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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201583

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201583

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mai 2022 et le 22 décembre 2022, M. B E, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2021 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délirer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard à partir d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ainsi que d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard et, à tout le moins, d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Madrid, substituant Me Duplantier et représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 13 mars 1950, est entré en France en mai 2017, muni d'un passeport revêtu d'un visa court séjour. Il a obtenu une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, régulièrement renouvelée. Le 10 décembre 2020, il a sollicité un nouveau renouvellement sur le même fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 novembre 2021, la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours en fixant le pays de destination. Par la requête ci-dessus analysée, M. E demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. E, qui souffre de la maladie neuro dégénérative Parkinson, a obtenu pour cette même pathologie une carte de séjour temporaire valable du 6 janvier 2020 au 5 janvier 2021 en qualité d'étranger malade. Pour refuser le renouvellement de son titre de séjour, la préfète du Loiret s'est fondée, notamment, sur l'avis du collège des médecins de l'OFII rendu le 3 mai 2021, qui a estimé que l'état de santé de M. E nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel son état de santé lui permettait de voyager sans risque. M. E soutient que son état de santé s'est aggravé et qu'il ne pourra pas bénéficier d'un traitement approprié en République démocratique du Congo. A l'appui de ses allégations, il produit un certificat médical daté du 8 février 2018 du Dr C, neurologue, dont il ressort que le requérant est atteint de la maladie de Parkinson et qu'il présente une forme sévère de celle-ci. Il produit également un courrier daté du 1er avril 2022 du Dr D, neurologue, certes postérieur à l'arrêté attaqué mais révélant un état préexistant, qui conclut à une " dégradation, aggravation cognitive depuis au moins 6 mois, hallucinations MMS et horloge faisant craindre un sd démentiel ", de sorte qu'il est bien établi qu'à la date de l'arrêté attaqué, en novembre 2021, son état de santé, lequel avait justifié la délivrance d'une précédente carte de séjour temporaire, s'était aggravé. Si la préfète du Loiret fournit une liste nationale des médicaments essentiels en République démocratique du Congo révisée en octobre 2020, M. E produit toutefois un rapport médical daté du 5 avril 2022 établi par des médecins de la clinique Kimbangu dans ce pays, qui précise que, compte tenu de l'absence d'évolution positive pendant son traitement à Kinshasa et du défaut de plateaux techniques adaptés aux maladies neuro dégénératives, il est fortement recommandé qu'il poursuive la prise en charge dans un service de gériatrie adapté en Europe. Le même constat ressort également de l'attestation médicale du 9 mars 2022, rédigée par un médecin de l'hôpital général de référence de Kintambo qui a suivi le requérant entre 2009 et 2015, et qui indique que le plateau technique y est limité avec une indisponibilité des produits pharmaceutiques. Par suite, les pièces produites par le requérant permettent de contredire utilement l'avis du collège de médecins de l'OFII rendu le 3 mai 2021 en ce qui concerne la disponibilité d'un traitement approprié dans le pays d'origine, compte tenu notamment de l'aggravation de son état de santé au moment de l'arrêté contesté, lequel est, contrairement à ce que fait valoir la préfète du Loiret en défense, établi par les certificats médicaux produits.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2021 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour. Par voie de conséquence, il est fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, ainsi que de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au moyen d'annulation retenu au point 5, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade à M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Duplantier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Loiret du 16 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Duplantier la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à la préfète du Loiret et à Me Duplantier.

Copie en sera adressée pour information au procureur de la République près le Tribunal judiciaire d'Orléans.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bertrand, première conseillère,

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023

La rapporteure,

Anne-Laure A

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIERLa greffière,

Martine DESSOLAS

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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