Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202614
mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202614 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 juillet 2022, 11 octobre 2022, 14 octobre 2022 et le 1er décembre 2022, Mme C A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Rouvres a retiré ses délégations de fonctions d'adjoint ainsi que la délibération du 12 juillet 2022 par laquelle le conseil municipal s'est prononcé sur son maintien dans les fonctions d'adjoint.
Elle soutient que :
- aucun motif ne justifie le retrait de ses délégations :
- le conseil municipal s'est prononcé sans connaître les motifs du retrait de ses fonctions ;
- elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations ;
- ces décisions sont motivées par la préférence accordée par le maire aux deux autres adjoints en raison de leur disponibilité liée à leur statut de retraités ; elle avait informé le maire de sa disponibilité le soir et en fin de semaine ; sa demande de fixation d'un planning annuel ou semestriel n'a pas été examinée et la secrétaire de mairie ne donnait pas d'information ; en charge de l'urbanisme, elle n'a pu bénéficier d'une formation sur les plans locaux d'urbanisme ; elle a commencé l'élaboration du plan de prévention des risques, mais n'a pu l'achever ; elle ne pouvait disposer d'un bureau ; elle n'a signé aucune décision ;
- aucune animosité n'existait avec le maire et elle ne s'est jamais opposée à sa politique ; elle n'a pas eu les moyens de faire un travail satisfaisant et n'a pas été intégrée dans l'équipe des adjoints ;
- la convocation au conseil municipal du 31 mai date du 23 mai ;
-la précédente adjointe a été en butte aux mêmes difficultés relationnelles ; la désorganisation des services est entièrement imputable au maire.
Par des mémoires enregistrés le 7 octobre 2022, le 16 novembre 2022 et le 20 janvier 2023, la commune de Rouvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- aucune disposition législative ou règlementaire n'impose la motivation des décisions litigieuses ; la requérante a été convoquée à un entretien le 17 juin 2022 ;
- la requérante ne s'est jamais intéressée aux affaires relatives à l'urbanisme communal ; ses horaires de travail ne lui permettaient pas d'être présente avant 17 h 30 ; elle n'a jamais sollicité un examen commun des dossiers ; en son absence, le premier adjoint a dû finaliser la mise aux normes d'une bouche incendie ; malgré les demandes, elle n'a pas repris l'étude du dossier sur les points d'eau incendie et l'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite ;
- au-delà de ses fonctions d'adjoint, elle n'a pas participé à un bureau d'élection, obligeant le troisième adjoint à assurer une permanence de six heures ; elle n'a pas assuré la suppléance lors d'un conseil syndical et n'a pas pris part à un conseil municipal sans excuse ; la fixation d'un calendrier n'est pas possible.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Lombard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de la commune de Rouvres (28260) a, par une décision du 11 juin 2022, retiré à Mme A sa délégation de fonctions en qualité d'adjointe en charge de l'urbanisme et des travaux liés à la sécurité. Par une délibération du 12 juillet 2022, le conseil municipal a mis fin à ses fonctions d'adjoint. Mme A demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du maire du 11 juin 2022 portant retrait de délégations :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 100-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables. / Sauf dispositions contraires du présent code, celui-ci est applicable aux relations entre l'administration et ses agents ". Aux termes de l'article L. 100-3 du même code : " Au sens du présent code et sauf disposition contraire de celui-ci, on entend par : / 1° Administration : les administrations de l'Etat, les collectivités territoriales (). / 2° Public : a) Toute personne physique ; () ".
3. La décision par laquelle le maire rapporte la délégation qu'il a consentie à l'un de ses adjoints est une décision à caractère réglementaire qui a pour objet la répartition des compétences entre les différentes autorités municipales. Une telle décision, qui n'a au demeurant pas à être obligatoirement motivée, ne relève pas du champ défini par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.
4. Il en résulte que l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoit qu'exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 de ce code, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable, ne s'applique pas à la décision par laquelle le maire rapporte la délégation qu'il a consentie à l'un de ses adjoints. Mme A n'est par suite pas fondée à utilement soutenir qu'elle aurait été privée de la possibilité de faire connaître ses observations préalablement à l'arrêté litigieux, ni que cette décision ne serait pas motivée.
5. En second lieu, l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales dispose : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints (). / () Lorsque le maire a retiré les délégations qu'il avait données à un adjoint, le conseil municipal doit se prononcer sur le maintien de celui-ci dans ses fonctions ". Il résulte de ces dispositions qu'il est loisible au maire d'une commune, sous réserve que sa décision ne soit pas inspirée par un motif étranger à la bonne marche de l'administration communale, de mettre un terme, à tout moment, aux délégations de fonctions qu'il avait données à l'un de ses adjoints. Dans ce cas, il est tenu de convoquer sans délai le conseil municipal afin que celui-ci se prononce sur le maintien dans ses fonctions de l'adjoint auquel il a retiré ses délégations.
6. Il ressort des pièces du dossier que la décision de mettre fin à la délégation consentie à Mme A est fondée sur l'absence de disponibilité suffisante de cette dernière liée à son activité professionnelle de sapeur-pompier pour l'accomplissement de ses délégations, notamment en ce qui concerne les dossiers d'urbanisme. Cette allégation n'est pas contestée par Mme A qui se borne à soutenir qu'elle ne pouvait être présente avant 17 h 30, la circonstance que l'instruction des dossiers d'autorisation de construire aurait été confiée à un prestataire de service extérieur étant sans incidence dans le présent litige. Il n'est pas davantage contesté que la requérante n'a pas mené à son terme l'étude du dossier sur les points d'eau incendie et l'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le retrait de la délégation consentie à la requérante serait fondé sur des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration communale. Mme A n'est ainsi pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 12 juillet 2022 mettant fin aux fonctions d'adjoint :
7. Les délibérations du conseil municipal sur le maintien d'un adjoint dans ses fonctions sont votées dans les conditions de droit commun prévues par les dispositions applicables du code général des collectivités territoriales.
8. Selon l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". En application de ces dispositions, le maire est tenu de communiquer aux membres du conseil municipal les documents nécessaires pour qu'ils puissent se prononcer utilement sur les affaires de la commune soumises à leur délibération. Lorsqu'un membre du conseil municipal demande, sur le fondement de ces dispositions du code général des collectivités territoriales, la communication de documents, il appartient au maire sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'une part, d'apprécier si cette communication se rattache à une affaire de la commune qui fait l'objet d'une délibération du conseil municipal et, d'autre part, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général n'y fait obstacle, avant de procéder, le cas échéant, à cette communication selon des modalités appropriées. Il en va de même des demandes de communication adressées au président d'un établissement public de coopération intercommunale par les membres du conseil communautaire.
9. Mme A conteste la régularité de la procédure au motif que les élus auraient voté à 11 voix pour, 2 voix contre et 2 votes blancs sans connaître les motifs précis du retrait de délégations dont elle faisait l'objet et qu'elle n'aurait pas été entendue au cours de la réunion du conseil municipal qui s'est tenue le 12 juillet 2022 à 19 h 30. Toutefois, et en tout état de cause, elle n'établit pas que le droit à l'information des élus, tant dans la convocation qu'au cours des réunions, régi par les articles L. 2121-10 et suivants du code général des collectivités territoriales, aurait été méconnu, ni que les autres règles de procédure n'auraient pas été respectées. Dès lors, ce moyen qui est dépourvu de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Rouvres.
Copie en sera adressée pour information au préfet d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Samuel Deliancourt, président,
M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,
Mme Aurore Bardet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le rapporteur,
Jean-Luc B
Le président,
Samuel DELIANCOURT
La greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.