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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203513

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203513

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKONATE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022 et un mémoire enregistré le 10 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Konaté, demande au tribunal :

1°) De l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 7 octobre 2022 par lequel le préfet de Loir et Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé de de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, l'a assigné à résidence dans le périmètre de la ville de Blois pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois et a fixé des obligations de pointage ;

3°) d'enjoindre au préfet de Loir et Cher de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention salarié ou " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'État à verser à Me Assa Konaté une somme de 1.200 euros au titre au titre des frais engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- S'agissant de la décision portant refus de séjour : l'auteur de la décision attaqué est incompétent ; la décision n'est pas motivée en fait et en droit et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ; le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ; la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du CESEDA ; la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation (article L. 435-1 du CESEDA) ; le préfet a méconnu les droits de la défense ; la décision attaquée porte atteinte aux droits protégés par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français : l'auteur de la décision attaqué est incompétent ; la décision n'est pas motivée en fait et en droit ; la décision doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ; la décision viole le droit protégé par les stipulations de l'article 8 de la CEDH ; la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français : la décision est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- S'agissant de la décision d'assignation à résidence : la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; la décision viole le droit protégé par les stipulations de l'article 8 de la CEDH ; la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi : l'auteur de la décision attaquée est incompétent ; la décision n'est pas motivée ; la décision viole le droit protégé par les stipulations de l'article 3 de la CEDH et les dispositions de l'article L 513-2 du CESEDA.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2022, le préfet de Loir et Cher conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique:

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Konaté représentant M. C et de M. C

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité centrafricaine, a déclaré être entré en France de manière irrégulière le 1er juin 2015 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par décision de la CNDA du 29 août 2018. Il s'est maintenu sur le territoire malgré une décision portant obligation de quitter le territoire français. Il a fait l'objet d'une seconde décision portant obligation de quitter le territoire le 1er janvier 2021. Il a sollicité en dernier lieu son admission exceptionnelle au séjour par le travail. Par l'arrêté attaqué en date du 7 octobre 2022, le préfet de Loir et Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, l'a assigné à résidence dans le périmètre de la ville de Blois pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois et a fixé des obligations de pointage.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour refus de titre de séjour :

3. Lorsque l'étranger saisit la juridiction de conclusions contre une décision de refus de titre de séjour assortie d'une OQTF qui n'a pas été contestée antérieurement et contre laquelle les délais de recours ne sont pas expirés, il appartient au magistrat désigné en application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, de renvoyer à la formation compétente les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et, en tant qu'elles s'y rattachent, des conclusions accessoires à fin d'injonction, ainsi que les conclusions relatives aux frais de l'instance, et de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et sur la décision fixant le pays de destination ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachent, sur les conclusions accessoires à fin d'injonction.

4. En l'espèce, le refus de titre de séjour dont, dans le cadre de la présente instance, M. C demande l'annulation, a été pris en même temps que l'obligation de quitter le territoire français sans délai le 7 octobre 2022 et a été contesté dans le délai de recours de quarante-huit heures prévu au II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour prendre l'obligation de quitter le territoire français dont la contestation, en raison de l'assignation à résidence qui a été prise à l'encontre de l'intéressé, relève du magistrat désigné en vertu de l'article R. 776-14 du code de justice administrative, l'autorité préfectorale s'est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Eu égard à cette circonstance, il appartient à la formation collégiale de ce tribunal, en vertu des dispositions combinées des articles R. 776-1, R. 776-2 (I), R. 776-10, R. 776-13 et R. 776-17 du code de justice administrative, de connaître des conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant contre le refus de titre de séjour. Ces conclusions doivent en conséquence lui être renvoyées, ainsi que les conclusions à fin d'injonction accessoires qui leur sont accessoires et les conclusions relatives aux frais de l'instance.

En ce qui concerne les autres conclusions aux fins d'annulation :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C, de nationalité centrafricaine est entré en France le 1er juin 2015 après avoir séjourné aux Pays bas où il a bénéficié de l'asile jusqu'au 26 décembre 2019. Il allègue sans être contredit être venu en France pour s'intégrer plus facilement grâce à sa maitrise de la langue française. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant travaille en contrat à durée indéterminée depuis le 5 avril 2017 dans un hôtel restaurant en qualité d'agent polyvalent. Il ressort encore des pièces du dossier que le père du requérant a été tué en Centrafrique dans le cadre des troubles survenus en 2013 et que ses quatre frères vivent en situation régulière en France et que deux d'entre eux bénéficient du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait conservé des attaches familiales dans son pays d'origine et le requérant a précisé à l'audience ne plus disposer d'aucune attache familiale dans son pays d'origine, ses quatre enfants résidant tous au Congo. Enfin, le requérant qui allègue sans être contredit vivre en concubinage avec une ressortissante française depuis trois ans, œuvre bénévolement dans une association caritative. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard aux conditions dans lesquelles le requérant est arrivé en France et à ses efforts d'intégration professionnelle et personnelle, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte également atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale tel que protégé par le stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

7. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision par lequel le préfet de Loir et Cher lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et, enfin, de la décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Loir et Cher de délivrer au requérant dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du jugement à intervenir de la formation collégiale du tribunal appelée à statuer sur la légalité de la décision portant refus de séjour.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de M. C dirigées contre le refus de titre de séjour en date du 7 octobre 2022, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent et les conclusions relatives aux frais de justice, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 3 : Les décisions du 7 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux années et portant assignation à résidence et obligations de pointage prises à l'encontre de M. C sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de Loir et Cher de délivrer au requérant dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du jugement à intervenir de la formation collégiale du tribunal appelée à statuer sur la légalité de la décision portant refus de séjour du 7 octobre 2022.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de

Loir et Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Sébastien VIEVILLE

Le greffier,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne au préfet de Loir et Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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