Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202597

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202597
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL DBCJ AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de la SARL Le Churrasco Partners contestant un avis de somme à payer de 1 074 € émis par la commune de Montargis pour frais de remise en état du domaine public. La société avait installé une pergola sans respecter les conditions de l'autorisation d'occupation temporaire délivrée le 20 mai 2021, notamment en fixant la structure au sol. Le tribunal a jugé que la commune était fondée à réclamer le remboursement des frais de nettoyage et d'enlèvement, sur le fondement des articles L. 2122-1 et suivants du code général de la propriété des personnes publiques.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, la SARL Le Churrasco Partners, représentée par Me Bortolotti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de somme de payer émis à son encontre le 11 mai 2022 par le maire de la commune de Montargis d'un montant de 1.074 € ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montargis une somme de 2.000 € au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'avis de somme à payer est illégal au motif que :

- il n'est pas motivé ;

- il méconnaît le permis de stationnement délivré le 20 mai 2021 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est de bonne foi, a rencontré des difficultés d'exploitation lors de la crise sanitaire et n'a jamais été refusé de démonter la pergola.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, la commune de Montargis conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 2.000 € au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2023 à 12 heures en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code du patrimoine ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. A en qualité de gérant de la SARL Le Churrasco Partners a déposé le 21 mai 2021 auprès des services de la mairie de Montargis (45200) une demande de permis de construire pour la mise en place d'une pergola avec emprise au sol de 56 m² devant le restaurant " Le Churrasco " qu'il exploite et dont il est la gérant situé au 39 rue Renée de France. Une demande de pièces complémentaires lui a été notifiée le 16 juin 2021 et, après avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France du 13 juillet 2021, l'emplacement étant situé aux abords de monuments historiques, il s'est vu opposer une décision de refus le 23 octobre 2021. L'intéressé ayant procédé auxdits travaux avant la fin de l'instruction de sa demande d'autorisation d'urbanisme, le maire de la commune de Montargis l'a mis en demeure de procéder, sans succès, à la remise en état du site par courrier du 28 octobre 2021. Peu avant le dépôt de sa demande d'autorisation d'urbanisme, M. A avait déposé le 17 mai 2021 une demande d'autorisation pour occuper le domaine public au droit de son établissement de restauration pour installer une pergola en bois avec canisse au droit de son établissement. Par arrêté n° AVC 21/006 du 20 mai 2021, le maire l'a " autorisé à installer une pergola provisoire d'une superficie totale de 56.00 m² sur la voirie, en attendant la décision des Bâtiments de France sur le permis de construire () ". Cet arrêté précise qu'est autorisée la pose au sol de chaises, tables et parasols et précise que " l'installation doit laisser en permanence une largeur de 1, 40 mètres, réservée au passage des piétons et des personnes à mobilité réduite " et qu'" Aucune fixation au sol n'est autorisée ". Par la présente requête, la SARL Le Churrasco Partners demande au tribunal d'annuler l'avis de somme à payer d'un montant de 1.074 € émis à son encontre le 11 mai 2022 par le maire de la commune de Montargis correspondant aux frais de remise en état de la dépendance relevant du domaine public routier correspondant au coût de nettoyage et d'enlèvement des plots et de la pergola installés par ladite société.

Sur le cadre juridique applicable :

2. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. ". Selon l'article L. 2111-2 du même code : " Font également partie du domaine public les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 qui, concourant à l'utilisation d'un bien appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable ".

3. Selon l'article L. 111-1 du code de la voirie routière : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens du domaine public de l'Etat, des départements et des communes affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées. ". Aux termes de l'article L. 2111-14 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 1 et affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées. ".

4. Selon l'article L. 2122-1 du même code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ". L'article L. 2122-2 dispose : " L'occupation ou l'utilisation du domaine public ne peut être que temporaire. () ". Et Selon l'article L. 2122-3 : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable. ". Les autorisations d'occupation du domaine public doivent en principe être délivrées pour une durée déterminée, ainsi que le rappelle l'article L. 2122-2 du code général de la propriété des personnes publiques,

5. Selon l'article R. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " L'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être consentie, à titre précaire et révocable, par la voie d'une décision unilatérale ou d'une convention ". En vertu de l'article L. 113-2 du code de la voirie routière : " En dehors des cas prévus aux articles L. 113-3 à L. 113-7 et de l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière, l'occupation du domaine public routier n'est autorisée que si elle a fait l'objet, soit d'une permission de voirie dans le cas où elle donne lieu à emprise, soit d'un permis de stationnement dans les autres cas. Ces autorisations sont délivrées à titre précaire et révocable ". Pour l'application de ces dispositions, l'emprise sur le domaine public routier consiste en une modification de l'assiette du domaine occupé.

6. Selon l'article L. 2332-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " I. - Sont portés devant la juridiction judiciaire les litiges relatifs à la répression des infractions à la police de la conservation du domaine public routier, conformément à l'article L. 116-1 du code de la voirie routière. () ".

7. Selon l'article L. 116-1 du code de la voirie routière : " La répression des infractions à la police de la conservation du domaine public routier est poursuivie devant la juridiction judiciaire sous réserve des questions préjudicielles relevant de la compétence de la juridiction administrative. ". L'article L. 116-2 du même code dispose : " Sans préjudice de la compétence reconnue à cet effet à d'autres fonctionnaires et agents par les lois et règlements en vigueur, peuvent constater les infractions à la police de la conservation du domaine public routier et établir les procès-verbaux concernant ces infractions : 1° Sur les voies de toutes catégories, les agents de police municipale, les gardes champêtres des communes et les gardes particuliers assermentés ; ()/ Les procès-verbaux dressés en matière de voirie font foi jusqu'à preuve contraire. ". L'article L. 116-6 précise : " L'action en réparation de l'atteinte portée au domaine public routier, notamment celle tendant à l'enlèvement des ouvrages faits, est imprescriptible. () ". L'article L. 116-7 du même code prévoit : " La juridiction saisie d'une infraction à la police de la conservation du domaine public routier peut ordonner l'arrêt immédiat des travaux dont la poursuite serait de nature à porter atteinte à l'intégrité de la voie publique ou de ses dépendances ou à aggraver l'atteinte déjà portée./ La décision est exécutoire sur minute nonobstant opposition ou appel. L'administration prend toutes mesures nécessaires pour en assurer l'application immédiate ".

8. L'article R. 116-2 du code de la voirie routière définit les infractions : " Seront punis d'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe ceux qui : 1° Sans autorisation, auront empiété sur le domaine public routier ou accompli un acte portant ou de nature à porter atteinte à l'intégrité de ce domaine ou de ses dépendances, ainsi qu'à celle des ouvrages, installations, plantations établis sur ledit domaine () 3° Sans autorisation préalable et d'une façon non conforme à la destination du domaine public routier, auront occupé tout ou partie de ce domaine ou de ses dépendances ou y auront effectué des dépôts ; 4° Auront laissé écouler ou auront répandu ou jeté sur les voies publiques des substances susceptibles de nuire à la salubrité et à la sécurité publiques ou d'incommoder le public () 6° Sans autorisation préalable, auront exécuté un travail sur le domaine public routier () ".

9. L'attribution de compétence au juge judiciaire qui résulte de l'article L. 116-1 du code de la voirie routière ne concerne que les cas dans lesquels une contravention à la police de la conservation du domaine public routier est constituée, que cette contravention ait été poursuivie ou non.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge:

10. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative: " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () ".

11. La SARL Le Churasco Partners n'ayant pas, à l'issue du permis de stationnement qui lui avait été accordé par arrêté du 20 mai 2021, et dont la durée était limitée à celle d'instruction de sa demande de permis de construire, et plus particulièrement à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France qui a finalement rendu un avis défavorable le 13 juillet 2021, procédé à la remise en état de la dépendance du domaine public routier occupé, la commune de Montargis y a, après mise en demeure, procédé d'office puis émis l'avis de somme à payer contesté du 11 mai 2022 d'un montant de 1.074 € portant sur " Nettoyage et retraits plots bétons - 11/05/2022 ". Il s'ensuit que le présent litige se rapporte à une contravention de voirie routière. Par suite, la juridiction administrative n'est manifestement pas compétente pour en connaître.

12. Il y a lieu, dans ces conditions, de rejeter les conclusions en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1, 2° du code de justice administrative.

Sur les frais d'instance :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. D'une part, ces dispositions font obstacle à ce que la commune de Montargis soit condamnée à verser à la société requérante la somme demandée par cette dernière au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

15. D'autre part, il résulte de ces dispositions que, si une personne publique qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat peut néanmoins demander au juge l'application de cet article au titre des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance, elle ne saurait se borner à faire état d'un surcroît de travail de ses services. En l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la commune de Montargis qui n'a pas eu recours à un avocat, ni ne justifie avoir supporté des frais autres.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SARL Le Churrasco Partners est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Montargis au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Le Churrasco Partners et à la commune de Montargis.

Fait à Orléans, le 17 décembre 2024.

Le président de la 5e chambre,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.