recouvrement dans le délai légal, et que la notification tardive de l'avis d'imposition n'affectait pas la validité de la mise en recouvrement. Il a également considéré que la contestation des saisies administratives à tiers détenteur était irrecevable faute d'opposition préalable dans les formes prévues par l'article L. 281-1 du livre des procédures fiscales. Enfin, la demande de sursis de paiement a été rejetée, Mme A n'ayant pas formulé cette demande lors de sa réclamation contentieuse.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 mars 2022, le 11 avril 2022, le 25 janvier 2023 et le 11 mars 2023, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties mise à sa charge au titre de l'année 2019 dans les rôles de la commune de Fleury-les-Aubrais à raison d'un bien situé 87 A rue de Verdun ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer résultant des saisies administratives à tiers détenteur émises le 23 mars 2022 et le 18 janvier 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le remboursement des frais bancaires liés aux diverses saisies administratives à tiers détenteur dont elle a fait l'objet à compter de septembre 2021 ;

4°) de prononcer la décharge des majorations de 10 % mises à sa charge en application de l'article 1730 du code général des impôts et afférentes aux taxes foncières 2019 et 2020 ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des intérêts moratoires pour toutes les sommes saisies et remboursées ;

6°) de lui accorder un sursis de paiement ;

7°) de prononcer la remise gracieuse des majorations pour retard mises à sa charge.

Elle soutient que :

- le fait que l'administration fiscale ait mis en œuvre une saisie administrative à tiers détenteur alors qu'elle n'a reçu aucune information concernant l'impôt réclamé est illégal ;

- l'avis concernant l'imposition de 2019 ne lui a été transmis que le 6 octobre 2021 soit plus de neuf mois après la fin du délai légal de reprise prévu par l'article L. 173 du livre des procédures fiscales.

Par des mémoires enregistrés le 15 juin 2022 et le 13 mars 2023, la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

Sur les demandes d'annulation des saisies administratives à tiers détenteur :

- elle soutient que l'administration n'a pas fait usage de son droit de reprise, dont le délai d'exercice doit être distingué du délai de prescription, dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 173 du livre des procédures fiscales est inopérant et doit être écarté ;

- l'avis d'imposition adressé au contribuable ne constitue qu'un extrait du rôle établi au nom de chaque contribuable et le fait que le contribuable ait reçu son avis d'imposition postérieurement à la date de mise en recouvrement du rôle n'a pas d'incidence sur la validité de la mise en recouvrement du rôle ; cette circonstance n'a d'incidence que sur la date d'exigibilité de l'impôt ; la procédure d'imposition reste régulière dès lors que le rôle a été mis en recouvrement dans le délai légal ;

- la saisie administrative à tiers détenteur émise le 21 septembre 2021 était prématurée dès lors qu'à cette date, Mme A n'avait pas été avisée des avis d'imposition en cause ; dès lors, il est donné mainlevée de cette saisie administrative à tiers détenteur et il est procédé au remboursement de la somme de 1 225,56 euros versée par Pôle Emploi les 22 octobre 2021 et 15 décembre 2021 en application de cette saisie administrative à tiers détenteur ;

- Mme A ayant eu notification le 6 octobre 2021 des avis d'imposition relatifs aux taxes foncières 2019 et 2020, le comptable disposait, en application des dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, d'un délai de quatre ans à compter de cette date pour en poursuivre le recouvrement ;

- Mme A n'est pas recevable à contester l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 23 mars 2022 à défaut d'avoir formé une opposition à poursuites dans les conditions prévues par l'article L. 281-1 du livre des procédures fiscales ; elle n'est pas fondée à en solliciter la mainlevée dès lors qu'elle n'a pas assorti sa réclamation contentieuse portant sur le bien-fondé de la taxe foncière sur les propriétés bâties mise à sa charge au titre de l'année 2019 d'une demande de sursis de paiement ;

- Mme A ayant été avisée des impositions litigieuses le 6 octobre 2021 et une mise en demeure lui ayant été adressée le 24 octobre suivant, à défaut de paiement des impositions en litige, c'est à bon droit qu'une saisie administrative à tiers détenteur a été adressée à son établissement bancaire pour obtenir le règlement de la somme de 190,44 euros correspondant au reliquat du principal de la taxe foncière due au titre de l'année 2019 pour un montant de 71,44euros et de la majoration de retard de 10 % due au titre de la taxe foncière de l'année 2020 pour un montant de 119 euros ;

- sa contestation des saisies administratives à tiers détenteur émises le 18 janvier 2023 et le remboursement des frais bancaires y afférents est irrecevable dans le cadre de la présente instance introduite le 27 mars 2022 ;

Sur la demande de sursis de paiement :

- Mme A n'est pas fondée à solliciter un sursis de paiement à défaut pour elle d'avoir demandé à bénéficier d'un tel sursis lors du dépôt de sa réclamation contentieuse ;

Sur la demande de remboursement des frais bancaires :

- Mme A n'est pas fondée à solliciter le remboursement des frais bancaires afférents aux saisies administratives à tiers détenteur émises le 23 mars 2022 et les 18 janvier 2023 ;

- Mme A peut solliciter auprès de l'administration le remboursement des frais bancaires résultant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 21 septembre 2021 dès lors que celle-ci a été effectuée de manière prématurée avant qu'elle ne soit avisée de son avis d'imposition ;

Sur la remise des majorations de 10 % :

- l'instance étant pendante s'agissant de l'année 2019, aucune remise ne peut lui être accordée ;

- s'agissant de la majoration afférente à la taxe foncière 2020, il lui appartient d'en faire la demande auprès du comptable ;

Sur le paiement d'intérêts moratoires :

- le remboursement de la somme de 1 225,56 euros à la suite de la mainlevée de la saisie administrative à tiers détenteur du 21 septembre 2021 ne rentre pas dans le champ d'application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

- aucun dégrèvement n'ayant été prononcé par l'administration à la suite de la réclamation déposée par Mme A, celle-ci n'est pas en droit de réclamer des intérêts moratoires.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé à Mme A par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de C,

- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est propriétaire depuis octobre 2018 d'une maison située 87 A rue de Verdun à Fleury-les-Aubrais (Loiret) à raison de laquelle elle a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2019 et 2020. Les avis d'imposition correspondant à cette imposition lui ont été adressés chaque année à une adresse erronée situé 23 rue des Maillets à Fay-aux Loges alors qu'elle avait informé l'administration fiscale, dès novembre 2018, qu'elle résidait depuis le 13 octobre 2018 au 87 A rue de Verdun à Fleury-les-Aubrais. Le 8 juin 2020, puis le 6 avril 2021, des mises en demeure de payer les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties des années 2019 et 2020 dues à raison du bien situé à Fleury-les-Aubrais ont été adressées à Mme A à son ancienne adresse de Fay-aux-Loges. Le 29 octobre 2020, Mme A déclarait une nouvelle adresse à compter du 1er octobre 2020, 27 rue Saint-Exupéry à Oullins. Le 21 septembre 2021, une saisie administrative à tiers détenteur a été adressée à Pôle Emploi Rhône-Alpes afin de recouvrer les taxes foncières dues au titre des années 2019 et 2020, augmentées de la majoration de 10 % prévue par l'article 1730 du code général des impôts, pour un montant de 2 610 euros. Cette saisie administrative à tiers détenteur comportant le détail des montants dus en droits comme en majoration de retard a été notifiée à Mme A à son adresse à Oullins. Le 3 octobre 2021, Mme A a contacté le service des impôts des particuliers leur indiquant n'avoir reçu aucun avis d'imposition. Par un courrier du 6 octobre 2021, l'administration a indiqué à Mme A lui avoir adressé les avis d'imposition à son ancienne adresse de Fay-aux-Loges et lui a transmis une copie des avis d'imposition. En réponse, Mme A, par un message adressé sur son espace sécurisé le 12 octobre 2021, a d'une part, demandé au service de lui " permettre de payer la taxe foncière 2020 sans majoration " et d'autre part, a informé l'administration qu'elle entendait former un recours administratif s'agissant de la taxe foncière due au titre de l'année 2019. Une nouvelle mise en demeure valant commandement de payer les cotisations de taxe foncière dues au titre des années 2019 et 2020 a été adressée à Mme A le 24 octobre 2021. Après s'être acquittée des droits afférents à la taxe foncière 2020 pour un montant de 1 194 euros par un chèque encaissé par le Trésor public dès le 25 octobre 2021, Mme A, par un courrier du 24 novembre 2021, a contesté la légalité de la saisie administrative à tiers détenteur établie à son encontre en faisant valoir qu'elle n'avait jamais reçu les avis d'imposition en cause alors qu'elle avait fait toutes les démarches pour informer l'administration de ses changements d'adresse. Elle précisait par ailleurs avoir acquitté les taxes foncières mises à sa charge au titre des années 2020 et 2021 mais refuser de régler la taxe foncière de 2019 au motif que le délai de reprise était expiré depuis le 31 décembre 2020. En exécution de la saisie administrative à tiers détenteur qui lui a été adressée, Pôle Emploi a versé au Trésor public une somme globale de 1 225,56 euros en deux fois, le 22 octobre 2021 et le 15 décembre 2021. Alors que l'opposition à poursuites formée par l'intéressée était implicitement rejetée par l'administration, et postérieurement à l'introduction de sa requête devant le tribunal administratif, Mme A a été rendue destinataire le 22 mars 2022 d'une nouvelle mise en demeure valant commandement de payer la somme de 190,44 euros restant à payer à la suite de l'acquittement par l'intéressée des droits afférents à la taxe foncière due au titre de l'année 2020 sur la différence entre le montant des droits et majorations pour retard de paiement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties dues au titre des années 2019 et 2020 et la somme de 1 225,56 euros versée au comptable public par Pôle Emploi (soit 71,44 euros des droits restant à payer au titre de la taxe foncière 2019 et 119 euros de majoration de retard afférente à la taxe foncière de 2020). A la suite de cette mise en demeure, une saisie administrative à tiers détenteur a été diligentée le 23 mars 2022 auprès de la Macif-Socram Banque qui a procédé dès le 24 mars suivant au versement au Trésor public de la somme en litige. L'administration, reconnaissant, en cours d'instance, le caractère prématuré de la saisie administrative à tiers détenteur du 21 septembre 2021, a procédé à sa mainlevée et remboursé à Mme A, par virement du 9 juin 2022, la somme de 1 225,56 euros que lui avait versée Pôle Emploi. Enfin, quatre nouvelles saisies administratives à tiers détenteur ont été émises le 18 janvier 2023 pour recouvrer la somme de 1 225,56 euros correspondant au reliquat à payer afférent à la taxe foncière de 2019 à hauteur de 1 107,56 euros en droits et de 118 euros de majoration pour retard de paiement. Par un courrier du 25 janvier suivant, Mme A a formé une opposition à poursuites.

Sur les conclusions à fin de décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties due au titre de l'année 2019 :

2. D'une part, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1400 du même code : " I. - Sous réserve des dispositions des articles 1403 et 1404, toute propriété, bâtie ou non bâtie, doit être imposée au nom du propriétaire actuel () ". Aux termes de l'article 1415 de ce code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales : " Un avis d'imposition est adressé sous pli fermé à tout contribuable inscrit au rôle des impôts directs ou, pour les redevables de l'impôt sur la fortune immobilière, au rôle de cet impôt, dans les conditions prévues aux articles 1658 à 1659 A du même code () ". Aux termes de l'article 1658 du code général des impôts : " Les impôts directs et les taxes assimilées sont recouvrés en vertu soit de rôles rendus exécutoires par arrêté du directeur général des finances publiques ou du préfet, soit d'avis de mise en recouvrement () ". Aux termes de l'article 1663 du même code : " Les impôts directs, produits et taxes assimilés, visés par le présent code, sont exigibles trente jours après la date de la mise en recouvrement du rôle () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 173 du livre des procédures fiscales : " Pour les impôts directs perçus au profit des collectivités locales et les taxes perçues sur les mêmes bases au profit de divers organismes, à l'exception de la taxe professionnelle, de la cotisation foncière des entreprises, de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et de leurs taxes additionnelles, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de l'année suivant celle au titre de laquelle l'imposition est due () ".

5. Si la requérante entend soutenir qu'à la date de la notification des saisies administratives à tiers détenteur émises à fin de recouvrer la taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019, le droit de reprise de l'administration était expiré, en application des dispositions précitées de l'article L. 173 du livre des procédures fiscales, il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que la mise en recouvrement de l'imposition litigieuse est intervenue, par voie de rôle régulièrement établi le 31 août 2019, soit avant l'expiration du délai de reprise intervenant le 31 décembre 2020. Par suite, alors que la circonstance que l'imposition en litige ait été portée à la connaissance de Mme A qu'en octobre 2021 est sans incidence sur le bien-fondé de l'assujettissement de la requérante à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2019, le moyen tiré de ce que la prescription d'assiette était acquise doit être écarté.

6. Par ailleurs, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir des énonciations du paragraphe 100 de l'instruction référencée BOI-GF-PGR-10-30 publiée le 2 août 2017 qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à solliciter la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019.

Sur les conclusions à fin de décharge des obligations de payer résultant des saisies administratives à tiers détenteur :

En ce qui concerne la majoration pour retard de paiement :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable ". Aux termes de l'article L. 253 du même livre : " Un avis d'imposition est adressé sous pli fermé à tout contribuable inscrit au rôle des impôts directs ou, pour les redevables de l'impôt sur la fortune immobilière, au rôle de cet impôt, dans les conditions prévues aux articles 1658 à 1659 A du même code () ". Aux termes de l'article 1658 du code général des impôts : " Les impôts directs et les taxes assimilées sont recouvrés en vertu soit de rôles rendus exécutoires par arrêté du directeur général des finances publiques ou du préfet, soit d'avis de mise en recouvrement () ". Aux termes de l'article 1663 du même code : " Les impôts directs, produits et taxes assimilés, visés par le présent code, sont exigibles trente jours après la date de la mise en recouvrement du rôle () ". Enfin, aux termes de l'article 1730 de ce code : " / 1. Donne lieu à l'application d'une majoration de 10 % tout retard dans le paiement des sommes dues au titre () des taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties (). / 2. La majoration prévue au 1 s'applique : / a. Aux sommes comprises dans un rôle ou mentionnées sur un avis de mise en recouvrement qui n'ont pas été acquittées dans les quarante-cinq jours suivant la date de mise en recouvrement du rôle ou de la notification de l'avis de mise en recouvrement () ".

9. Ces dispositions ne sont applicables que si le contribuable a été, avant la date d'exigibilité ainsi déterminée, avisé de la mise en recouvrement du rôle contenant l'imposition à laquelle il a été assujetti. Dans le cas où il est établi que l'administration a omis d'adresser ou n'a notifié qu'avec retard l'avis d'imposition prévu par les dispositions de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales, l'impôt n'est exigible qu'à compter de la date où le contribuable a été informé de la mise en recouvrement du rôle.

10. Il résulte de l'instruction que l'administration, reconnaissant avoir mis en recouvrement de manière prématurée la somme globale de 2 610 euros correspondant aux cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties dues au titre des années 2019 et 2020 augmentées de la majoration pour retard de paiement prévue par l'article 1730 du code général des impôts alors que Mme A n'avait pas été avisée des avis d'imposition en cause, a ordonné en cours d'instance, la mainlevée de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 21 septembre 2021 auprès de Pôle Emploi Rhône-Alpes et a procédé, par virement du 9 juin 2022, au remboursement intégral de la somme appréhendée pour un montant de 1 225,56 euros.

11. Si Mme A entend soutenir ne pas avoir été régulièrement avisée de la mise en recouvrement de la taxe foncière sur les propriétés bâties mises à sa charge au titre de l'année 2019 faute d'avoir été rendue destinataire d'un avis d'imposition, il résulte de l'instruction, comme cela a été dit au point 5, que la taxe foncière sur les propriétés bâties établie au titre de l'année 2019 a été mise en recouvrement le 31 août 2019. Si Mme A s'est vu notifier, dans un premier temps et de manière aussi regrettable qu'incompréhensible dès lors qu'elle avait informé le service de son changement d'adresse, un avis d'imposition à la taxe foncière à la fois sous un nouveau numéro fiscal et à une adresse erronée, il n'est pas contesté qu'elle a reçu, après de nombreux échanges avec l'administration, cet avis d'imposition le 6 octobre 2021 et qu'une mise en demeure valant commandement de payer les taxes foncières 2019 et 2020 pour un montant de 1 179 euros pour la première année et de 1 194 euros pour la seconde, augmentés respectivement des sommes de 118 euros et 119 euros de majoration pour retard de paiement lui a été adressée le 24 octobre suivant dans le délai prévu par les dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, faisant ainsi courir un nouveau délai de quatre ans. Par suite, l'action dont disposait le comptable public pour recouvrer ces impositions n'était pas prescrite à la date des saisies administratives à tiers détenteur émises d'une part, le 23 mars 2022 à fin de recouvrer la somme de 190,44 euros correspondant à hauteur de 71,44 euros au restant à acquitter de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties due au titre de l'année 2019 et à hauteur de 119 euros à la majoration pour retard de paiement ayant grevé la cotisation de taxe foncière due au titre de l'année 2020, payée par l'intéressée par un chèque encaissé le 25 octobre 2021, et d'autre part, le 18 janvier 2023 à fin de recouvrer la somme de 1 225,56 euros correspondant à la cotisation de taxe foncière restant à acquitter au titre de l'année 2019 à la suite du remboursement effectué par l'administration le 9 juin 2022 de la somme recouvrée auprès de Pôle Emploi, augmentée de la majoration pour retard de paiement.

12. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme A, d'une part, a procédé au paiement de la taxe foncière due au titre de l'année 2020 par un chèque n° 5165014 d'un montant de 1 194 euros encaissé par l'administration fiscale dès le 25 octobre 2021, et d'autre part, en sollicitant du service le 12 octobre précédent de lui permettre de payer la taxe foncière due au titre de l'année 2020 sans majoration, a entendu contester le principe même de la majoration de retard appliquée au titre de la taxe foncière 2020 en se prévalant d'un paiement dans le délai de quarante-cinq jours prévu par les dispositions du a du 2 de l'article 1730 du code général des impôts. Il est constant que Mme A n'a été régulièrement avisée de la mise en recouvrement du rôle de l'imposition due au titre de l'année 2020 que le 6 octobre 2021. Dès lors que le paiement dans les délais d'une imposition mise en recouvrement par voie de rôle ne peut intervenir que si le contribuable a été avisé de cette mise en recouvrement, de la date d'exigibilité de l'imposition et de la date limite de paiement, ce n'est qu'à compter de la date du 6 octobre 2021 que l'impôt litigieux est devenu exigible et qu'ont commencé à courir les délais prévus aux articles 1663 et 1730 du code général des impôts cités au point 8 relatifs respectivement à l'exigibilité de l'imposition et au délai de paiement ouvert au contribuable. En procédant au paiement de la taxe foncière due au titre de l'année 2020 par un chèque encaissé par l'administration fiscale le 25 octobre 2021, à la date des actes de poursuites - mise en demeure et saisie administrative à tiers détenteur des 22 et 23 mars 2023 -, Mme A s'était acquittée dans le délai légal de l'imposition mise à sa charge au titre de l'année 2020. Par suite, l'administration fiscale n'était fondée ni à mettre à la charge de la requérante la somme de 119 euros pour retard de paiement, ni, par voie de conséquence, à en poursuivre le paiement par voie de recouvrement forcé.

En ce qui concerne les poursuites :

13. En sollicitant la " levée des saisies administratives à tiers détenteur " émises le 23 mars 2022 pour recouvrer la somme de 190,44 euros et le 18 janvier 2023 pour recouvrer la somme de 1 225,56 euros, Mme A doit être regardée comme sollicitant la décharge de l'obligation de payer lesdites sommes.

14. D'une part, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites () / Les contestations relatives au recouvrement () peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 () ".

15. D'autre part, aux termes de l'articles L. 277 du même livre : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent () ".

16. En premier lieu, si la requérante entend soutenir qu'à la date de la notification des saisies administratives à tiers détenteur en date des 23 mars 2022 et 18 janvier 2023, le droit de reprise de l'administration était expiré en application des dispositions précitées de l'article L. 173 du livre des procédures fiscales, un tel moyen, qui a trait à l'assiette et au calcul de l'impôt, est, en tout état de cause, inopérant à l'appui de conclusions relevant du contentieux du recouvrement.

17. En deuxième lieu, si Mme A conteste le fait qu'une même somme puisse faire l'objet de plusieurs saisies administratives à tiers détenteur émises auprès d'établissements distincts au risque qu'une somme excédentaire soit prélevée, aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obstacle à ce que le comptable public diligente au cours de la même période, y compris à la même date, des poursuites à l'encontre de plusieurs débiteurs du contribuable, la situation devant se résoudre, le cas échéant, par un suivi des encaissements et opérations de mainlevée ou de remboursement si les versements ont été opérés de manière excédentaire.

18. En dernier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que ce n'est que le 25 janvier 2023, à l'occasion de son opposition formée à l'encontre des saisies administratives à tiers détenteur émises le 18 janvier précédent, que Mme A a sollicité le bénéfice du sursis de paiement prévu par les dispositions précitées de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, et non à l'occasion de sa réclamation d'assiette présentée le 24 novembre 2021 à l'encontre de la taxe foncière due au titre de l'année 2019. D'autre part, il résulte aussi de l'instruction que les impositions en litige ont été intégralement payées. Par suite, alors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'accorder des délais de paiement aux contribuables, les conclusions de la requête tendant à l'octroi d'un sursis de paiement sont, en tout état de cause, irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à solliciter la décharge de la majoration de 119 euros mise à sa charge pour retard de paiement et, par voie de conséquence, de l'obligation de payer cette somme résultant de la saisie administrative à tiers détenteur établie le 23 mars 2022. Pour le surplus, ses conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer résultant des saisies administratives à tiers détenteur établies les 23 mars 2022 et 18 janvier 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de condamnation de l'Etat au remboursement des frais bancaires :

20. Les conclusions de Mme A à fin de remboursement des frais bancaires liés aux saisies administratives dont elle a fait l'objet sont irrecevables à raison de l'incompétence de la juridiction administrative pour en connaître, et doivent, en tout état de cause, être rejetées. Toutefois, si la requérante s'y croit fondée, notamment s'agissant de la saisie administrative à tiers détenteur émise de manière prématurée le 21 septembre 2021, il lui est loisible, comme l'y invite d'ailleurs l'administration, de saisir celle-ci d'une demande de remboursement des frais de toute nature que cet acte de poursuite aurait été susceptible de générer.

Sur les conclusions relatives aux intérêts moratoires :

21. D'une part, aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. () Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés ". D'autre part, aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure () ". Les intérêts moratoires dus en application des dispositions de l'article 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

22. Le présent jugement n'impliquant aucune restitution d'impôt, les conclusions tendant, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, à la condamnation de l'Etat au paiement d'intérêts moratoires sur les restitutions à venir ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

23. Toutefois, il résulte de l'instruction que d'une part, si Mme A a été remboursée par virement du 9 juin 2022 de la somme de 1 225,56 euros versées par Pôle Emploi à la suite de la saisie administrative à tiers détenteur émise prématurément le 21 septembre 2021, ce remboursement n'a pas fait l'objet du paiement d'intérêts moratoires. Or l'administration indique dans ses écritures avoir été rendue destinataire d'un courrier du 25 janvier 2023 par lequel Mme A contestait les saisies administratives à tiers détenteur établies le 18 janvier 2023 et présentait une demande de " paiement des intérêts moratoires pour toutes les sommes réclamées ". Dès lors la requérante est fondée à demander qu'en application de l'article 1231-6 du code civil précité, l'Etat soit condamné à lui verser une somme correspondant aux intérêts moratoires dus sur la somme de 1 225,56 euros à compter du 24 novembre 2021, date de la réception par l'administration de sa réclamation formée à l'encontre de la saisie administrative à tiers détenteur du 21 septembre 2021, et jusqu'au 9 juin 2022, date de restitution de la somme versée par Pôle Emploi. D'autre part, Mme A étant déchargée, en application du présent jugement, de la somme de 119 euros correspondant à la majoration pour retard de paiement ayant assorti l'imposition due au titre de l'année 2020, elle est fondée à demander, en application des mêmes dispositions du code civil, que l'Etat soit condamné à lui verser une somme correspondant aux intérêts moratoires dus sur cette somme à compter du 12 octobre 2021, date à laquelle elle doit être considérée comme ayant nécessairement entendue contester l'exigibilité de cette majoration, et jusqu'à la date de sa complète restitution en application du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à la remise gracieuse :

24. Aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable : () / 2° Des remises totales ou partielles d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent sont définitives () ".

25. Si Mme A, en faisant état de sa situation de précarité financière, entend solliciter du juge une remise gracieuse de l'imposition litigieuse et des majorations de retard y afférentes, il n'appartient pas au juge administratif, qui ne peut se substituer à l'administration, de se prononcer lui-même sur une demande de remise gracieuse de dette. Dans ces conditions, Mme A, qui ne justifie pas avoir saisi l'administration fiscale d'une telle demande, n'est pas recevable à demander au juge une remise gracieuse. Il lui appartient, si elle s'y croit fondée, de saisir l'administration d'une telle demande.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est déchargée de la somme de 119 euros correspondant à la majoration de 10 % mise à sa charge pour retard de paiement de la taxe foncière 2020 et de l'obligation de payer cette somme résultant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 23 mars 2022. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 12 octobre 2021 jusqu'à la date de sa pleine restitution.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme correspondant aux intérêts moratoires dus sur la somme de 1 225,56 euros à compter du 24 novembre 2021 et jusqu'au 9 juin 2022.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Stéphane C

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.