vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202355 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CALLON AVOCAT & CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022, M. A B demande au tribunal de prononcer la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2021 dans les rôles de la commune de Chambray-lès-Tours (Indre-et-Loire) à raison de son habitation.
Il soutient que la valeur locative de sa maison doit être révisée du fait de l'existence d'une ligne électrique à haute tension la surplombant : sa maison, achevée d'être construite en 1996, qu'il souhaite vendre, a connu une dévaluation de 20 à 25 % de son prix de vente du fait de la présence de cette ligne installée il y a soixante-dix ans, EDF ne l'ayant jamais déposée malgré plusieurs demandes en ce sens et alors que le maire l'avait informé, lors de l'instruction de sa demande de permis de construire, qu'EDF avait prévu de le faire au cours du second semestre 1995.
Par un mémoire enregistré le 28 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B, propriétaires d'une maison d'habitation située 30 rue des Petites Maisons à Chambray-lès-Tours, qu'ils ont fait construire dans les années 1990 et à raison de laquelle ils sont assujettis à la taxe foncière sur les propriétés bâties, ont, le 29 avril 2022, présenté une réclamation contentieuse aux termes de laquelle ils ont demandé la révision de la valeur locative de leur maison du fait de la présence d'une ligne électrique à haute tension la surplombant. Cette réclamation, eu égard à ses motifs, doit être regardée comme fondée, non sur l'article L. 1517 du code général des impôts, mais sur le I de l'article 1507 de ce même code, lequel dispose que " Sous réserve de l'article 1518 F, les redevables peuvent déposer une réclamation contre l'évaluation attribuée aux propriétés bâties dont ils sont propriétaires ou dont ils ont la disposition, dans le délai et dans les formes prévus par le livre des procédures fiscales en matière d'impôts directs locaux ". L'administration fiscale a, par une décision du 3 mai 2022, rejeté leur demande. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la réduction de la cotisation de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui a été mise à la charge du foyer fiscal au titre de l'année 2021.
2. Aux termes de l'article 1494 du code général des impôts : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties () est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte ". Aux termes de l'article 1495 du même code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation () ". Aux termes de l'article 324 P de l'annexe III au code général des impôts : " La surface pondérée comparative de la partie principale augmentée, le cas échéant, en ce qui concerne la maison, de la surface pondérée brute des éléments visés au b du I de l'article 324 L, est affectée d'un correctif d'ensemble destiné à tenir compte, d'une part, de l'état d'entretien de la partie principale en cause, d'autre part, de sa situation. Ce correctif est égal à la somme algébrique des coefficients définis aux articles 324 Q et 324 R / La surface pondérée nette ainsi obtenue est arrondie au mètre carré inférieur ". L'article 324 Q porte sur le coefficient d'entretien, l'article 324 R sur le coefficient de situation, qui " est égal à la somme algébrique de deux coefficients destinés à traduire, le premier, la situation générale dans la commune, le second, l'emplacement particulier ". En vertu de l'article 324 Q, un coefficient de 1,20 est attribué aux constructions d'un bon état d'entretien et n'ayant besoin d'aucune réparation. En vertu de l'article 324 R, un coefficient de situation de + 0,10 est attribué à un bien dont la situation est considérée comme " excellente, offrant des avantages notoires sans inconvénients marquants ", un coefficient de situation de + 0,05 est attribué à un bien dont la situation est considérée comme " bonne, offrant des avantages notoires en partie compensés par certains inconvénients ", un coefficient de situation nul est attribué à un bien dont la situation est considérée comme " ordinaire, n'offrant ni avantages ni inconvénients ou dont les uns et les autres se compensent ", un coefficient de situation de - 0,05 est attribué à un bien dont la situation est considérée comme " médiocre, présentant des inconvénients notoires en parties compensés par certains avantages " et un coefficient de situation de - 0,10 est attribué à un bien dont la situation est considérée comme " mauvaise, présentant des inconvénients notoires sans avantages particuliers ".
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le correctif d'ensemble affecté à la surface pondérée de la maison d'habitation du requérant a été fixé à 1,30. Il comprend un coefficient d'entretien de 1,20, qui n'est pas discuté par le requérant, et un coefficient de situation de + 0,10. Ce dernier coefficient est décomposé comme suit : un coefficient de situation générale de + 0,10 et un coefficient de situation particulière nul. S'agissant de la détermination du coefficient de situation particulière, l'administration a considéré que la desserte, la qualité des dépendances non bâties, l'absence de vis-à-vis du côté de la voie sans issue, la voie d'accès et les massifs de verdure implantés près des constructions sont compensés par le passage de la ligne de haute tension. Les avantages évoqués par l'administration, confortés par les photographies qu'elle produit, ne sont pas contestés par le requérant. Toutefois, il est constant qu'une ligne à haute tension - qui existait à la date du permis de construire accordé à M. et Mme B - surplombe la propriété du requérant. Cette installation présente des inconvénients notoires qui ne sont qu'en partie compensés par les avantages précités. Par suite, le coefficient de situation particulière, fixé à tort à 0, doit être fixé à - 0,05, le coefficient de situation s'établissant par voie de conséquence à + 0,05.
4. Il résulte de ce qui précède que la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties doit ainsi être établie sur la base d'une valeur locative calculée à partir d'un correctif d'ensemble fixé à 1,25. M. B est dès lors fondé à demander la réduction la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties, à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2021, correspondant à cette réduction en base.
D É C I D E :
Article 1er : La valeur locative 1970 de l'immeuble de M. B, située 30 rue des Petites Maisons à Chambray-lès-Tours, sera calculée sur la base d'un coefficient de situation particulière de - 0,05, d'un coefficient de situation de + 0,05 et d'un correctif d'ensemble de 1,25.
Article 2 : Il est accordé à M. B la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties mise à la charge du foyer fiscal au titre de l'année 2021 correspondant à la réduction des bases d'imposition prononcée à l'article 1er.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Hélène CLa greffière,
Isabelle METEAULa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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