Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200964

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200964
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté les requêtes de M. et Mme A contestant le retrait de la prime "MaPrimeRénov" par l'Agence nationale de l'habitat (ANAH). Le retrait était motivé par le fait que les travaux d'installation d'un poêle à buches avaient débuté avant l'accusé de réception de leur demande, en violation de l'article 2 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020. Les requérants n'ont pas démontré relever des dérogations exceptionnelles prévues par ce texte. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation de la décision implicite de rejet de l'ANAH.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2104328 le 30 novembre 2021, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler la décision implicite du 29 novembre 2021 par laquelle l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a rejeté leur recours administratif dirigé contre la décision du 19 septembre 2021 portant retrait de la prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov " qui leur avait été initialement accordée.

Ils soutiennent que :

- ils n'ont pris connaissance du dispositif de la prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov " que tardivement et ont déposé leur dossier à l'instant où l'existence de cette dernière a été portée à leur connaissance ;

- ils sont de bonne foi et sont désormais dans une situation financière difficile en raison du retrait de cette prime de transition énergétique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, l'ANAH conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les travaux ont été réalisés avant la demande d'aide, en méconnaissance de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020.

II. Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2021 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, transmise au tribunal administratif d'Orléans le 24 mars 2022, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler la décision implicite du 29 novembre 2021 par laquelle l'ANAH a rejeté leur recours administratif préalable dirigé contre la décision du 19 septembre 2021 portant retrait de la prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov " qui leur avait été initialement accordée.

Ils soutiennent que :

- ils n'ont pris connaissance du dispositif de la prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov " que tardivement et ont déposé leur dossier à l'instant où l'existence de cette dernière a été portée à leur connaissance ;

- ils sont de bonne foi et sont désormais dans une situation financière difficile en raison du retrait de cette prime de transition énergétique.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 10 février 2022 et le 19 septembre 2024, l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les travaux ont été réalisés avant la demande d'aide, en méconnaissance de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacassagne

- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les deux requêtes de M. et Mme A sont dirigées contre la même décision de l'Agence nationale pour de l'habitat (ANAH) et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme A ont déposé une demande de prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov " le 1er mai 2021 pour l'installation d'un poêle à buches. Après leur avoir accordé, par une décision du 20 mai 2021, une subvention de 2 000 euros, l'ANAH a procédé à son retrait par une décision du 19 septembre 2021, au motif que les travaux avaient débuté avant l'émission de l'accusé de réception de leur demande de prime. M. et Mme A ont formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision, dont il a été accusé réception le 29 septembre 2021 et qui est resté sans réponse. Du silence gardé par l'ANAH une décision implicite de rejet est née le 29 novembre 2021. M. et Mme A demandent l'annulation de cette décision implicite, confirmée par une décision expresse du 31 janvier 2022.

3. Aux termes de l'article 2 du décret 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique dans sa rédaction applicable à la date de la demande de prime : " () II.- Seuls les travaux et prestations commencés après l'accusé de réception par l'Agence nationale de l'habitat de la demande de prime y ouvrent droit. Cet accusé de réception ne vaut pas décision d'attribution de la prime. / Toutefois, le directeur général de l'agence peut, à titre exceptionnel, accorder une prime lorsque le dossier a été déposé après le commencement des travaux ou prestations, notamment : / - en cas de travaux ou prestations urgents en raison d'un risque manifeste pour la santé ou la sécurité des personnes ; / - en cas de dommages causés par une catastrophe naturelle ou technologique, ou par effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones, dûment constatés en application des articles L. 125-1, L. 122-7 et L. 128-1 du code des assurances ; / Par dérogation au premier alinéa du présent II : / 1° entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre 2021, le bénéficiaire mentionné au I de l'article 1 appartenant aux catégories mentionnées aux 3° et 4° de l'article 3 du présent décret peut déposer une demande après avoir commencé ses travaux ou prestations du 1er octobre 2020 au 31 décembre 2020 sur la base d'un devis signé entre ces mêmes dates ; / 2° entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2021, le bénéficiaire mentionné au II de l'article 1 du présent décret peut déposer une demande après avoir commencé ses travaux ou prestations du 1er octobre 2020 au 30 juin 2021 sur la base d'un devis signé entre ces mêmes dates ; / 3° entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre 2022, le bénéficiaire peut déposer une demande après avoir réalisé la prestation mentionnée au 8 ou 14 de l'annexe 1 du présent décret. / Pour les travaux d'isolation des murs, en façade ou pignon, mentionnés au 10 de l'annexe 1 au présent décret, lorsque ces travaux sont réalisés par l'extérieur et ne portent pas sur des parties communes ou éléments d'équipements communs à plusieurs logements, par dérogation au premier alinéa du présent II, jusqu'au 1er novembre 2020, le bénéficiaire peut déposer une demande après avoir commencé ses travaux, sous réserve que ceux-ci aient commencé entre le 15 juillet 2020 et le 31 août 2020 () ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la facture datée du 23 décembre 2020, que les travaux ont commencé avant l'accusé de réception de la demande de prime du 1er mai 2021. D'ailleurs les requérants n'établissent ni n'allèguent que les travaux ont commencé après l'accusé de réception de cette demande d'aide.

5. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas soutenu, que la demande entrerait dans l'un des cas de dérogations prévues par les dispositions rappelées au point 2. Si les requérants se prévalent de leur bonne foi, de leur ignorance des dispositions réglementaires applicables et de ce que le retrait de la prime initialement accordée à pour conséquence de les placer dans une situation financière difficile, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité du retrait de la subvention litigieuse. Dans ces conditions, l'ANAH a pu, à bon droit, opposer aux requérants le commencement des travaux avant l'accusé de réception de leur demande et rejeter leur demande.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'ANAH a pu, à bon droit, opposer aux requérants le commencement des travaux avant l'accusé de réception de sa demande et retirer l'aide accordée. Les requêtes de M. et Mme A doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

L'assesseur le plus ancien,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Marie-José PRECOPE

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

N° 2104328