Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203549
mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203549 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 octobre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 10 novembre 2022, Mme C A et autres, demandent au tribunal d'annuler les ventes de terrains appartenant à la commune de Nogent-sur-Eure.
Ils soutiennent que :
- les comptes-rendus des réunions des conseils municipaux des 5 avril, 20 mai et 8 juillet 2022 ne font pas état de la vente de terrains communaux et qu'a été réalisé un jeu d'écriture comptable ;
- la convocation de la réunion du conseil municipal du 8 juillet 2022 indique " signature de terrains " et que la vente a été confirmée par le compte-rendu du 8 juillet 2022 ;
- les élus n'ont pas apporté d'éléments de réponse satisfaisants ;
- aucun vote n'a autorisé la cession de terrain au cours de la délibération du 5 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la vente de terrains communaux :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative: " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative () ".
2. Le contrat par lequel une personne publique cède des biens immobiliers faisant partie de son domaine privé est en principe un contrat de droit privé, sauf si ce contrat a pour objet l'exécution d'un service public ou s'il comporte des clauses qui, notamment par les prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l'exécution du contrat, impliquent, dans l'intérêt général, qu'il relève du régime exorbitant des contrats administratifs. Par suite, les conclusions présentées par Mme A et autres en sa qualité d'habitante tendant à ce que le tribunal annule les ventes de terrains communaux, à propos desquels aucune précision n'est apportée, ne peuvent qu'être rejetées comme portées devant une juridiction manifestement incompétente pour en connaître.
Sur les conclusions requalifiées comme tendant à l'annulation des délibérations qui auraient autorisé la cession de terrains communaux :
3. Mme A et autres qui soutiennent que les cessions contestées auraient été actées par délibération du conseil municipal de la commune de Nogent-sur-Eure (28120) adoptées les 5 avril 2022, 20 mai 2022 et 8 juillet 2022 peuvent être regardés comme demandant au tribunal de les annuler en tant qu'elles auraient autorisé la cession de terrains communaux.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a saisi le préfet d'Eure-et-Loir par courriers des 1er et 29 juillet 2022. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. ". Aux termes de l'article L. 2131-8 du même code : " Sans préjudice du recours direct dont elle dispose, si une personne physique ou morale est lésée par un acte mentionné aux articles L. 2131-2 et L. 2131-3, elle peut, dans le délai de deux mois à compter de la date à laquelle l'acte est devenu exécutoire, demander au représentant de l'Etat dans le département de mettre en œuvre la procédure prévue à l'article L. 2131-6 ". Aux termes de l'article L. 2131-9 du même code : " Si un citoyen croit être personnellement lésé par un acte d'une autorité communale, il peut en demander l'annulation au tribunal administratif. ". D'une part, la saisine du préfet, sur le fondement des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales, par une personne qui s'estime lésée par l'acte d'une collectivité territoriale, n'ayant pas pour effet de priver cette personne de la faculté d'exercer un recours direct contre cet acte, le refus du préfet de déférer celui-ci au tribunal administratif ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. D'autre part, la demande ainsi présentée au préfet, si elle a été formée dans le délai du recours contentieux ouvert contre l'acte de la collectivité locale, a pour effet de proroger ce délai jusqu'à l'intervention de la décision explicite ou implicite par laquelle le préfet se prononce sur ladite demande. Il ressort des pièces produites par Mme A que le préfet lui a opposé par courrier en date du 10 août 2022 une décision refusant de déférer ces délibérations au tribunal administratif que Mme A saisira le 5 octobre 2022.
5. Aux termes de l'article R. 411-1 du même code : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge (). Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative: " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. ".
6. En premier lieu, il ressort des comptes-rendus des débats de la délibération adoptée le 5 avril 2022 que celle-ci mentionne au cours des échanges relatifs à l'adoption du budget primitif 2022 l'existence de terrains à vendre au cours de laquelle un élu a demandé " si d'autres opérations similaires devant intervenir, elle demande si ce sera débattu, M. B répond favorablement ". La délibération querellée ne comportant sur ce point aucun caractère décisoire, les conclusions tendant à son annulation sont par suite manifestement irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
7. A également été votée au cours de cette réunion la délégation destinée à la signature d'actes notariés pour finaliser le projet " La Clé des Champs " qui a été adoptée à 5 voix pour, une voix contre et 4 abstentions. En se bornant à soutenir que ce projet aurait été réalisé depuis 2015 avec la société " Pierres et Territoires ", Mme A n'assortit toutefois pas ce moyen de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
8. En deuxième lieu, la délibération adoptée le 20 mai 2022 fait état au cours des questions diverses qu'un élu indique " n'avoir ni les références des terrains à vendre, ni les numéros de parcelles et que les montants prévisionnels du budget fluctuent ". Toutefois, aucune cession d'un immeuble communal n'a été débattue, votée et actée au cours de cette délibération.
9. En troisième et dernier lieu, le conseil municipal lors de la réunion qui s'est tenue le 7 juillet 2022 a adopté le principe d'exercice du droit de préemption urbain pour un terrain situé en face du cimetière, ainsi que le précise la convocation en date du 1er juillet 2022 adressée aux membres. Si cette convocation énonce également dans son titre " Questions diverses " également la " Signature des terrains ", aucune décision en ce sens n'a cependant été adoptée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A.
Copie en sera adressée pour information à la commune de Nogent-sur-Eure.
Fait à Orléans, le 17 décembre 2024.
Le président de la 5e chambre,
Samuel DELIANCOURT
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.