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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201953

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201953

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantKONATE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2022, M. H I, représenté par Me Assa Konaté, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2022 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant l'Angola comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, n'est pas suffisamment motivé, méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. I a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 décembre 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. G en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné,

- et les observations de Me Konaté, avocate de M. I.

Considérant ce qui suit :

1. M. I, ressortissant angolais né le 19 août 1993, a été interpellé le 23 avril 2022 par les services de police d'Orléans. Il a déclaré être entré en France le 30 mai 2016 sans être en mesure de justifier d'une entrée régulière et sans pouvoir justifier de son droit au séjour. Il avait sollicité le 4 juillet 2016 son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée le 8 novembre 2016 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 20 avril 2017 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 23 avril 2022, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de l'Angola.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. J B. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2021-07-27-00002 du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 45-2021-197 et mis en ligne sur le site de la préfecture, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Benoit Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et les réquisitions de comptable public. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté, la délégation de signature conférée à M. F est exercée, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, par

M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint de la préfecture. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable depuis le 1er r mai 2021 : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire arrêté attaquée du 23 avril 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les termes de l'ancien article L. 511-4 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civile depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

6. En se prévalant des dispositions citées au point 5, le requérant soutient qu'il a eu un enfant né le 1er septembre 2021, dont le nom est Samuel D, de sa relation avec

Mme L A D, ressortissante française, qu'il a reconnu l'enfant et qu'il subvient à ses besoins depuis sa naissance. Toutefois, il se borne à produire une attestation en date du 24 mai 2022 des services de l'état civil de la mairie d'Orléans qui indique que le requérant s'est présenté à cette date en vue de reconnaître son enfant, qu'en application de l'article 55 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, la demande va devoir être examinée dans les plus brefs délais et que l'intéressé sera recontacté dans les jours à venir soit pour convenir d'une date d'audition, soit pour fixer un rendez-vous en vue de l'enregistrement de la reconnaissance. Cette attestation, d'ailleurs postérieure à la date de l'arrêté attaqué, ne saurait constituer un acte de reconnaissance de l'enfant antérieur à la date de l'arrêté attaqué, à laquelle doit s'apprécier la légalité de l'arrêté. Au surplus, il ne justifie pas, par la production de la seule attestation de Mme A D, qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant Samuel. Par suite, il ne remplit pas, à la date de l'arrêté attaqué, les conditions de l'article

L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète du Loiret n'a pas méconnu ces dispositions.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il est arrivé en France le 30 mai 2016, qu'il vit en concubinage avec Mme E K avec laquelle il a eu une fille prénommée C née le 1er mai 2021 sur le territoire français, que sa vie familiale est désormais en France, qu'il est bien intégré dans la société française, qu'il travaille, qu'il pratique le basket au sein du club Abil, qu'il participe régulièrement à des manifestations et qu'il maîtrise la langue française. Toutefois, il est entré relativement récemment en France, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré le rejet de sa demande d'asile par la cour nationale du droit d'asile et n'a pas engagé de procédure de régularisation de sa situation auprès des services de la préfecture du Loiret. En outre, il ressort des documents qu'il produit, et notamment de ses fiches de paie, de l'acte de reconnaissance de sa fille C et de l'attestation de Mme K, qu'il ne réside pas avec cette dernière. Il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Il n'allègue pas ne plus avoir de liens familiaux dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions de séjour en France de l'intéressé et alors même qu'il exerce une activité salariée, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. En se prévalant des stipulations citées au point 9, le requérant fait valoir que ses deux enfants sont nés en France et y résident, que la décision attaquée aurait pour conséquence de bouleverser leur vie car ils doivent pouvoir vivre dans leur pays de naissance avec leur père qui subvient à leurs besoins, les protègent dans leur sécurité et assure leur éducation afin de permettre leur développement. Toutefois, il réside séparément de la mère de ses enfants et de ses enfants. Il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas, en l'espèce, méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en prenant l'arrêté attaqué.

11. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 8 et 10, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. I doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. I est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H I et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel G

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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