Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202179

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202179
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 juin 2022, le président du tribunal administratif de la Guyane a transmis au tribunal administratif d'Orléans, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B ;

Par cette requête enregistrée le 31 août 2020, régularisée le 28 septembre 2020, M. A B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur sa demande du 17 février 2020 tendant à obtenir le versement de la fraction de l'indemnité de sujétion géographique non perçue du fait de sa mutation en métropole ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au versement de la fraction de l'indemnité de sujétion géographique restant due ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de ses préjudices financier et moral résultant de l'absence de versement de cette indemnité ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'absence de versement de la dernière fraction de l'indemnité de sujétion géographique (ISG) méconnaît l'arrêté ministériel du 10 février 2020 prononçant son affectation en métropole ;

- sa mutation étant intervenue dans l'intérêt du service, il a droit en application du décret n° 2013-314 au versement de la dernière fraction de l'ISG au regard du temps passé en Guyane ;

- l'absence de versement de cette dernière fraction de l'ISG lui a causé un préjudice financier dès lors qu'il a dû recourir à son épargne personnelle pour financer les frais liés à son déménagement et un préjudice moral au regard du stress engendré par cette situation, dont il est fondé à demander réparation par le versement d'une somme de 1 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive et par suite irrecevable ;

- les conclusions indemnitaires présentées par M. B sont irrecevables en l'absence de réclamation indemnitaire préalable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 20213-314 du 15 avril 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, commissaire-divisionnaire de la police nationale a été affecté en qualité de directeur départemental de la sécurité publique de la Guyane et commissaire central, à Cayenne, le 1er juin 2017. A la suite d'une réorganisation des services de la police nationale outre-mer, il a été affecté par arrêté ministériel du 10 février 2020, dans l'intérêt du service, en qualité de directeur départemental de la sécurité publique et commissaire central, à Orléans (45) à compter du 1er mars 2020. Par lettre du 17 février 2020, il a demandé à percevoir la dernière fraction de l'indemnité de sujétion géographique. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande, qu'il soit fait injonction de procéder au versement de cette fraction de l'indemnité de sujétion géographique et la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de ses préjudices résultant de l'absence de versement de cette indemnité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2013-314 du 15 avril 2013 portant création d'une indemnité de sujétion géographique dans ses dispositions applicables au litige : " Une indemnité de sujétion géographique est attribuée aux fonctionnaires de l'Etat et aux magistrats, titulaires et stagiaires affectés en Guyane, à Saint-Martin, à Saint-Pierre-et-Miquelon ou à Saint-Barthélemy, s'ils y accomplissent une durée minimale de quatre années consécutives de services. ". Aux termes de l'article 3 de ce même décret : " I. ' Le montant de l'indemnité de sujétion géographique attribuée en Guyane est compris entre dix et vingt mois du traitement indiciaire de base de l'agent. / Des arrêtés des ministres chargés de l'outre-mer, du budget, de la fonction publique et du ministre intéressé déterminent le ou les taux applicables aux agents relevant de ce ministère, dans les limites prévues à l'alinéa précédent. /Ces arrêtés déterminent la liste des communes de résidence administrative d'affectation éligibles et précisent, le cas échéant, les critères d'éligibilité supplémentaires liés aux sujétions particulières ou aux difficultés particulières à pourvoir un poste. Dans les limites prévues au premier alinéa, ces arrêtés peuvent prévoir plusieurs taux applicables au regard de ces critères d'éligibilité géographiques et, le cas échéant, fonctionnels. ".

3. En outre, aux termes de l'article 4 de ce même décret dans ses dispositions applicables au litige : " L'indemnité de sujétion géographique est payable en trois fractions égales :- une première lors de l'installation du fonctionnaire ou du magistrat dans son nouveau poste ;/- une deuxième au début de la troisième année de service ;/- une troisième au bout de quatre ans de services./ Pour ces versements, le traitement indiciaire de base à considérer est celui perçu par le fonctionnaire ou le magistrat pour le versement de la première fraction de l'indemnité de sujétion géographique. ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Chacune des trois fractions de l'indemnité de sujétion géographique est majorée de 10 % pour le conjoint, le concubin ou le partenaire d'un pacte civil de solidarité et de 5 % par enfant à charge au sens de la législation sur les prestations familiales./Le paiement de ces majorations ne peut intervenir avant l'arrivée des membres de la famille y ouvrant droit et son montant s'apprécie en fonction de la composition de la famille au moment du versement. Dans le cas d'une arrivée des membres de la famille postérieure à celle du fonctionnaire ou du magistrat, le versement de cette majoration est effectué à l'occasion du paiement de la deuxième fraction. ". Aux termes de l'article 7 de ce même arrêté : " L'agent mentionné à l'article 1er qui, sur sa demande, cesse ses fonctions avant une durée de quatre ans ne peut percevoir les fractions, principal et majorations, non encore échues de l'indemnité de sujétion géographique. / En outre, il est retenu sur ses émoluments ultérieurs une fraction, calculée au prorata de la durée des services effectués, des sommes déjà perçues au titre de l'indemnité de sujétion géographique. /Cette retenue n'est pas effectuée si la cessation des fonctions est motivée par les besoins du service (). ".

4. Il ressort des pièces du dossier, qu'ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B, affecté en qualité de directeur départemental de la sécurité publique de la Guyane à compter du 1er juin 2017 a été installé à cette même date dans ses fonctions. En application des dispositions du décret du 15 avril 2013 portant création d'une indemnité de sujétion géographique, il a perçu au titre de cette affectation les deux premières parts de cette indemnité. A la suite de la réforme de l'organisation territoriale de la police nationale outre-mer, les postes de directeur départemental de la sécurité publique et de directeur départemental de la police de l'air et des frontières de

Guyane ont été supprimés et il a, en conséquence, quitté ses fonctions et, par arrêté ministériel du 10 février 2020, été affecté, pour les besoins du service, en qualité de directeur départemental de la sécurité publique du Loiret.

5. Il résulte des dispositions de l'article 7 du décret du 15 avril 2013, rappelées à l'article 3 de l'arrêté du 10 février 2020 prononçant l'affectation de M. B dans le Loiret, que ce changement d'affectation, motivé par les besoins du service, n'implique pas de retenues sur les fractions relatives à l'indemnité de sujétion géographique déjà perçues. Il s'ensuit que les deux premières parts qui lui ont été versées lui restent acquises. En revanche, il ne résulte aucunement de ces mêmes dispositions, alors que l'intéressé a cessé d'être affecté en Guyane fin février 2020, qu'il pourrait prétendre au versement de la troisième et dernière part de cette indemnité, destinée à compenser les contraintes afférentes à une affectation dans certains territoires ultra-marins, qui n'était, au regard des dispositions alors en vigueur, versée qu'à l'issue de la quatrième année d'exercice outre-mer. Dès lors c'est sans erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation que le ministre de l'intérieur a refusé de lui verser la troisième part de l'indemnité de sujétion géographique.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande du 17 février 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

8. Si M. B demande réparation des préjudices financier et moral qu'il estime avoir subis du fait du refus opposé à sa demande de versement de la troisième part de l'indemnité de sujétion géographique, ainsi qu'il a été dit, il n'avait pas droit à ce versement. Par suite, il ne peut se prévaloir d'aucun préjudice à ce titre. En conséquence, ses conclusions indemnitaires, lesquelles sont au demeurant irrecevables en l'absence de réclamation indemnitaire préalable, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.