Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202584

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202584
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 juillet 2022 et le 18 avril 2023, Mme D C et M. B A demandent au tribunal de prononcer la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2021 dans les rôles de la commune de La Saucelle (Eure-et-Loir) à raison de leur habitation.

Ils soutiennent que :

- l'évaluation foncière faite par l'administration fiscale de leur maison d'habitation, située au lieu-dit La Ferme d'O à La Saucelle (Eure-et-Loir), à la suite de la déclaration H1 qu'ils ont établie le 3 janvier 2022, est erronée et insuffisante :

* le local de 35 m2, identifié dans la déclaration H1 de 2022 comme étant une remise, avait été identifié comme étant une buanderie dans la déclaration H1 de 2019 d'une surface estimée à 20 m2, de sorte que la cave de 20 m2 prise en compte par l'administration a été indûment ajoutée ;

* le coefficient d'entretien de 1,10 retenu par l'administration, correspondant à un état " assez bon ", est excessif alors que leurs déclarations mentionnaient un état d'entretien " passable ", ce qui correspond à un coefficient de 1 et que l'état " médiocre " correspondant à un coefficient de 0,90 semblerait encore mieux correspondre à l'état d'entretien de leur maison ;

* l'administration n'a pas retenu le coefficient de situation particulière de - 0,10 correspondant à une " situation mauvaise, présentant des inconvénients notoires sans avantages particuliers ", alors que leur environnement s'est dégradé du fait de l'installation, depuis huit ans, d'un élevage de chiens Whippet dans la propriété directement voisine à la leur, le nombre de chiens s'élevant à plus de trente et le chenil dégageant des odeurs d'excréments rendant leur maison invendable ou inlouable ;

- ils sont fondés à se voir appliquer la garantie contre les changements de position de l'administration sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales et, par suite, à se voir reconnaître que :

* ils ne sont pas à l'origine de la déclaration d'un changement d'affectation de leur maison ;

* la réalisation de ce changement d'affectation est uniquement constituée par le changement de position de l'administration ;

* il n'est établi ni l'existence d'une affectation agricole, ni le fait qu'ils en avaient connaissance.

Par des mémoires enregistrés le 5 janvier 2023 et le 29 avril 2024, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. A sont acquis le 3 décembre 2007 une maison d'habitation située au lieu-dit La Ferme d'O à La Saucelle (Eure-et-Loir). Ils ont, le 18 février 2019, établi une déclaration H1 à partir de laquelle l'administration a rehaussé la valeur locative de leur maison. La nouvelle valeur locative a été prise en compte pour le calcul de la taxe foncière au titre de l'année 2021 qui s'est élevée à 1 408 euros, soit une augmentation de 45 % par rapport au montant de la taxe foncière 2020. Mme C et M. A ont présenté une réclamation tendant à la réduction de la taxe foncière à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2021 au motif, notamment, que la déclaration H1 du 18 février 2019 comportait des erreurs et ont établi une nouvelle déclaration H1 le 3 janvier 2022. Cette dernière déclaration a été prise en compte par l'administration qui a recalculé la valeur locative de la maison des intéressés et leur a accordé, le 28 juin 2022, un dégrèvement d'un montant de 28 euros. Mme C et M. A, qui estiment que l'évaluation foncière faite par l'administration fiscale, à la suite de la déclaration H1 établie le 3 janvier 2022, est erronée et inexacte, demandent au tribunal de prononcer la réduction de la cotisation de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui a été mise à leur charge au titre de l'année 2021.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1494 du code général des impôts : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties () est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte ". Aux termes de l'article 1495 du même code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation () ". Aux termes de l'article 324 P de l'annexe III au code général des impôts : La surface pondérée comparative de la partie principale augmentée, le cas échéant, en ce qui concerne la maison, de la surface pondérée brute des éléments visés au b du I de l'article 324 L, est affectée d'un correctif d'ensemble destiné à tenir compte, d'une part, de l'état d'entretien de la partie principale en cause, d'autre part, de sa situation. Ce correctif est égal à la somme algébrique des coefficients définis aux articles 324 Q et 324 R / La surface pondérée nette ainsi obtenue est arrondie au mètre carré inférieur ". L'article 324 Q porte sur le coefficient d'entretien, qui est déterminé selon le barème suivant : bon (coefficient 1,20) assez bon (coefficient 1,10), passable (coefficient 1), médiocre (coefficient 0,90) et mauvais (coefficient 0,80). L'article 324 R porte sur le coefficient de situation, qui " est égal à la somme algébrique de deux coefficients destinés à traduire, le premier, la situation générale dans la commune, le second, l'emplacement particulier ".

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'administration a procédé à une nouvelle évaluation foncière de la propriété des requérants à la suite du dépôt, le 3 janvier 2022, d'une nouvelle déclaration H1. Selon les mentions de cette déclaration, la maison comporte 12 pièces d'une surface de 187 m2, comprenant une salle à manger ou pièce de réception, cinq chambres ou pièces habitables, une cuisine de moins de 9 m2, trois salles d'eau et deux " autres annexes ", l'état d'entretien est jugé " passable " et les dépendances sont composées d'une grange de 199 m2, d'une remise de 35 m2 et d'une terrasse de 59 m2. L'administration, dans sa fiche d'évaluation a retenu, s'agissant de la maison, le nombre de pièces et la surface déclarées (c'est-à-dire 12 pièces et 187 m2), a appliqué un correctif d'ensemble de 1,10 - qui est composé, au vu des écritures en défense, d'un coefficient d'entretien de 1,10 et d'un coefficient de situation nul - et déterminé une surface pondérée de 263 m2 et une valeur locative de 823. S'agissant des dépendances, elle a retenu les surfaces déclarées de la grange et de la remise, soit 234 m2 - dépendances dont l'acte notarié produit fait, au demeurant, état : " vaste grange et remise ", - a appliqué un correctif d'ensemble de 1 et déterminé une surface pondérée de 95 m2 et une valeur locative de 297.

4. Il ne résulte pas de l'instruction, et notamment de la comparaison entre les mentions de la déclaration H1 de 2022 et la fiche d'évaluation de l'administration qui est en issue, que cette dernière aurait ajoutée une cave de 20 m2. Par ailleurs, si les requérants contestent l'application d'un coefficient d'entretien de 1,10 qui correspond aux constructions d'un bon état d'entretien, " n'ayant besoin d'aucune réparation ", alors qu'ils avaient déclaré que l'état d'entretien était passable, ils n'apportent cependant aucune pièce ou photographie permettant d'établir que leur maison, alors même qu'elle date de 1750, devrait se voir attribuer un coefficient de situation de 1 qui correspond à des constructions d'un état d'entretien passable, " présentant, malgré un entretien régulier, des défauts permanents dus à la vétusté, sans que ceux-ci compromettent les conditions élémentaires d'habitabilité " ou un coefficient de situation de 0,90 qui correspond à des constructions d'un état d'entretien médiocre, " ayant besoin de réparations d'une certaine importance, encore que localisées ". Enfin, les requérants reprochent à l'administration de ne pas avoir retenu un coefficient de situation particulière de - 0,10 correspondant à une " situation mauvaise, présentant des inconvénients notoires sans avantages particuliers ", alors que leur environnement s'est dégradé du fait de l'installation, depuis huit ans, d'un élevage de chiens Whippet dans la propriété directement voisine à la leur, le nombre de chiens s'élevant à plus de trente et le chenil dégageant des odeurs d'excréments rendant leur maison invendable ou inlouable. L'administration doit en effet être regardée comme ayant retenu un coefficient de situation nul qui correspond à un bien dont la situation est considérée comme " ordinaire, n'offrant ni avantages ni inconvénients ou dont les uns et les autres se compensent ". Il est constant qu'un élevage de chiens Whippet est installé à proximité de la propriété des requérants, au 5 lieu-dit La Ferme d'O. Toutefois, les requérants n'apportent aucun début de preuves relatives aux nuisances sonores et olfactives qu'ils allèguent et ne remettent ainsi pas en cause l'application par l'administration d'un coefficient de situation nul.

5. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à remettre en cause la fiche d'évaluation foncière établie par l'administration fiscale à la suite du dépôt de leur déclaration H1 le 3 janvier 2022.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction, qu'à la suite du dépôt le 18 février 2019 par les requérants de la déclaration H1, l'administration a mis à jour les bases d'imposition de leur propriété et a notamment pris en compte, dans la base taxable, les dépendances qui faisaient jusqu'alors l'objet d'une exonération de taxe foncière dans la mesure où elles étaient considérées comme servant à une exploitation agricole. Les circonstances que les requérants ne sont pas à l'origine de la déclaration d'un changement d'affectation de leurs dépendances ou qu'ils n'avaient pas connaissance de leur affectation précédemment agricole est sans incidence sur le fait que l'administration pouvait prendre en compte, à partir du 1er janvier 2021, dans la détermination de la taxe, les dépendances de la propriété des requérants qui n'étaient pas affectées à une activité agricole. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, de la garantie contre les changements de position de l'administration.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2021, à raison de leur maison d'habitation.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C et M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. B A et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Hélène ELa greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.