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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202193

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202193

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin et 26 septembre 2022, M. C B, représenté par Me de Caumont, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48SI du 31 mai 2022 du ministre de l'intérieur l'informant de la perte de validité de son permis de conduire et les décisions de retrait de points qui y sont mentionnées ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer son permis de conduire en reconstituant son capital en points, sous un délai d'un mois à compter de la signification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il n'a pas reçu l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion de la constatation des infractions en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Par courrier du 5 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retraits de points résultant des infractions commises le 31 juillet 2019 à Briis-sous-Forges, le 27 août 2020 à la Chaussée-Saint-Victor et le 6 juin 2021 à Massy.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Loisy, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le solde en points du permis de conduire de M. B a été réduit à zéro à la suite, en dernier lieu, de dix infractions au code de la route. M. B demande l'annulation de la décision 48SI du 31 mai 2022 du ministre de l'intérieur prononçant l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul et des décisions des retraits de points mentionnées sur cette décision, et qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de lui restituer le capital en points de son permis de conduire ainsi que son permis de conduire.

Sur l'étendue du litige :

2. Le ministre de l'intérieur a produit en défense le relevé d'information intégral relatif à la situation de M. B, extrait du système national des permis de conduire, édité à la date du 16 septembre 2022. Il en résulte qu'au regard des dix infractions mentionnées sur la décision 48SI du 31 mai 2022, le requérant s'est vu restituer un point le 14 avril 2020 pour l'infraction commise le 31 juillet 2019 à Briis-sous-Forges, un point le 12 octobre 2021 pour l'infraction commise le 27 août 2020 à la Chaussée-Saint-Victor et un point le 25 avril 2022 pour l'infraction commise le 6 juin 2021 à Massy. Par suite, il y a lieu de considérer que les conclusions du requérant, en tant qu'elles sont dirigées contre les décisions de retraits de points qui viennent d'être mentionnées, sont irrecevables, de même, par suite, que ses conclusions en injonction tendant à ce que les points correspondant à ces retraits soient ajoutés à son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une condamnation pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

En ce qui concerne les infractions des 17 juin 2017 et 23 mars 2019 :

4. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction au code de la route constatée par un radar automatique ou par procès-verbal électronique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. S'agissant des infractions commises les 17 juin 2017 et 23 mars 2019, constatées par procès-verbal électronique, il ressort du relevé d'information intégral du requérant que l'intéressé a payé de manière différée les amendes forfaitaires dues à raison de ces infractions. Le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, avoir été destinataire d'avis de contravention inexacts ou incomplets. Par suite, les retraits de trois points et trois points relatifs à ces infractions sont intervenus selon une procédure régulière.

En ce qui concerne les infractions des 15 octobre 2015 et 25 juin 2020 :

6. Le ministre de l'intérieur produit la copie des procès-verbaux électroniques établis lors de la constatation de ces deux infractions. Ces procès-verbaux mentionnent respectivement un retrait de quatre points et un retrait de trois points du permis de conduire et les autres informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ils mentionnent par ailleurs que l'intéressé a refusé de les signer. Dans ces circonstances, le ministre doit être regardé comme apportant apporte la preuve, qui lui incombe, que les informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 ont bien été délivrées au requérant lors de la constatation de ces deux infractions. Il suit de là que les retrait de quatre points et trois points opérés sont intervenus selon une procédure régulière.

En ce qui concerne les infractions des 28 juin 2016, 19 août 2021 et 30 novembre 2021 :

7. Pour ces trois infractions, respectivement constatées par procès-verbal électronique, radar automatique et procès-verbal électronique, il résulte du relevé d'information intégral qu'elles ont donné lieu à des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée, et le ministre ne produit aucun document de nature à établir que le requérant se serait acquitté sans y être contraint de ces amendes forfaitaires majorées et aurait ainsi reçu les avis correspondants et comportant l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Si la seule circonstance que le contrevenant n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes, il n'en va pas de même pour l'information portant sur la possibilité d'un retrait de points qui permet au contrevenant de savoir si l'infraction va ou non entraîner un retrait de points et lui permettre, le cas échéant, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis de conduire et de contester l'infraction devant le juge pénal. Dans ces conditions, pour les trois infractions en cause, le ministre ne peut être regardé comme apportant la preuve du respect des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que les retraits de trois points, un point et quatre points opérés à raison de ces trois infractions sont intervenus selon une procédure irrégulière.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de trois points, un point et quatre points opérés à la suite des infractions des 28 juin 2016, 19 août 2021 et 30 novembre 2021, et par voie de conséquence, de la décision 48SI du 31 mai 2022 du ministre de l'intérieur l'informant de la perte de validité de son permis de conduire, dès lors que son capital de points n'était pas nul à la date de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement que, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, d'une part, les huit points retirés à la suite des infractions des 28 juin 2016, 19 août 2021 et 30 novembre 2021 soient restitués sur le permis de conduire de M. B, d'autre part, le ministre de l'intérieur restitue à M. B son titre de conduite doté des points illégalement retirés, dans le respect du plafond légal et des points légalement retirés, sous réserve d'éventuelles évolutions des circonstances de fait qui seraient entre-temps intervenues.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions en annulation de M. B en tant qu'elles sont dirigées contre les décisions de retrait d'un point, un point et un point correspondant aux infractions des 31 juillet 2019 à Briis-sous-Forges, 27 août 2020 à la Chaussée-Saint-Victor et 6 juin 2021 à Massy, sont irrecevables, ainsi, par suite, que les conclusions en injonction qui s'y rapportent.

Article 2r : Les décisions de retrait de points opérés à la suite des infractions des 28 juin 2016, 19 août 2021 et 30 novembre 2021 ainsi que la décision 48SI du 31 mai 2022 du ministre de l'intérieur informant M. B de la perte de validité de son permis de conduire sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, de restituer à M. B les huit points retirés de son permis de conduire à la suite des infractions des 28 juin 2016, 19 août 2021 et 30 novembre 2021 ainsi que son titre de conduite doté des points illégalement retirés, dans le respect du plafond légal et des points légalement retirés, sous réserve d'éventuelles évolutions des circonstances de fait.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Paule A

Le greffier,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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