mercredi 28 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203720 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | FROUJY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 octobre et
14 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Asmaa Froujy, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 du préfet de Loir-et-Cher l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination de sa reconduite ;
2) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé, est entaché d'erreurs de fait, d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de Loir-et-Cher qui n'a pas produit de mémoire.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
21 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 17 juin 1994 en Iran, a déclaré être entré en France le 9 juillet 2019 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. A la suite de l'échec de la procédure Dublin, sa demande a été rejetée par une décision du 19 mai 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 8 juillet 2022 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 5 octobre 2022, le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
3. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 5 octobre 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale et personnelle, à raison desquels le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de Loir-et-Cher n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle du requérant.
5. En troisième lieu, le requérant soutient que le préfet de Loir-et-Cher a commis une erreur de fait en indiquant dans l'arrêté attaqué qu'il n'était pas " dépourvu de tous liens dans son pays d'origine dans lequel il a résidé jusqu'à l'âge de 25 ans " alors que, d'une part, s'il a la nationalité afghane, il est né en Iran et y a vécu jusqu'à sa fuite en 2015 et que, d'autre part, il avait vingt-et-un ans à cette date et non vingt-cinq ans. Il soutient également que le préfet allègue que sa véritable année de naissance serait l'année 1999 ce qui l'aurait fait quitter l'Iran à l'âge de seize ans pour se réfugier en Europe. Toutefois, à supposer établies les erreurs de fait alléguées, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision, s'il ne s'était fondé que sur les autres motifs de sa décision tirés de la fin pour l'intéressé de se maintenir sur le territoire français à la suite du rejet de sa demande d'asile et du défaut d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu de sa situation familiale. Par suite, les erreurs de fait alléguées ne sont pas de nature à entraîner l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.
6. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Si le requérant se prévaut de ces stipulations, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré récemment en France et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré le rejet de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. Par ailleurs, il n'établit pas avoir des attaches familiales en France et être dépourvu de tout lien en Afghanistan ou en Iran. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions de séjour en France de l'intéressé et même s'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 24 octobre 2022 en qualité de carreleur au sein de l'entreprise, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
8. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi mentionne la nationalité de
M. A, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et qu'ainsi, la décision ne contrevient pas aux dispositions de l'article 3 précité. Dans ces conditions, elle est suffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Droit à la vie / 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. / 2. La mort n'est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d'un recours à la force rendu absolument nécessaire: / a. pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale; / b. pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l'évasion d'une personne régulièrement détenue; / c. pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. En se prévalant de ces dispositions et stipulations, le requérant soutient qu'il est menacé de mort en Afghanistan. Toutefois, sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. En outre, il ne peut utilement se prévaloir des articles d'Amnesty International du 31 août intitulé " Des Afghan.e.s fuyant leur pays ont fait l'objet de renvois illégaux après avoir essuyé des tirs aux frontières " et de l'Express du 11 novembre 2021 intitulé " L'Iran continue d'expulser des afghans " qui concerne le comportement aux autorités iraniennes et turques à l'égard des réfugiés afghans installés sur leur territoire dès lors que l'arrêté attaqué précise que l'intéressé sera reconduit vers le pays dont il a la nationalité, c'est-à-dire l'Afghanistan, soit vers le pays dans lequel il sera légalement admissible et qu'il n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il serait admissible en Iran. Par ailleurs, s'il produit la traduction en français d'une lettre de menace du 12 novembre 2021 émise par le commandement de district de Takhta Pul de la police de Kandahar de l'émirat islamique d'Afghanistan selon laquelle il serait responsable de l'assassinat de son cousin et qui le convoque devant l'émirat islamique d'Afghanistan au bout d'une semaine et qu'en cas de non-respect de la lettre, il sera exécuté sévèrement par l'émirat, il ne produit pas l'original, ni même une copie de l'original, de cette lettre et ne justifie pas des conditions dans lesquelles cette lettre lui est parvenue alors qu'à la date de celle-ci il séjournait déjà en France. Ainsi, ce document ne peut être regardé comme probant. Enfin, s'il produit la copie de son entretien devant l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 mars 2021, ce document est insuffisant, eu égard qu'il se borne à transcrire ses propres déclarations, pour établir la réalité de ses craintes en cas de retour en Afghanistan, pays dans lequel il reconnaît d'ailleurs n'avoir jamais vécu. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Enfin, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander, par la voie de l'exception, l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
Sur la décision portant obligation de présentation aux services de police :
12. Le préfet de Loir-et-Cher a prescrit au requérant de se présenter chaque mardi et jeudi à 8 heures 30 auprès du commissariat de Blois afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'éloignement pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ.
13. En premier lieu, pour demander l'annulation de cette décision, le requérant excipe de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit
ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à demander, par la voie de l'exception d'illégalité de cette obligation de quitter le territoire, l'annulation de la décision du préfet de Loir-et-Cher l'obligeant à se présenter chaque mardi et jeudi auprès des services de police de Blois.
14. En second lieu, le requérant soutient que l'obligation de pointage engendre des conséquences disproportionnées sur sa vie personnelle car il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 24 octobre 2022 au sein de l'entreprise Ricardo Carrelage. Toutefois, l'obligation de présentation aux services de police est limitée à deux jours par semaine et à 8 heures 30, ce qui n'a pas pour effet d'empêcher le requérant a exercé son métier de carreleur. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas pris une décision portant obligation de présentation aux services de police disproportionnée.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de
Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel B
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026