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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201595

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201595

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 mai 2022 et le 12 avril 2023, M. C B, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 notifié le 9 mars 2022, par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai d'un mois suivant la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne qu'il est né le 8 août 2021 alors qu'il est né le 8 août 2001 ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour.

Par un mémoire enregistré le 28 juillet 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Duplantier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant camerounais né le 8 août 2001, est entré irrégulièrement en France le 15 novembre 2017, selon ses déclarations, alors qu'il était mineur. Devenu majeur, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 décembre 2021 notifié le 9 mars 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, la circonstance que le refus de séjour attaqué comporte une erreur dans la date de naissance de M. B est sans incidence sur sa légalité, dès lors que cette erreur purement matérielle n'a affecté ni la détermination de l'identité de M. B, ni l'appréciation portée par la préfète du Loiret sur sa situation.

3. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la décision attaquée qui relate la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. B, ainsi que ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire serait entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 14 de la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la présente Convention ". Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B, après avoir débuté en septembre 2018 une scolarité en seconde professionnelle " Technicien conseil vente de produits de jardin " au sein du lycée de Beaune-la-Rolande, s'est réorienté au début de l'année 2019, du fait d'absences répétées, vers une seconde professionnelle " Technicien bâtiment " au sein du lycée des métiers de Saint-Jean-de-Braye. Il ressort également des pièces du dossier que cette scolarité a été interrompue moins de six mois plus tard en raison, à nouveau, de son absentéisme et d'un souhait de réorientation et que, depuis septembre 2019, il est en recherche d'une nouvelle formation. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'ensemble de la période considérée, M. B a pu, à de nombreuses reprises, mettre en échec ses perspectives d'intégration sociale en adoptant un comportement insolent et irrespectueux à l'origine d'exclusions de plusieurs lieux d'hébergement et de restauration. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment de la note du conseil départemental du Loiret, que le requérant, dont, le père est décédé, conserve des contacts avec sa mère restée au Cameroun. Dans ces circonstances, alors même que l'intéressé établit avoir travaillé en tant qu'employé polyvalent, d'abord, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée du 19 février 2020 au 18 novembre 2020 puis, dans le cadre de missions intérimaires, de mai 2021 à janvier 2022, et s'être inscrit sans succès dans un dispositif " Garantie Jeunes " postérieurement à la date d'édiction de la décision en litige, la préfète du Loiret, qui dispose d'un large pouvoir d'appréciation dès lors qu'elle se prononce sur une demande d'admission exceptionnelle au séjour, n'a pas entaché son refus d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. D'abord, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 15 novembre 2017, seulement quatre ans et un mois avant l'arrêté en litige. Si l'intéressé fait état de la relation qu'il entretient avec une ressortissante française, il ressort toutefois des pièces du dossier que la vie commune, à la supposer même établie, remonte au plus tôt, au vu de l'unique attestation produite, à une date contemporaine à celle de la décision en litige et est ainsi très récente. Si M. B se prévaut également de l'état de grossesse de sa concubine, débuté en octobre 2022, cette circonstance est postérieure à la date de la décision attaquée, à laquelle s'apprécie sa légalité. Ensuite, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. B n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, où résident encore sa mère et l'un de ses frères et où lui-même a vécu la majeure partie de son existence. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment des données contenues dans le traitement des antécédents judiciaires produites en défense, sans contestation en réplique, que M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits récents de violences aggravées par deux circonstances suivies d'une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours commis le 11 mai 2019, de vol aggravé par trois circonstances commis le 7 novembre 2019, de recel de vol et de rébellion commis le 8 septembre 2019 et de vol en réunion commis le 23 janvier 2020. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et notamment de la menace actuelle pour l'ordre public que représente la présence en France de l'intéressé, alors même que M. B maîtrise parfaitement la langue française, le refus de séjour attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La préfète du Loiret n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, la préfète du Loiret n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui est dit aux points 2 à 9 ci-dessus que l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à M. B n'est pas établie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre est dépourvue de base légale. Ce moyen unique doit donc être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète du Loiret du 14 décembre 2021 présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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