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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202900

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202900

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2022, Mme A, Raïssa, Rolande B, représentée par Me Gaëlle Duplantier, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 du préfet du Cher l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la Côte d'Ivoire comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre au préfet du Cher de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris à la suite d'une procédure irrégulière en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- les observations de Me Duplantier, avocate de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la Côte d'Ivoire née le 19 décembre 1994, est entrée en France le 27 juillet 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa court séjour valable du 11 juillet 2019 au 25 août 2019. Elle a accouché le 4 septembre 2019 de son fils prénommé

Nour-Mac, Maurais, Akinola. Le 2 décembre 2019, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée le 30 juin 2021 puis le 17 mars 2022 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 1er juillet 2022, le préfet du Cher l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la Côte d'Ivoire.

2. En premier lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

3. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision faisant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger, ou de ce que celui-ci ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du même code, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnu la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, la requérante soutient qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations et notamment de se prévaloir de son état de santé préoccupant. Toutefois, lors du dépôt de sa demande d'asile et ultérieurement, l'intéressée a pu faire valoir tous les éléments relatifs à sa situation. Par ailleurs, elle n'établit pas qu'elle avait des éléments pertinents à développer devant les services de la préfecture qu'elle n'avait pu présenter lors de sa demande d'asile et au cours de l'instruction de celle-ci et qui auraient été de nature à influer sur le sens de la décision prise par le préfet. Par suite, le moyen de la requérante tiré ce de que l'arrêté attaqué a été pris en violation de son droit à être entendu et du défaut de caractère contradictoire de la procédure ne peut être accueilli.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Si la requérante se prévaut de ces dispositions, elle n'établit pas avoir présenté de demande de carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade antérieurement à l'arrêté attaqué. En outre, les certificats médicaux qu'elle produit ne précisent pas que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne pourrait bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine. Par suite et en tout état de cause, elle ne peut soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît ces dispositions.

6. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. La requérante se prévaut de ces stipulations en faisant valoir que compte tenu de son état de santé, des violences dont elle a été victime dans son pays, de la présence de son fils en France et de ses efforts d'intégration professionnelle, la décision attaquée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, elle est entrée en France le 27 juillet 2019 après avoir vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans dans son pays d'origine. Par ailleurs, elle s'est maintenue sur le territoire français malgré les décisions administrative et juridictionnelle dont il a été fait état au point 1. Elle n'allègue pas avoir des liens familiaux stables, intenses et continus en France autre que son fils né le 4 septembre 2019 et qu'elle serait dépourvue de tels liens dans son pays d'origine. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, elle n'établit pas que son état de santé implique nécessairement son maintien sur le territoire français. Dès lors, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale composée d'elle-même et de son fils se reconstitue en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, compte tenu notamment du caractère relativement récent de son séjour en France et même si elle bénéficie d'un contrat de travail à durée déterminée conclu avec la commune de Méry-sur-Cher pour remplacer un fonctionnaire en arrêt maladie, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, Raïssa, Rolande B et au préfet du Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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