Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203308

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203308
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL PHELIP & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme F et de M. et Mme A, qui demandaient la condamnation de la commune de Blois à réparer les dommages causés à leur pierre tombale par la chute d'une branche de cèdre dans le cimetière communal. Les requérants invoquaient une faute contractuelle liée à leur concession funéraire et un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public. Le tribunal a écarté la responsabilité contractuelle, l'endommagement de la stèle ne remettant pas en cause le droit d'occupation. Sur le terrain extra-contractuel, il a jugé que la commune démontrait un entretien normal et régulier des arbres, et qu'aucune faute dans l'exercice des pouvoirs de police du maire n'était établie. La décision est fondée sur les articles L. 2223-13 et L. 2213-8 du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 septembre 2022, Mme F et M. et Mme A, représentés par Me Pesme, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Blois à leur verser une indemnité de 6.550 € au titre de leur préjudice matériel, outre une somme de 1.000 € en réparation de leur préjudice moral ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Blois la somme de 1.200 € au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la responsabilité de la commune est engagée en raison d'une faute contractuelle résultant du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, la commune de Blois conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme F et de Mme et M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le moyen n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 26 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée le 23 mars 2023 à douze heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Lombard, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A épouse F ainsi que Mme C A et M. D A sont titulaires d'une concession funéraire de 3 mètres superficiels accordée pour trente ans par arrêté du 13 août 2008 à compter de cette dernière date au sein du cimetière de la commune de Blois, situé rue Alfred Hallou. A la suite de la chute d'une branche d'un cèdre situé à proximité dans l'enceinte dudit cimetière survenue le 23 juillet 2019, la pierre tombale implantée sur le terrain concédé a été endommagée. Mme F et M. et Mme A recherchent la responsabilité et la condamnation de la commune de Blois à réparer leurs préjudices financier et moral évalués à la somme totale 7.550 €.

Sur la responsabilité pour faute de la commune de Blois :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal de constatation en date du 28 janvier 2021 établi de manière contradictoire entre les parties et leurs assureurs, que la semelle et le soubassement en marbre composant la pierre tombale ont été endommagés par la chute sous l'effet des fortes chaleurs d'une branche d'un cèdre situé dans l'enceinte du cimetière communal qui a endommagé 11 sépultures, dont celle de l'hoirie A qui recherche à ce titre la responsabilité pour faute de la commune de Blois.

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle :

3. Les requérants ne peuvent utilement, pour engager sur le terrain contractuel la responsabilité de la commune, invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de la concession qui leur a été octroyée par arrêté du 13 août 2008 à compter de cette dernière date pour une durée de 30 ans dès lors que le seul endommagement de la stèle, qui constitue un ouvrage privé, ne remet nullement en cause le droit à occupation de cette dépendance du domaine public communal.

En ce qui concerne la responsabilité extra-contractuelle :

4. En premier lieu, si les requérants soutiennent que la chute de la branche du cèdre n° 14 sur leur concession résulte d'un défaut d'entretien normal de la part de la commune de Blois, cette dernière justifie toutefois, par la production de six factures, assurer l'entretien de manière régulière et fréquente par un contrôle visuel l'ensemble des 64 cèdres alignés dans le cimetière. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'expertise annuelle réalisée le 7 mai 2019, que le cèdre dont s'agit ne présentait aucun défaut visuel et il n'est pas allégué que son état nécessitait de prendre une quelconque mesure de protection comme de soin. Dès lors, la commune de Blois qui démontre l'entretien normal du cimetière ne saurait voir sa responsabilité engagée sur ce fondement de responsabilité.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 2223-13 du code général des collectivités territoriales : " Lorsque l'étendue des cimetières le permet, il peut être concédé des terrains aux personnes qui désirent y fonder leur sépulture et celle de leurs enfants ou successeurs. Les bénéficiaires de la concession peuvent construire sur ces terrains des caveaux, monuments et tombeaux ". L'article L. 2213-8 du même code dispose : " Le maire assure la police des funérailles et des cimetières. ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'autorité municipale d'assurer la surveillance et l'entretien des cimetières. Toutefois, eu regard de ce qui a été dit au point 4, il n'est pas établi par les requérants que le maire aurait commis une faute dans l'exercice de ses pouvoirs de police.

6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 5 du présent jugement que les conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce que la commune de Blois, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse aux requérants, une somme au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme F et M et Mme A la somme demandée par la commune de Blois sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F et de M et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Blois en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à E A épouse F, Mme C A et M. D A et à la commune de Blois.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Samuel Deliancourt, président,

M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,

Mme Aurore Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

Aurore B

Le président,

Samuel DELIANCOURT

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.