Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203073
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203073 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 septembre 2022 et le 14 septembre 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Stelog demande au tribunal :
1°) de nommer un nouvel expert afin qu'il se prononce sur l'éligibilité de son projet " Mobigest " au crédit d'impôt innovation ;
2°) de prononcer le remboursement des crédits d'impôt innovation qu'elle a déclarés pour un montant de 38 404 euros au titre de l'année 2018, 40 046 euros au titre de l'année 2019 et 24 837 euros au titre de l'année 2020, assortis des intérêts de retard.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale a mis treize mois à répondre à sa réclamation ;
- le rapport de l'expert est insuffisamment motivé ;
- elle n'a pas pu répondre aux conclusions de l'expert, qui n'a pas compris son dossier ;
- elle remplit les conditions pour pouvoir bénéficier du crédit d'impôt innovation au titre des années 2018, 2019 et 2020.
Par des mémoires enregistrés le 2 février 2023 et le 15 novembre 2023, la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Stelog, qui exerce une activité de conseil et développement informatique, a demandé, le 7 juin 2021, le remboursement de crédits d'impôt en faveur de l'innovation, correspondant à des dépenses de personnel engagées sur un projet pour des montants de 38 404 euros au titre de l'année 2018, 40 046 euros au titre de l'année 2019 et 24 837 euros au titre de l'année 2020. L'administration fiscale a, le 9 mars 2022, sollicité l'avis de la direction régionale interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) qui a mandaté un expert. Celui-ci, dans son rapport du 30 juin 2022, a considéré que les dépenses engagées n'étaient pas éligibles au motif qu'il existait déjà un produit répondant aux objectifs du projet. L'administration fiscale, qui a suivi l'avis de l'expert, a, le 1er juillet 2022, rejeté la demande de remboursement de la société Stelog. Cette dernière demande au tribunal d'ordonner une nouvelle expertise devant se prononcer sur l'éligibilité de son projet et de prononcer le remboursement des crédits d'impôt innovation qu'elle a déclarés au titre des années 2018 à 2020.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année () / II. Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes () / k) Les dépenses exposées par les entreprises qui satisfont à la définition des micro, petites et moyennes entreprises () définies comme suit : / 1° Les dotations aux amortissements des immobilisations créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou installations pilotes de nouveaux produits autres que les prototypes et installations pilotes mentionnés au a ; / 2° Les dépenses de personnel directement et exclusivement affecté à la réalisation des opérations mentionnées au 1° ; / 3° Les autres dépenses de fonctionnement exposées à raison des opérations mentionnées au 1° () / Pour l'application du présent k, est considéré comme nouveau produit un bien corporel ou incorporel qui satisfait aux deux conditions cumulatives suivantes : - il n'est pas encore mis à disposition sur le marché ; - il se distingue des produits existants ou précédents par des performances supérieures sur le plan technique, de l'écoconception, de l'ergonomie ou de ses fonctionnalités. / Le prototype ou l'installation pilote d'un nouveau produit est un bien qui n'est pas destiné à être mis sur le marché mais à être utilisé comme modèle pour la réalisation d'un nouveau produit () ".
3. Il appartient au juge de l'impôt de constater, au vu de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, et compte tenu, le cas échéant, de tous éléments produits par l'une ou l'autre des parties, qu'une entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 244 quater B du code général des impôts.
4. Il résulte de l'instruction que la société Stelog, dont l'activité consiste à fournir des solutions logicielles pour la gestion des entreprises de logistique, a, au titre des années en litige, développé un projet appelé " Mobigest " qui, aux termes du dossier de présentation de la société, a pour objectif de " proposer aux entreprises (TPE, PME) une application mobile innovante connectée à leur système de gestion commercial (), permettant de gérer facilement et précisément leurs stocks, en souplesse, afin d'assurer une traçabilité maximum de leurs produits ". La requérante explique que son projet de logiciel de gestion complète les progiciels de gestion intégrés (PGI) utilisés par les entreprises de logistique en proposant des fonctionnalités qui permettent une gestion à distance des stocks en temps réel. Pour justifier du caractère innovant de son projet, elle a, dans son dossier de présentation, répertorié huit fonctionnalités que ses trois concurrents principaux, PSAI, SATELIX et V INGENIERIE, selon elle, ne proposent pas : " mode déconnecté " permettant de continuer à travailler sans être connecté à un réseau, " synchronisation optimisée " permettant le transfert, sur demande, des données relatives aux mouvements de stock entre le terminal mobile, qui a fonctionné en mode déconnecté, et le PGI, la synchronisation étant optimisée par le fait que seules transitent sur le réseau les données à mettre à jour depuis la dernière synchronisation, " interopérabilité complète " avec les principaux logiciels de gestion destinés aux petites et moyennes entreprises, " module de back office intégré dans le PGI cible ", " facilité de déploiement ", l'application pouvant être déployée en une demi-journée car ne nécessitant que peu de paramétrage, " simplicité d'utilisation ", la formation des opérateurs étant minimale, " ajout de fonctionnalités supplémentaires via des développements spécifiques possibles " et " multi terminaux possibles (marques modèles différents) ". Elle souligne, dans ses écritures, que son projet, de par ces différentes fonctionnalités, offre une solution de gestion de stock complète inédite.
5. L'expert, mandaté par la DRIEETS, a considéré que les gains attendus par le projet concernaient prioritairement le développement d'un mode déconnecté permettant le suivi des stocks dans les entrepôts ne disposant pas de réseau Wifi, précisant qu'une synchronisation était possible lors de la reconnexion entre le terminal mobile et le progiciel de gestion intégré de l'entreprise. Il a estimé que le marché des logiciels de gestion de stock pour les petites et moyennes entreprises proposait deux solutions adaptées : " StockItEasy ", qui fonctionne avec un terminal portable disposant d'une mémoire tampon permettant une gestion du stock en mode déconnecté et " StockController ", qui fonctionne avec le système d'exploitation Android et permet de réaliser un suivi de stock en mode déconnecté. Il a ainsi conclu que le projet Mobigest ne mettait en évidence " aucune supériorité () par rapport à l'ensemble des logiciels disponibles sur le marché avant 2018 ".
6. La société requérante fait cependant valoir que, contrairement aux solutions citées par l'expert, son projet " n'est pas une simple application autonome de gestion des stocks en mode connecté/déconnecté mais bien un module additionnel complétant les PGI standards du marché ". Il est vrai qu'aux termes de son rapport, l'expert s'est essentiellement focalisé sur la fonctionnalité relative au mode déconnecté et, dans une moindre mesure, sur celle relative à la synchronisation, alors que la société avait mis en avant six autres fonctionnalités. Elle produit, à l'instance, un tableau comparatif des huit fonctionnalités que son projet possède avec les solutions " StockItEasy " et " StockController ". Il en ressort que si les solutions mentionnées par l'expert présentent, comme son projet, un " mode déconnecté ", une " synchronisation optimisée ", une " facilité de déploiement ", une " simplicité d'utilisation ", et un " ajout de fonctionnalités supplémentaires via des développements spécifiques possibles ", en revanche, d'une part, elles ne proposent ni une " interopérabilité complète avec les PGI " ni un " module de back office intégré dans le PGI cible ", les modules des applications mobiles et ceux des logiciels de gestion étant séparés et, d'autre part, elles ne permettent pas d'utiliser différents terminaux pour le suivi des stocks. La solution de la société requérante offre ainsi trois fonctionnalités supplémentaires permettant d'améliorer les solutions existantes. L'administration, en défense, n'apporte aucune contradiction sur ce point. Il en résulte que le projet Mobigest, dont il est constant qu'il n'était pas encore mis à disposition sur le marché au titre des années en litige et constituait un prototype, doit être regardé comme se distinguant des produits existants par des performances supérieures sur le plan de ses fonctionnalités et, par suite, comme un produit nouveau ouvrant droit au crédit d'impôt prévu par les dispositions précitées du k) du 2 de l'article 244 quater B du code général des impôts au titre des années 2018 à 2020.
7. La justification et le montant des dépenses exposées au titre des années 2018 à 2020 n'étant pas contestés, il y a lieu de prononcer le remboursement des crédits d'impôt innovation que la société Stelog a déclarés pour un montant de 38 404 euros au titre de l'année 2018, 40 046 euros au titre de l'année 2019 et 24 837 euros au titre de l'année 2020.
Sur les intérêts moratoires :
8. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires () ". Il résulte de ces dispositions que la restitution des sommes déjà versées par un contribuable doit être faite par le comptable chargé du recouvrement, en exécution d'une décision de justice ordonnant une décharge ou une réduction d'imposition, sans qu'il soit besoin d'adresser à cette fin une injonction à l'administration fiscale. En l'absence de litige né et actuel entre le comptable responsable de ce remboursement et la société requérante, les conclusions relatives aux intérêts moratoires doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à la société Stelog le remboursement des crédits d'impôt innovation qu'elle a déclarés pour un montant de 38 404 euros au titre de l'année 2018, 40 046 euros au titre de l'année 2019 et 24 837 euros au titre de l'année 2020.
Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Stelog et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618520
01/09/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2502745
01/09/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604577
01/09/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2620197
01/09/2026