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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203041

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203041

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantFROUJY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 septembre et 3 novembre 2022, Mme G, représentée par Me Asmaa Froujy, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 16 août 2022 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

2) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 du préfet de Loir-et-Cher l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant l'Angola comme pays de destination de sa reconduite ;

3) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée ou familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quarante-huit heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 16 août 2022 a été prise par une autorité incompétente, est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle repose sur l'article D. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'existe pas, ne peut être basée sur l'article D. 431-7 du code qui n'est entré en vigueur que le 1er mai 2021 alors que sa demande d'asile a été introduite le 26 novembre 2020 et méconnaît les articles L. 311-6, R. 311-37, R. 311-37 et D. 311-3-2 du code dès lors qu'il n'est pas établi par le préfet que l'information prévue par ces dispositions lui a été délivrée ;

- l'arrêté du 18 août 2022 a été pris par une autorité incompétente, doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision du 16 août 2022, est entachée d'une erreur de fait, de droit et d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 décembre 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- les observations de Me Froujy, avocate de Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante angolaise née le 6 juin 1991, est entrée en France le 10 mai 2019 sous couvert d'un passeport valide jusqu'au 27 octobre 2022 revêtu d'un visa de court séjour pour le Portugal valable du 11 janvier au 14 février 2019. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Suite à l'échec de la procédure Dublin, sa demande a été rejetée par une décision du 19 octobre 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatride puis le 11 avril 2022 par la cour nationale du droit d'asile. Le 21 juin 2022, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 16 août 2022, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et, par un arrêté du

18 août 2022, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de l'Angola.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 16 août 2022 :

2. L'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée et reprenant les dispositions de l'ancien article L. 311-6 dispose que " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code, reprenant les dispositions de l'ancien article D. 311-3-2 : " Pour l'application de l'article

L.431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicité la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 421-9, ce délai est porté à trois mois ".

3. Le préfet de Loir-et-Cher, après avoir rappelé ces dispositions, a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 21 juin 2022 par la requérante au motif qu'en méconnaissance des dispositions citées au point 2, elle n'avait présenté cette demande que le

5 août 2022 alors que sa demande d'asile avait été enregistrée le 26 novembre 2020 et que le délai entre les deux demandes était supérieur à celui prévu à l'article D. 431-7.

4. La requérante soutient qu'elle n'a pas reçu l'information prévue par l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, par suite, il ne pouvait rejeter sa demande mais devait l'instruire. Le préfet du Loir-et-Cher fait valoir que dans un questionnaire du 8 février 2022, la requérante avait l'occasion de lui signaler ce qu'elle considérait comme important ou qu'elle souhaitait lui faire savoir. Toutefois, le questionnaire du 8 février 2022 que produit le préfet ne comporte pas les éléments prévus par l'article L. 431-2 du code et notamment ne précise pas le délai dans lequel une demande d'admission au séjour à un autre titre que l'asile devait être déposée par l'intéressée. Par suite, pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par la requérante le 21 juin 2022, le préfet ne pouvait lui opposer que cette demande avait été présentée hors du délai fixé par l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision du 16 août 2022, que Mme F est fondée à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 août 2022 :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 18 août 2022 a été signé par M. A E. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Loir-et-Cher, M. D B, préfet de Loir-et-Cher, a donné à M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, une délégation de signature à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département () / A ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué du 18 août 2022 n'a pas pour fondement la décision du 16 août 2022 mais les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision de la cour nationale du droit d'asile du

11 avril 2022. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision du 16 août 2022 pour demander l'annulation de l'arrêté du 18 août 2022.

8. En troisième lieu, si la requérante soutient que le préfet de Loir-et-Cher a commis une erreur de fait en ne mentionnant pas, dans l'arrêté du 18 août 2022, sa demande de délivrance d'un titre de séjour, cette circonstance ne saurait constituer une erreur de fait. Si elle fait également valoir que l'arrêté mentionne qu'elle est la mère d'un enfant né le 10 mai 2019, soit le même jour que son entrée en France, alors que l'enfant est né le 7 mai 2015 en Angola, cette erreur, purement matérielle et aisément décelable, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. La requérante soutient que l'arrêté du 18 août 2022 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale et méconnaît les dispositions et stipulations précitées en faisant valoir que sa seule cellule familiale est en France, que le père de sa fille ne l'a jamais reconnue, que sa mère est décédée en 2016, que son père, militaire en Angola, a disparu depuis le 1er janvier 2018, qu'elle n'a pas d'autre famille dans son pays d'origine, qu'elle est parfaitement intégrée en France, que sa fille est scolarisée et a passé l'essentiel de sa vie en France. Toutefois, elle est entrée très récemment en France. Elle est célibataire et mère d'un enfant présent avec elle sur le territoire français. Elle n'établit pas avoir des liens familiaux en France. Rien ne fait obstacle à ce que son enfant l'accompagne dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions de séjour en France de l'intéressée et de son enfant et du caractère très récent de ce séjour, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

11. En cinquième lieu, l'obligation de quitter le territoire n'étant pas entachée d'illégalité, la requérante n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 10, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En sixième lieu, l'arrêté attaqué ne comporte pas de décision d'assignation à résidence. Par suite, la requérante n'est, en tout état de cause, pas fondée à en demander l'annulation.

13. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si la requérante fait valoir qu'elle craint de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Angola, elle n'apporte aucun élément à l'appui de son allégation qui, par suite, ne peut être accueillie.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme F tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 août 2022 du préfet de Loir-et-Cher doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

15. L'annulation de la décision du 16 août 2022 n'implique pas nécessairement, eu égard au motif d'annulation retenu, la délivrance d'une carte de séjour à la requérante mais seulement que le préfet de Loir-et-Cher examine sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 21 juin 2022. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher d'examiner cette demande dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros que demande la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 août 2022 du préfet de Loir-et-Cher rejetant la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme F est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher d'examiner la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 21 juin 2022 par Mme F dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par Mme F est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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