Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201813

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 mai 2022 et le 1er juin 2023, Mme A B, représentée par Me Souidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision, qui s'appuie sur des formules stéréotypées, est dépourvue de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article 3 de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision n'est pas motivée en droit ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 30 juillet 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la Déclaration universelle des droits de l'homme ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Joos a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante brésilienne née le 28 septembre 1982, est entrée en France le 18 septembre 2020 sous couvert d'un visa long séjour valable du 6 septembre 2020 au 6 septembre 2021. Le 29 juin 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 11 mai 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Le caractère suffisant de la motivation d'une décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs.

3. En l'espèce, la décision de refus de séjour vise les textes applicables à la situation de Mme B et indique les éléments de sa situation qui sont déterminants pour l'appréciation de son droit au séjour et au maintien sur le territoire national. La décision mentionne notamment que l'intéressée, en produisant un contrat d'enseignement à distance dispensé intégralement en e-learning pour l'année 2021-2022, enseignement qui ne nécessite pas son séjour en France, ne remplit pas les conditions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision précise que Mme B, entrée régulièrement en France le 18 septembre 2020, célibataire et sans charge de famille, n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans. Ainsi, la décision litigieuse, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il résulte de ce qui précède que la décision est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année universitaire 2021/2022, Mme B a été inscrite à l'ENACO, en " Bachelor européen Banque chargé de clientèle de particuliers ". Un tel enseignement assuré par " e-learning " qui ne nécessite pas le séjour en France de l'étudiant étranger qui désire le suivre, n'est pas de nature à ouvrir droit au séjour en qualité d'étudiant. Si la requérante soutient que cette formation comporte une période de stage, la soutenance du rapport de stage et un examen final, il ne ressort pas des pièces du dossier que le stage en cause ne pourrait se dérouler ailleurs qu'en France, ni que la soutenance du rapport et le passage de l'examen seraient soumis à une quelconque obligation présentielle. Enfin, la requérante n'établit pas davantage que le décalage horaire existant entre la France et le Brésil constituerait un obstacle à la poursuite de sa formation en distanciel. Par suite, en estimant que la formation à laquelle était inscrite Mme B au titre de l'année 2021/2022 ne lui ouvrait pas droit à la délivrance d'un titre de séjour mention " étudiant " alors même que l'intéressée justifie de son assiduité à cette formation, la préfète du Loiret n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, alors que Mme B n'a pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance, par les services préfectoraux, de ces dispositions. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

7. En quatrième lieu, la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ne faisant pas partie des textes diplomatiques ratifiés par la France dans les conditions fixées à l'article 55 de la Constitution, Mme B ne saurait utilement invoquer que la décision qu'elle attaque méconnaît les stipulations de son article 26.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée en France le 18 septembre 2020, n'était présente sur ce territoire que depuis moins de deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Célibataire et sans enfant, la requérante ne soutient pas être dépourvue d'attaches au Brésil, pays dans lequel elle est née et a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans. Par ailleurs, si l'intéressée soutient avoir travaillé pour financer ses études, elle ne bénéficie pas d'une insertion professionnelle particulière en France à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, alors même qu'elle a un frère et une sœur de nationalité française résidant en France et qu'elle maîtrise la langue française, le refus de titre de séjour pris à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La préfète du Loiret n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme en l'espèce et ainsi qu'il a été dit au point 3, ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, l'obligation de quitter le territoire français attaquée ne porte pas au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle est intervenue. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En dernier lieu, dans les mêmes circonstances que celles exposées au point 9, la préfète du Loiret en obligeant Mme B à quitter le territoire français n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

Emmanuel JOOS

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.