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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202824

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202824

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202824
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 9 août 2022, 19 août 2022 et 17 mars 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Madrid, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet prise par la préfète du Loiret sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour ainsi que l'arrêté du 5 août 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions en lui délivrant dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler dès la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision implicite de rejet :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation dès lors que la préfète du Loiret n'a pas communiqué les motifs sollicités par un courrier du 4 avril 2022 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de l'arrêté du 5 août 2022 dans son ensemble :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle a bien justifié de la scolarité de ses enfants.

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a rajouté illégalement une condition aux dispositions légales en exigeant que la requérante soit isolée dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la préfète a rajouté illégalement une condition aux dispositions légales en exigeant une durée minimum sur le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'arrêté du 5 août 2022 s'est substitué à la décision implicite de rejet ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- et les observations de Me Madrid, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise, née le 25 mai 1978 à Brazzaville, déclare être entrée en France pour la dernière fois le 29 février 2016 munie de son passeport revêtu d'un visa court séjour. Le 21 novembre 2021, elle a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que parent d'enfant scolarisé. Par un arrêté du 5 août 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande ainsi que de l'arrêté du 5 août 2022.

2. En premier lieu, si une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant quatre mois sur la demande de titre de séjour présentée par Mme C, un arrêté exprès de rejet est intervenu le 5 août 2022. Par suite, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C justifie d'une présence sur le territoire français, à la date de l'arrêté contesté, de plus de cinq années, sa dernière entrée en France étant datée de février 2016. Elle a également séjourné régulièrement sur le territoire français de 2011 à 2015. Par ailleurs, ses deux enfants mineurs, tous deux nés sur le territoire français en 2014 et 2017, sont scolarisés en France. Enfin, il ressort des divers témoignages produits ainsi que de l'attestation faisant état de son bénévolat au sein de l'association le Nid que la requérante justifie d'une intégration et de liens stables sur le territoire français. Dans ces circonstances, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète du Loiret a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que l'arrêté du 5 août 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée implique nécessairement que soit délivré à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de prendre cette mesure dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Madrid renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Madrid de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 août 2022 de la préfète du Loiret est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Madrid une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C, à Me Madrid et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Bertrand, première conseillère,

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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