Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203194
mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203194 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 septembre 2022, le 10 mai 2023, le 9 juillet 2023 et le 16 septembre 2023 et une pièce déposée le 22 février 2024, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 2 juin 2022 portant à son encontre exclusion définitive du lycée militaire D national militaire de la Flèche ensemble le rejet de son recours préalable obligatoire auprès du chef d'état-major de l'armée de terre le 19 juillet 2022 ;
2°) d'enjoindre de procéder à l'effacement de toute trace dans son dossier scolaire des décisions prises ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser 3 000 euros en réparation des préjudices subis tenant à son préjudice moral et à l'atteinte à son honneur et à sa réputation.
Il soutient que :
- il n'a pas bénéficié de mesures d'accompagnement durant son exclusion temporaire à titre conservatoire ;
- le procès-verbal du conseil intérieur ne lui a pas été notifié ;
- les droits de la défense ont été méconnus ;
- le procès-verbal du conseil de discipline ne fait pas mention de sa rencontre préalable avec l'officier incendie ;
- il y a une erreur sur son nom dans la décision attaquée ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ; à l'inverse il a été victime de violences de la part d'un cadre ; il a en réalité eu une démarche appropriée en sécurisant un extincteur en le ramenant vers un cadre ;
- la procédure a été menée afin de nuire délibérément à la préparation des épreuves du baccalauréat ;
- le principe non bis idem a été méconnu ;
- la sanction n'est ni personnalisée ni graduée ;
- le principe d'égalité de traitement a été méconnu.
Par des mémoires en défense enregistrés le 14 avril 2023 et le 15 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance en date du 10 juillet 2024 la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 25 juillet 2023
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le décret n° 2006-246 du 1er mars 2006 relatif aux lycées de la défense ;
- l'arrêté du 22 août 2019 relatif à l'organisation et au fonctionnement des lycées de la défense ;
- le règlement intérieur du D national militaire de la Flèche ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa ;
- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
1. M. C B était scolarisé au lycée militaire D national militaire situé à La Flèche (Sarthe) en classe de terminale au titre de l'année scolaire 2021/2022. Le 30 avril 2022, il a été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre à la suite de sa participation, le 24 mars 2022 à l'intérieur de l'établissement, à un chahut dénommé " bordel quartier " au cours duquel des surveillants et des cadres militaires ont été victimes d'insultes et de violences physiques et les bâtiments dégradés. Après avoir recueilli l'avis du conseil de discipline qui, dans sa séance du 23 mai 2022, a émis un avis favorable à l'exclusion définitive de l'élève C B, le commandant du D national militaire, par une décision du 2 juin 2022, a prononcé son exclusion définitive de l'établissement scolaire. Par un courrier du 19 juin 2022 reçu le 21 suivant, les parents de C B ont formé un recours hiérarchique contre cette décision, rejeté par une décision du 19 juillet 2022 du chef d'état-major de l'armée de terre. Par la présente requête, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision en date du 19 juillet 2022 rejetant son recours formé le 1er juin 2022 contre la décision en date du 2 juin 2022 portant à son encontre exclusion définitive du D national militaire, l'effacement de cette sanction de son dossier scolaire et la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation des préjudices subis du fait de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'éducation : " Les obligations des élèves consistent dans l'accomplissement des tâches inhérentes à leurs études ; elles incluent l'assiduité et le respect des règles de fonctionnement et de la vie collective des établissements ". Aux termes de l'article D. 511-4 dudit code : " Les règles relatives aux droits et obligations des élèves des lycées de la défense sont fixées par le règlement intérieur de l'établissement () " et aux termes de l'article R. 511-17 du même code : " Dans les lycées de la défense, les sanctions applicables aux élèves sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° La réprimande ; / 3° La retenue ; / 4° La mesure de responsabilisation () / 5° L'exclusion temporaire de huit jours au plus, assortie ou non d'un sursis ; / 6° L'exclusion temporaire d'une durée supérieure à huit jours et inférieure à quinze jours, assortie ou non d'un sursis ; / 7° L'exclusion définitive ".
3. Aux termes de l'article 18 de l'arrêté du 22 août 2019 relatif à l'organisation et au fonctionnement des lycées de la défense : " Le conseil de discipline est convoqué par le commandant du lycée pour examiner le cas d'un ou plusieurs élèves ayant un comportement de nature à entraîner une exclusion temporaire ou définitive. / L'exclusion temporaire peut résulter d'une faute de comportement ou d'un manquement grave aux obligations de l'élève. / L'exclusion définitive d'un élève peut résulter : / - soit d'une faute particulièrement grave ; / - soit de fautes répétées de comportement lorsque le comportement d'un élève, incompatible avec les règles de la discipline générale du lycée et de la vie collective, ne permet plus son maintien dans l'établissement. / () III. - Fonctionnement : / L'élève, s'il est majeur, ou les personnes responsables de l'élève mineur sont informés par lettre recommandée avec avis de réception des faits reprochés par le commandant du lycée au moins huit jours avant la date de réunion du conseil de discipline et de la possibilité : / 1° Pour l'élève, de se faire assister par le défenseur de son choix ou, à défaut, désigné par le commandant du lycée ; / 2° Pour l'élève et les personnes responsables de l'élève mineur : : a) De recevoir communication de toute pièce se rapportant à l'affaire ; / b) De produire des observations ; / c) D'être entendus, à leur demande, par le commandant du lycée. / 3° Pour les personnes responsables de l'élève mineur, d'être entendues, à leur demande, par le conseil de discipline. / () ".
4. En premier lieu, M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle se fonde sur un procès-verbal du conseil intérieur en date du 1er mars 2022 qui ne lui pas été préalablement communiqué. Toutefois il ne résulte d'aucune disposition légale ou réglementaire et notamment pas des dispositions de l'article 16 de l'arrêté du 22 août 2019 relatif à l'organisation et au fonctionnement des lycées de la défense, qui précisent uniquement que les " délibérations (du conseil intérieur) font l'objet d'un procès-verbal adressé aux autorités de tutelle concernées " que ce procès-verbal aurait dû également être communiqué à M. B. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
5. En deuxième lieu, le requérant n'assortit pas ses allégations selon lesquelles les droits de la défense ont été méconnus de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. S'il indique que le procès-verbal du conseil de discipline ne fait pas mention de sa rencontre préalable avec l'officier incendie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a été de ce fait privé d'une garantie.
6. En troisième lieu, M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle vise l'élève " Maigret " et non B. Cependant cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, alors que l'identité de la personne qu'elle vise est dépourvue d'équivoque, n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision prise.
7. En quatrième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît le principe non bis in idem, alors qu'il a déjà fait l'objet de plusieurs sanctions à raison des mêmes faits. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que s'agissant de l'exclusion temporaire de l'établissement d'une durée de huit jours prononcée à son encontre le 1er avril 2022, elle se rapporte à des faits de désordre à l'intérieur ou à l'extérieur du lycée militaire, tandis que la sanction en litige a été prononcée au regard de faits distincts d'infraction aux règles de sécurité pouvant porter atteinte à la propre vie de l'élève ou à celle d'autrui. D'autre part, s'agissant de l'interdiction d'accès à l'établissement à effet au 30 avril 2022, il s'agit d'une mesure temporaire prise à la suite de l'engagement de la procédure disciplinaire à titre conservatoire dans l'attente de la réunion du conseil de discipline en application des dispositions du II de l'article 15 de l'arrêté du 22 août 2019, qui ne présente pas le caractère de sanction. Au demeurant, la circonstance que le requérant n'aurait pas bénéficié de mesures d'accompagnement durant son exclusion temporaire à titre conservatoire est sans incidence sur la légalité de la décision d'exclusion définitive en litige. Dès lors le moyen doit être écarté.
8. En cinquième lieu, l'arrêté attaqué est fondé sur le reproche fait à M. B d'avoir été intercepté le 24 mars 2022 par un cadre alors qu'il portait un extincteur et pour avoir tenté de se soustraire à ce cadre. Si M. B soutient d'une part que son intention était de mettre l'extincteur en sécurité en le ramenant vers un cadre et qu'il a ainsi eu une démarche appropriée, d'autre part qu'il a été victime de violences de la part dudit cadre qui aurait été hors de lui, il ressort des pièces du dossier, notamment de la synthèse du capitaine encadrant Pattée, que le requérant a été surpris par lui lors du chahut le visage partiellement recouvert par une capuche tenant un extincteur vers le haut parmi plusieurs élèves agités, ce qui l'a obligé à le ceinturer. Le requérant n'établit pas par ses seules allégations contredites par l'encadrant que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis. Par ailleurs, la circonstance que par un jugement du 14 septembre 2023, il a été renvoyé des fins de la poursuite par le tribunal pour enfants du A des chefs de participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions de biens et rébellion à raison de faits non établis, ne remet pas en cause la matérialité des faits au regard desquels la sanction en litige a été décidée.
9. En sixième lieu, le règlement intérieur des lycées de la défense relevant de l'armée de la terre (RILDAT), dans sa rédaction applicable à la date des faits en litige énonce en son point 1.2.5 relatif à la sécurité incendie qu'il est interdit " de déclencher de façon abusive des alarmes incendie ainsi que de détériorer volontairement des systèmes de sécurité " et précise en son point 1.6.5 relatif au référentiel des punitions et des sanction que " l'usage abusif, (le) déclenchement d'alarmes incendies / dispositif de sécurité " sont " susceptibles d'exclusion définitive ".
10. Il ressort des pièces du dossier que le comportement du requérant lors de ce chahut consistant en la neutralisation d'un dispositif de protection incendie, outre son aspect dangereux pour la sécurité, constitue un manquement flagrant aux dispositions du règlement intérieur rappelées au point précédent. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant avait signé un contrat d'objectif le 28 septembre 2011, moins de six mois plus tôt à la suite de plusieurs écarts de comportement ayant eux-mêmes motivé 4 punitions/sanctions et 12 privations de quartier libre, ainsi qu'une mise en garde solennelle sur les conséquences attachées à de nouveaux écarts. Dès lors, eu égard non seulement à la nature des faits commis préjudiciables à la sécurité de la communauté des élèves et de leurs encadrants, mais aussi à l'existence d'antécédents disciplinaires de l'intéressé la décision prise par le commandant du D national militaire de lui infliger une exclusion définitive de l'établissement n'est pas disproportionnée.
11. En septième lieu, le requérant qui se borne à faire état de ce que la sanction infligée est entachée de discrimination car des élèves mis en cause sur des documents d'enquête interne n'auraient pas été sanctionnés, ne démontre nullement que ces élèves auraient été dans une situation semblable à la sienne, et par suite qu'il y aurait eu méconnaissance du principe d'égalité de traitement.
12. En dernier lieu, il ne ressort aucunement des pièces du dossier que la procédure menée à l'encontre du requérant aurait été menée afin de nuire délibérément à la préparation des épreuves du baccalauréat.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et des conclusions indemnitaires, aucune illégalité de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son encontre n'étant établie.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Best-De Gand, première conseillère,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La présidente-rapporteure,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
L'assesseure la plus ancienne,
Armelle BEST-DE GANDLa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.