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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202516

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202516

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 de la préfète du Loiret portant rejet de sa demande de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit en ce que la préfète du Loiret a refusé de prendre en considération la réalité de sa vie privée et familiale sur le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale en ce que la préfète du Loiret aurait fondé sa décision sur des éléments factuels inexacts.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Pajot, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant congolais, né le 19 décembre 1973 à Pointe Noire (RDC), déclare être entré en France le 15 septembre 2007. Il a déposé auprès des services de la préfecture du Loiret une demande de délivrance d'un titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Loiret, par un arrêté du 20 février 2019, a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement n° 1900767 daté du 20 février 2020, le tribunal administratif d'Orléans a annulé cet arrêté, ce dernier étant entaché d'un vice de procédure, la préfète du Loiret ayant omis de convoquer le requérant devant la commission du titre de séjour. Par suite, la préfète du Loiret a convoqué par courrier daté du 12 juillet 2021 M. A devant ladite commission le 28 juillet 2021. Cette dernière a émis un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour au requérant. Par l'arrêté du 14 juin 2022, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Loiret a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant réside sur le territoire français depuis quinze ans et entretient une relation depuis 2011 avec Mme B, titulaire d'une carte de résident et avec laquelle il vit en communauté depuis 2017. Par ailleurs, la majorité des membres de sa famille, notamment sa mère et ses frères et sœurs, sont présents sur le territoire français. Par suite, la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté par laquelle la préfète lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement, eu égard à ses motifs, implique nécessairement, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que, sauf changement de circonstances de droit ou de fait sur la situation du requérant, la préfète du Loiret délivre à M. A une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret d'y procéder dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative la somme de 1 300 euros à verser à M. A au titre des frais exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Loiret du 14 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

M. Nehring, conseiller,

Mme Pajot, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRELa greffière

Martine DESSOLAS

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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