Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202514

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202514
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BAUR ET ASSOCIÉS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. C, qui demandait la réduction de ses cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour 2019 et 2020. Le requérant soutenait que le décès de son épouse en 2021 avait annulé rétroactivement la procédure de divorce engagée en 2019, ce qui aurait dû le faire considérer comme "marié" puis "veuf" fiscalement. Le tribunal a jugé que l'ordonnance de dessaisissement du tribunal judiciaire n'avait pas d'effet rétroactif et que l'instance de divorce s'était simplement éteinte au décès. En application des articles 6 et 196 bis du code général des impôts, la situation de séparation de fait au 31 décembre 2019 et 2020 justifiait l'imposition distincte, et M. C n'a pas démontré le caractère exagéré des impositions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 13 juillet 2022 et le 11 avril 2023, M. A C, représenté par Me Baur, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2019 et 2020.

Il soutient que le mariage est dissous par le décès et non par le divorce et qu'en rendant le 17 février 2022 son ordonnance de dessaisissement à la suite du décès de son épouse le 1er décembre 2021, le tribunal judiciaire d'Orléans a annulé de manière rétroactive la procédure de divorce engagée en 2019 ; dès lors, il ne saurait être fiscalement considéré comme " séparé " au titre des années en litige mais " marié ", puis " veuf " à compter du 1er décembre 2021.

Par des mémoires enregistrés le 22 février 2023 et le 30 juin 2023, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'ordonnance de dessaisissement du tribunal judiciaire n'a pas eu pour effet d'annuler de manière rétroactive la procédure de divorce ; elle s'est éteinte purement et simplement à la suite du décès de Mme B le 1er décembre 2021 ; dès lors, les conséquences de l'extinction de la procédure de divorce ont été tirées par l'administration conformément au principe de l'annualité de l'impôt ;

- Mme B, épouse C, et M. C étant séparés à compter de 2019, les impositions séparées sur les revenus des années 2019 et 2020 ont été établies conformément aux dispositions fiscales en vigueur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre de procédure fiscale ;

- le code de procédure civile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a demandé à l'administration fiscale le bénéfice d'une part supplémentaire pour le calcul de son quotient familial au titre des années 2019, 2020 et 2021 considérant qu'à la suite du décès de son épouse survenu le 1er décembre 2021, la procédure de divorce engagée le 27 février 2019 était annulée de manière rétroactive et qu'il devait de ce fait être considéré comme " marié " et non plus " séparé " au titre des années considérées. Un refus lui a été opposé par l'administration fiscale. Dans le dernier état de ses écritures, M. C demande au tribunal la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2019 et 2020, à concurrence de la prise en compte, au titre de son quotient familial, de deux parts au lieu d'une part.

2. D'une part, aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes de l'article 193 du même code : " () le revenu imposable est pour le calcul de l'impôt sur le revenu, divisé en un certain nombre de parts, fixé conformément à l'article 194, d'après la situation et les charges de famille du contribuable. / Le revenu correspondant à une part entière est taxé par application du tarif prévu à l'article 197. / L'impôt brut est égal au produit de la cotisation ainsi obtenue par le nombre de parts () ". Aux termes de l'article 6 de ce code : " () 4. Les époux font l'objet d'impositions distinctes : () / b. Lorsqu'étant en instance de séparation de corps ou de divorce, ils ont été autorisés à avoir des résidences séparées () / 6. Chacun des époux, partenaires, anciens époux ou anciens partenaires liés par un pacte civil de solidarité est personnellement imposable pour les revenus dont il a disposé pendant l'année de la réalisation de l'une des conditions du 4, du divorce ou de la dissolution du pacte, ainsi que pour la quote-part des revenus communs lui revenant () ". Enfin, aux termes de l'article 196 bis du même code : " La situation dont il doit être tenu compte est celle existant au 1er janvier de l'année de l'imposition. Toutefois, l'année de la réalisation ou de la cessation de l'un ou de plusieurs des événements ou des conditions mentionnés aux 4 à 6 de l'article 6, il est tenu compte de la situation au 31 décembre de l'année d'imposition () ". Il résulte de ces dispositions que, pour déterminer la situation familiale applicable, il doit être tenu compte de la situation du contribuable existant au 31 décembre de l'année d'imposition en cas de séparation et que lorsque les conditions prévues au 4 de l'article 6 du code général des impôts sont remplies, l'imposition distincte des époux est applicable de plein droit.

3. D'autre part, aux termes de l'article 384 du code de procédure civile : " En dehors des cas où cet effet résulte du jugement, l'instance s'éteint accessoirement à l'action par l'effet de la transaction, de l'acquiescement, du désistement d'action ou, dans les actions non transmissibles, par le décès d'une partie. / L'extinction de l'instance est constatée par une décision de dessaisissement () ".

4. En vertu des dispositions de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, un contribuable, qui présente une réclamation dirigée contre une imposition établie d'après les bases indiquées dans la déclaration qu'il a souscrite, ne peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition qui en découle qu'en démontrant son caractère exagéré.

5. Il résulte de l'instruction, et alors qu'il n'est pas contesté que les époux avaient été autorisés, par l'ordonnance de non-conciliation rendue par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Orléans le 27 février 2019, à avoir des résidences séparées, que M. C et Mme B étaient en procédure de divorce depuis le 27 février 2019 et que les époux ont déposé des déclarations de revenus distinctes au titre des années 2019 et 2020, chacun déclarant être " divorcé/séparé " et avoir des résidences séparées. M. C étant séparé et ne vivant pas sous le même toit que son épouse, Mme B, depuis 2019, chacun devait faire l'objet d'une imposition distincte en fonction de leurs revenus respectifs au titre des années 2019 et 2020 et de leur situation familiale au 31 décembre de chacune de ces années. La circonstance que la procédure de divorce se soit éteinte à la suite de l'ordonnance de dessaisissement rendue le 17 février 2022 par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Orléans à la suite du décès de Mme B le 1er décembre 2021 est sans incidence sur la situation de séparation des époux au 31 décembre des années 2019 et 2020. Dès lors, l'imposition de M. C au titre des années en litige a été établie, conformément aux dispositions combinées des articles 6, pris en son point 4, et 196 bis du code général des impôts précitées, en tenant compte de sa situation au 31 décembre de chacune des années en litige, telle qu'elle ressort de sa déclaration, et telle qu'elle résulte de l'instruction. Il ne rapporte ainsi pas la preuve d'une imposition sur le revenu au titre des années 2019 et 2020 exagérée.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.