Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201474

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. A, ressortissant guinéen, qui contestait le refus de titre de séjour pour raisons de santé pris par la préfète d'Indre-et-Loire. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et que la préfète ne s'était pas estimée liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII. Il a également jugé que le requérant n'apportait pas la preuve que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, en application des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022, M. C A, représenté par Me Leperlier-Roy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté n'est pas motivé ;

- la préfète d'Indre-et-Loire s'est à tort crue liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle ne communique pas le rapport médical établi par le médecin de l'OFII ni l'avis médical du collège des médecins de l'OFII et n'apporte pas la preuve que sa décision se fonde sur la base d'un avis du collège des médecins et d'un rapport médical conforme à l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé.

La requête a été communiquée à la préfète d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit d'observations.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Nehring a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant de la République de Guinée né en 1997, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 4 octobre 2016. Il a sollicité le 18 octobre 2016 son admission au titre de l'asile qui a été refusée par une décision du 31 août 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 13 juin 2019. L'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 28 juin 2019, à laquelle il n'a pas déféré, puis d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français en date du 1er juillet 2021. Il a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé, le 12 novembre 2021. Par arrêté du 8 mars 2022, dont M. A demande l'annulation, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour comporte les motifs de droit et de fait sur lesquels la préfète s'est fondée pour rejeter la demande de titre de séjour formée par le requérant. Elle comporte les visas des textes dont elle a entendu faire application et mentionne les raisons pour lesquelles il n'a pas été fait droit à sa demande. Elle est donc suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète se serait cru à tort liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que les documents soumis à l'appréciation du préfet doivent comporter l'avis du collège de médecins et être établis de manière telle que, lorsqu'il statue sur la demande de titre de séjour, le préfet puisse vérifier que l'avis au regard duquel il se prononce a bien été rendu par un collège de médecins tel que prévu par l'article L. 425-9. L'avis doit, en conséquence, permettre l'identification des médecins dont il émane. L'identification des auteurs de cet avis constitue ainsi une garantie dont la méconnaissance est susceptible d'entacher l'ensemble de la procédure. Il en résulte également que, préalablement à l'avis rendu par ce collège de médecins, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, doit lui être transmis et que le médecin ayant établi ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. En cas de contestation devant le juge administratif portant sur ce point, il appartient à l'autorité administrative d'apporter les éléments qui permettent l'identification du médecin qui a rédigé le rapport au vu duquel le collège de médecins a émis son avis et, par suite, le contrôle de la régularité de la composition du collège de médecins.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration daté du 30 décembre 2021, produit en cours d'instance, qu'il comporte le nom, la qualité et la signature des trois médecins membres du service médical de l'office l'ayant émis. Par ailleurs, il ressort du même avis que l'auteur du rapport, le docteur B, n'a pas siégé au sein du collège. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

8. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète d'Indre-et-Loire s'est fondée sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 décembre 2021 dont elle s'est appropriée la teneur, qui a considéré que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le requérant, pour contredire cet avis, soutient qu'il est atteint de tuberculose et qu'un défaut de prise en charge peut entrainer, pour sa santé, des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le requérant produit, pour l'établir, des attestations rédigées les 12 juillet 2021 et 26 avril 2022 par un médecin généraliste, indiquant qu'il est atteint d'une tuberculose latente nécessitant un suivi et un traitement réguliers ainsi qu'une prescription médicale de rifampicine. Toutefois, ces documents sont insuffisants pour infirmer l'avis du collège des médecins rendu le 30 décembre 2021. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

M. Nehring, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le rapporteur,

Virgile NEHRING

La présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.