Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202215
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202215 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 juin 2022 et le 15 septembre 2022, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de catégorie B, C et D en sa possession dans un délai de trois mois à compter de la notification de cet arrêté et lui a interdit d'acquérir et de détenir des armes de catégorie B, C et D.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'erreur d'appréciation : les condamnations pénales sont anciennes ; il a été en possession d'une licence de Balltrap de 1994 à 2022 ; ses armes ont été acquises légalement et le fichier FINIADA a été consulté plusieurs fois ;
- les condamnations pénales dont il a fait l'objet n'ont jamais été assorties d'une interdiction de détenir des armes ou une licence de tir.
Par un mémoire enregistré le 13 septembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle ne comporte aucun moyen et n'énonce aucune conclusion ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés sont inopérants dès lors qu'elle se trouvait en situation de compétence liée du fait des mentions figurant sur le bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a déclaré, les 19 avril et 13 mai 2022, avoir fait l'acquisition de cinq armes de catégorie C. Au vu des mentions figurant sur le bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé, la préfète d'Indre-et-Loire, par un arrêté du 9 juin 2022, lui a ordonné de se dessaisir des armes en sa possession et lui a interdit d'acquérir et de détenir des armes de catégorie B, C et D. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : / 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () / - violences volontaires prévues aux articles 222-7 et suivants du [code pénal] () / - vols prévus aux articles 311-1 à 311-11 du même code ; / - extorsion prévue aux articles 312-1 à 312-9 du même code () ". Aux termes de l'article L. 312-11 du même code : " () le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () / 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire () ".
3. Il résulte des dispositions rappelées au point précédent que lorsque le préfet constate qu'une personne détient une arme de catégorie B ou C alors qu'une mention figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire le lui interdit, il doit ordonner à l'intéressé de s'en dessaisir, sans avoir à porter une appréciation sur les faits de l'espèce.
4. Il est constant qu'à la date de l'arrêté attaqué, figuraient au bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. B des condamnations pour des faits de vol avec violence par le tribunal correctionnel de Paris le 20 décembre 1994, des faits de vol aggravé par deux circonstances par le tribunal correctionnel de Meaux le 28 décembre 1995 et le 7 mai 1996, et par le tribunal correctionnel de Paris le 18 janvier 1996, des faits de violence suivis d'une incapacité supérieure à huit jours par la chambre des appels correctionnels de Paris le 17 juin 1996, des faits de vol et d'extorsion par violence par le tribunal correctionnel de Saintes le 3 août 2005 et des faits de violence suivis d'une incapacité supérieure à huit jours par le tribunal correctionnel de Tours le 6 février 2020. Les infractions en cause sont mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, ce que ne conteste pas le requérant. Dès lors, et alors même que les condamnations pénales dont il a fait l'objet n'ont jamais été assorties d'une interdiction de détenir des armes ou une licence de tir, la préfète d'Indre-et-Loire était tenue d'ordonner au requérant de se dessaisir des armes en sa possession et de lui interdire d'acquérir et de détenir des armes de catégorie B et C.
5. D'autre part, en vertu de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure, il est interdit aux personnes ayant fait l'objet d'une procédure de dessaisissement d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie.
6. Dès lors que le requérant a fait l'objet d'une procédure de dessaisissement, la préfète était tenue, en application de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure, de lui interdire d'acquérir ou de détenir des armes de catégorie D.
7. Du fait des situations de compétence liée décrites aux points 4 et 6, le moyen du requérant, tiré de l'erreur d'appréciation, doit être écarté comme inopérant.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 juin 2022 de la préfète d'Indre-et-Loire doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Indre-et-Loire.
Copie en sera adressée au ministère de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.