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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201371

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201371

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2022, M. B E, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Loiret a rejeté le recours dirigé contre la décision du 2 novembre 2021 lui refusant le bénéfice de la prime d'activité ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Loiret la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le respect de la condition de détention depuis cinq années d'un titre de séjour autorisant son titulaire à travailler n'est pas affecté par une interruption correspondant à la durée nécessaire à l'examen d'une demande de renouvellement ou d'obtention d'un nouveau titre de séjour ; l'administration préfectorale a par ailleurs commis une faute en refusant de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 22 juin 2022, la caisse d'allocations familiales du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Duplantier, représentant M. E.

Une note en délibéré, produite par Me Duplantier, représentant M. E, a été enregistrée le 5 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. E, ressortissant haïtien, a été muni à compter du 4 janvier 2016 d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions alors applicables de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qui en vertu des dispositions de l'article L. 313-12 de ce code, autorisait son titulaire à exercer une activité professionnelle. Ce titre a été renouvelé jusqu'au 3 mars 2019. La demande de renouvellement de ce titre de séjour a été rejetée par un arrêté du préfet du Loiret du 16 septembre 2019, portant obligation de quitter le territoire. Cette décision a été annulée par un jugement de ce tribunal du 17 mars 2020, devenu définitif. Le jugement du tribunal a entraîné la disparition rétroactive de la décision du préfet du Loiret du 16 septembre 2019. M. E a été muni de récépissés de demande de titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité au cours des périodes du 15 juillet 2020 au 14 octobre 2020 puis du 2 novembre 2020 au 1er février 2021. Un titre de séjour temporaire " salarié " a été délivré au requérant, valable du 2 février 2021 au 1er février 2022. Le requérant a présenté le 26 octobre 2021 une demande d'octroi de la prime d'activité, qui a été rejetée par une décision de la caisse d'allocations familiales du Loiret du 2 novembre 2021. Le recours préalable formé par M. E, enregistré le 21 décembre 2021, a été implicitement rejeté par une décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Loiret.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à la prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

3. Aux termes de l'article L. 842-2 du code de la sécurité sociale : " Le droit à la prime d'activité est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : /1° Etre âgé de plus de dix-huit ans ; / 2° Etre français ou titulaire depuis au moins cinq ans d'un titre de séjour autorisant à travailler ".

4. Il résulte des dispositions du code de la sécurité sociale que le législateur a subordonné le bénéfice de la prime d'activité pour les étrangers, sous réserve de certaines exceptions, à une condition de détention d'un titre de séjour autorisant à travailler depuis au moins cinq ans à la date de la demande. Si cette période doit être continue, le respect de cette condition ne saurait toutefois être affecté par une interruption correspondant à un retard, imputable à l'administration, dans la délivrance du récépissé, autorisant son titulaire à travailler, d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour.

5. Il résulte de l'instruction, que M. E avait présenté sa demande de renouvellement de son titre de séjour avant l'expiration de la validité de sa carte de séjour temporaire le 3 mars 2019. Le retard mis par l'autorité préfectorale à lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, lequel, contrairement aux allégations de la caisse d'allocations familiales, doit être inclus dans le décompte de la durée instituée par l'article L. 841-2 du code de la sécurité sociale, résulte du refus irrégulier du renouvellement du titre de séjour du requérant. Il résulte dès lors de l'instruction qu'à la date du 26 octobre 2021, M. E satisfait la condition de détention d'un titre de séjour autorisant son titulaire à travailler pendant une durée d'au moins cinq années.

6. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales du Loiret de statuer à nouveau sur la demande de M. E, dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article R. 847-2 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 représentent l'Etat devant le tribunal administratif dans les litiges relatifs aux décisions qu'ils prennent pour son compte en application du présent titre ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Loiret est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales du Loiret de statuer sur la demande de M. E dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. E sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Luc C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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