Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202338
jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202338 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Mottais, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a temporairement, pendant une durée de six mois, interdit d'exercer toutes fonctions d'encadrement telles que définies par l'article L. 212-1 du code du sport ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de consultation préalable de la commission mentionnée à l'article L. 212-13 du code du sport alors qu'aucune situation d'urgence ne le justifiait ;
- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'accusations similaires à celles portées dans les témoignages recueillis par les services de l'Etat et qu'il produit de nombreuses attestations d'athlètes et de cadres de son club infirmant ces accusations ;
- elle est disproportionnée dès lors que son emploi au sein du club d'escrime d'Orléans constitue ses seuls revenus, que les athlètes et les dirigeants du cercle d'escrime orléanais n'ont déploré aucune attitude répréhensible de sa part et que cette décision prive les athlètes de leur entraîneur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que l'arrêté contesté a cessé de produire ses effets le 17 décembre 2022 ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du sport ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nehring,
- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public,
- et les observations de Mme B, dûment mandatée, représentant la préfète du Loiret.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 juin 2022, la préfète du Loiret a prononcé en urgence, pour une durée de six mois, une interdiction temporaire d'exercer l'activité d'éducateur sportif, à titre bénévole ou contre rémunération, à l'encontre de M. A C, maître d'armes, employé par le cercle d'escrime orléanais. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Si la préfète du Loiret soutient que la décision contestée ne produit plus d'effets depuis le 17 décembre 2022, cette circonstance n'est pas de nature à priver le litige de son objet. La fin de non-recevoir soulevée par la préfète du Loiret doit donc être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 212-13 du code du sport : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 () Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. Toutefois, en cas d'urgence, l'autorité administrative peut, sans consultation de la commission, prononcer une interdiction temporaire d'exercice limitée à six mois () ". Il résulte de ces dispositions que pour assurer la protection des pratiquants d'une activité physique ou sportive, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, interdire à une personne d'exercer une activité d'enseignement, d'animation ou d'encadrement d'une telle activité lorsque son maintien constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou moral des pratiquants. En cas d'urgence, l'autorité administrative peut se dispenser de toute formalité préalable au prononcé de la mesure, qui ne peut dès lors, qu'être temporaire et limitée à une durée de six mois.
4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que celui-ci mentionne les motifs de droit et de faits justifiant l'interdiction temporaire, prononcée à l'encontre de M. C, d'exercer l'activité d'éducateur sportif et en particulier la circonstance que sa conduite pédagogique est apparue, à l'issue des premières investigations préalables à l'ouverture d'une enquête administrative, comme ayant des conséquences sur la santé morale et psychologique des pratiquants, mineurs ou jeunes adultes, sportifs de haut niveau. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, pour prendre l'arrêté attaqué selon la procédure d'urgence prévue à l'article L. 212-13 du code du sport, la préfète du Loiret s'est notamment fondée sur les témoignages de deux anciens athlètes du cercle d'escrime orléanais faisant état d'une posture pédagogique inappropriée ayant eu sur eux un impact psychologique important. Ainsi, il ressort des pièces du dossier qu'une première victime a été entendue par les services de l'Etat le 7 décembre 2021 et a fait part de moqueries et d'insultes, d'allusions à caractère sexuel et de propos sexistes, ainsi que d'un processus de destruction de ses performances et de son projet sportif de la part de M. C. Cette même personne a effectué un signalement auprès de la fédération française d'escrime le 3 juin 2022, indiquant avoir été victime, de la part de l'intéressé, de propos à caractère sexuel en présence d'autres personnes et d'intrusions dans sa vie privée et intime pendant une durée de quatre années. Une enquête administrative a été ouverte, ce dont le requérant a été informé par remise en main propre le 21 mars 2022. Une seconde personne a rapporté, lors d'une audition du 13 juin 2022, des violences verbales et une hospitalisation puis un suivi thérapeutique en rapport, pour partie, avec la relation d'emprise et de pouvoir qu'elle impute au requérant. Cette personne rapporte également les discours changeants et donc déstabilisants du requérant à son égard. Ainsi, les circonstances de l'espèce caractérisent une urgence de nature à justifier que la préfète du Loiret se soit dispensée de consulter la commission visée à l'article L. 212-13 du code du sport, compte tenu de la particulière gravité des faits reprochés à M. C, qui bien qu'anciens, ont été portés à sa connaissance au début du mois de juin 2022, ainsi que de la nécessité de préserver, pour les besoins de l'enquête administrative en cours, d'éventuels témoins et victimes du comportement de l'intéressé, alors qu'il ressort des pièces du dossier que celui-ci occupait une place importante au sein du cercle d'escrime orléanais et était connu dans le milieu de la fédération française d'escrime.
6. En troisième lieu, M. C soutient que les faits rapportés dans les deux témoignages ayant fondé la décision attaquée présentent un caractère mensonger. Il fait valoir qu'il a été recruté en 2017 par le club d'escrime d'Orléans afin de développer le haut niveau et la section sportive du club, et présente un nombre important d'attestations rédigées par des membres du cercle d'escrime orléanais, de parents de membres de ce club, ainsi que d'encadrants sportifs témoignant de ce qu'il a contribué au développement du club, soulignant le professionnalisme de l'intéressé et réfutant tout comportement d'emprise ou maltraitant à l'égard des jeunes athlètes dont il a la charge. Il reconnaît néanmoins être un entraineur strict et dur, mais fait valoir qu'il s'agit là d'un comportement attendu d'un entraîneur ayant pour mission la performance de haut niveau à l'échelon national et international. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de remettre en cause la matérialité des faits reprochés à l'intéressé. En outre, si M. C soutient que les accusations dont il a fait l'objet pourraient être motivées par des jalousies au sein du milieu sportif, cette affirmation n'est corroborée par aucune pièce du dossier. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Loiret s'est fondée sur des faits matériellement inexacts.
7. En dernier lieu, eu égard à la gravité des faits reprochés à M. C et de leurs conséquences sur la santé morale et psychologique des pratiquants qu'il a encadrés, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la mesure de police administrative prise à son encontre n'était pas proportionnée au but de protection en vue duquel elle a été prise.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 17 juin 2022 de la préfète du Loiret doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par M. C au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
M. Nehring, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le rapporteur,
Virgile NEHRING
La présidente,
Sophie LESIEUX
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.