Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201045

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201045
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. A, un ancien militaire, qui contestait un titre de perception émis le 9 août 2021 pour un trop-perçu de rémunération de 7 665,15 euros. Le litige portait sur le maintien de certaines indemnités (MFE, SUFE, RESE) durant un congé de fin de campagne du 1er août au 19 octobre 2020. Le tribunal a jugé que, conformément aux articles L. 4138-2 et R. 4138-27 du code de la défense, ainsi qu'aux articles 15 et 19 du décret n° 97-900 du 1er octobre 1997, le congé de fin de campagne ne constitue pas une situation ouvrant droit au maintien de la solde à l'étranger. Par conséquent, le titre de perception était fondé et la demande d'annulation a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 22 mars 2022, le vice-président président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Strasbourg a renvoyé au tribunal administratif d'Orléans la requête présentée par M. B A.

Par cette requête et des mémoires enregistrés le 13 mars 2022, le 8 novembre 2022, le 23 décembre 2022 et le 13 janvier 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 9 août 2021 lui réclamant le versement d'un trop-versé de rémunération d'un montant de 7 665,15 euros.

Il soutient que :

- le titre de perception a été calculé sur la base d'une saisie informatique non officielle allant à l'encontre de deux décisions dont une ministérielle ;

- la date de fin d'affectation à prendre en compte n'est pas le 1er août 2020 mais le 19 octobre 2020.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 novembre 2022 et le 20 décembre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne développe aucune conclusion tendant à l'annulation partielle ou totale du titre de perception ;

- à titre subsidiaire, la créance réclamée est fondée.

Par un mémoire, enregistré le 6 janvier 2023, la direction départementale des finances publiques de la Moselle conclut à sa mise hors de cause.

Par ordonnance du 9 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Keiflin,

- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A était militaire au grade de premier maître dans la spécialité " plongeur démineur " au sein de la marine nationale depuis le 5 février 2002. Avant sa radiation des contrôles le 24 novembre 2020, il était affecté au sein de l'unité de commandement et de coopération opérationnelle (U2CO) et a effectué un séjour de commandement des éléments français (COMELEF) au Sénégal du 16 juillet 2018 au 31 juillet 2020 au cours duquel il était soumis au régime de solde à l'étranger et a pu prétendre à ce titre à la majoration familiale à l'étranger (MFE), au supplément familial de solde à l'étranger (SUFE) et à l'indemnité de résidence à l'étranger (RESE). Il a formulé le 6 juillet 2020 une demande de 56 jours de congé de fin de campagne sur le territoire sénégalais pour convenance personnelle pour la période du 1er août 2020 au 19 octobre 2020 inclus. Cette demande a été agréée et ce congé de fin de campagne a été autorisé le 8 juillet 2020 par le commandant C. Par une lettre du 11 janvier 2021, le directeur de l'établissement national de la solde (ENS) a notifié à M. A un trop-versé de MFE, SUFE et RESE constaté au titre de la période du 10 août 2020 au 30 septembre suivant pour un montant de 7 665,15 euros. La direction départementale des finances publiques (DDFiP) de la Moselle a émis le 9 août 2021 un titre de perception à son encontre que M. A a contesté auprès de la DDFiP par un courriel du 30 août 2021. Sa contestation a été transmise à l'ENS dont le silence gardé pendant un délai de six mois a fait naître une décision implicite de rejet. Par une décision du 5 juillet 2022, l'ENS a explicitement rejeté le recours préalable de M. A et a confirmé le bien-fondé du titre de perception. Par la présente requête, M. A demande l'exonération totale du recouvrement de ce titre de perception et doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 9 août 2021 lui réclamant le versement d'un trop-versé de rémunération d'un montant de 7 665,15 euros.

2. Aux termes de l'article L. 4138-2 du code de la défense dans sa version applicable au litige : " L'activité est la position du militaire qui occupe un emploi de son grade. Reste dans cette position le militaire : 1° Qui bénéficie : () c) De permissions ou de congés de fin de campagne ; () ". Aux termes de l'article L. 4138-5 du même code : " Les permissions ainsi que les congés de fin de campagne d'une durée cumulée maximale de six mois sont attribués dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 4138-27 du même code : " Le congé de fin de campagne prévu à l'article L. 4138-5 du code de la défense est accordé au militaire à l'issue d'un embarquement ou d'un séjour, de plus de onze mois consécutifs, effectué : () La durée de ce congé correspond à la durée totale des permissions annuelles de longue durée prévues à l'article R. 4138-19, dont l'intéressé n'a pas pu bénéficier, pour raisons de service, au cours du séjour ou de l'embarquement. Cette durée ne peut excéder six mois. () ".

3. Aux termes de l'article 15 du décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 fixant les modalités de calcul de la rémunération des militaires affectés à l'étranger dans sa version applicable au litige : " Les situations dans lesquelles peuvent être placés les militaires visés par le présent décret sont énumérées ci-après : / -la présence au poste ; / -l'appel par ordre ; / -l'appel spécial ; / -les congés (administratif, de maladie, de longue durée pour maladie, de longue maladie ou pour raisons de santé, de maternité , de paternité ou d'adoption). " et aux termes de l'article 19 du même du décret : " " Le congé administratif est la situation du militaire bénéficiant de permissions rémunérées selon le régime de solde à l'étranger soit en cours de séjour, soit à l'issue du séjour, sur le lieu d'affectation ou en dehors du territoire. / Le nombre annuel de jours de rémunération de congé administratif est égal au nombre annuel de jours de permissions auquel a droit le militaire en vertu des 1°, 3° et 4° de l'article R. 4138-16 du code de la défense. Toutefois, les droits à congé administratif se décomptent de date à date, y compris les samedis, dimanches et jours fériés. / Le congé administratif peut être accordé soit en cours de séjour, soit à l'issue du séjour, dans les conditions prévues par arrêté conjoint du ministre des affaires étrangères, du ministre chargé du budget, du ministre de la défense et du ministre chargé de la fonction publique. () ".

4. Aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 1er octobre 1997 pris pour l'application des dispositions du décret n° 97-900 dans sa version applicable au litige : " Les modalités du congé administratif visé à l'article 19 du décret du 1er octobre 1997 susvisé sont déterminées ci-après. () / Si, pour des raisons de service, le militaire affecté à l'étranger n'a pu utiliser, en partie ou en totalité, ses droits à congé administratif pendant son séjour, les droits, acquis au titre de l'affectation à l'étranger conformément au deuxième alinéa de l'article 19 du décret du 1er octobre 1997 susvisé, sont reportés à l'issue du séjour dans les conditions suivantes : - pour le militaire de carrière placé, à l'issue du séjour à l'étranger, dans l'une des situations des positions d'activité ou de non-activité citées aux articles L. 4138-2 et L. 4138-11 du code de la défense et ouvrant droit, en totalité ou en partie, au versement de la solde, le reliquat des droits est versé à compter du premier jour du retour en France jusqu'à épuisement des droits. () ".

5. M. A soutient que le régime de solde à l'étranger aurait dû lui être versé jusqu'à la fin de son congé de fin de campagne sur le territoire sénégalais, soit jusqu'au 19 octobre 2020, compte tenu de son affectation à l'unité U2CO alors qu'il a, à tort, été administrativement affecté par le logiciel de gestion administrative Rhapsodie à la compagnie Méditerranée du 1er août 2020 au 19 octobre 2020. Toutefois, d'une part, l'octroi de ce congé de fin de campagne n'a pu prolonger le terme de son séjour fixé au 31 juillet 2020 pris en compte pour l'exercice du droit à congé administratif. D'autre part, il résulte de l'instruction que dans le cadre de son séjour, M. A avait cumulé 92 jours de congés administratifs et qu'il n'en avait pris à l'expiration de celui-ci que 83, sa situation lui ouvrait un droit supplémentaire au versement de la solde de 9 jours et que par suite, il a pu bénéficier du régime de solde à l'étranger jusqu'au 9 août 2020 conformément aux dispositions précitées de l'arrêté du 1er octobre 1997. Ainsi, les droits du requérant au versement de la solde à l'étranger ayant pris fin au 10 août 2020, sa situation s'inscrivant dans le cadre d'un congé de fin de campagne il ne pouvait prétendre au maintien du régime de solde à l'étranger au-delà de cette date, quelle que soit son affectation administrative sur le logiciel de gestion Rhapsodie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, et alors qu'il n'appartient pas au juge administratif, saisi d'une contestation portant sur l'obligation de payer une somme à la suite de l'émission d'un titre de perception, d'accorder une remise gracieuse de la somme légalement due ou des délais de paiement, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées et des anciens combattants.

Copie en sera transmise pour information au directeur de la direction départementale des finances publiques de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

La rapporteure,

Laura KEIFLIN

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.