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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203748

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203748

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFROUJY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2022 et le 6 février 2023, Mme D A, représentée par Me Froujy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet du Loir et Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a astreint à se présenter deux fois par semaine aux services du commissariat de police et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour mention " membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- le refus de titre de séjour méconnait les dispositions des articles L. 233-2 et L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile dès lors que les conditions tenant aux ressources et à l'emploi ne sont pas cumulatives et que ces conditions s'imposent aux citoyens européens et non à leur ascendant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que sa fille, citoyenne de l'Union européenne, exerçait bien une activité professionnelle au sens du 1°) de l'article L. 233-2 ;

- elle est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle est entrée sur le territoire français en septembre 2018 avec sa fille et ses petits-enfants de nationalité italienne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

- ces décisions sont illégales du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de pointage :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle présente un caractère disproportionné en raison de son état de santé qui nécessite un suivi médical.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante guinéenne née le 29 mars 1960, déclare être entrée en France le 10 septembre 2018 avec sa fille de nationalité italienne. Le 28 avril 2022, elle a demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'ascendante d'un citoyen de l'Union européenne. Par un arrêté du 13 juillet 2022, le préfet du Loir et Cher a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a astreint à se présenter deux fois par semaine aux services du commissariat de police et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois.

() ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Ces dispositions transposent le I de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leur famille de circuler et de séjourner librement sur le territoire de l'Union européenne qui dispose que " Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre Etat membre pour une durée de plus de trois mois : / a) s'il est un travailleur salarié ou non salarié dans l'Etat membre d'accueil () ".

3. D'une part, il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'ascendant d'un ressortissant de l'Union européenne résidant en France peut bénéficier d'un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen européen, à condition que ce dernier exerce une activité professionnelle ou dispose, pour lui et les membres de sa famille, de ressources suffisantes, ces deux conditions relatives à l'activité professionnelle et aux ressources étant alternatives et non cumulatives.

4. D'autre part, la notion d'activité professionnelle au sens du droit français doit être interprétée à la lumière des objectifs précités de la directive. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la notion de travailleur, au sens des dispositions précitées du droit de l'Union européenne, doit être interprétée comme s'étendant à toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires. La relation de travail est caractérisée par la circonstance qu'une personne accomplit pendant un certain temps, en faveur d'une autre et sous la direction de celle-ci, des prestations en contrepartie desquelles elle touche une rémunération. Ni la nature juridique particulière de la relation d'emploi au regard du droit national, ni la productivité plus ou moins élevée de l'intéressé, ni l'origine des ressources pour la rémunération, ni encore le niveau limité de cette dernière ne peuvent avoir de conséquences quelconques sur la qualité de travailleur.

5. Pour refuser le titre de séjour demandé, le préfet de Loir-et-Cher s'est fondé sur la circonstance que Mme B A, descendante de nationalité italienne de la requérante, n'exerçait pas une activité professionnelle stable et qu'elle ne bénéficiait pas de ressources suffisantes.

6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B A a exercé entre le mois de décembre 2021 et le mois de juillet 2022 des fonctions de secrétaire au sein de l'association " A Lire " en contrat à durée déterminée pour une durée hebdomadaire de vingt heures ainsi que des fonctions de formateur en informatique au sein de l'association " Eureka Formation " en contrat à durée déterminée pour une durée totale de 79,75 heures sur une période de cinq mois de mars à juillet 2022. Eu égard à cette quotité de travail s'élevant à une trentaine d'heures par semaine en moyenne toutes activités confondues, Mme B A exerçait bien, à la date de l'arrêté attaqué, une activité professionnelle réelle et effective qui ne saurait être regardée comme revêtant un caractère purement marginal et accessoire, la circonstance que les revenus issus de cette activité ne constituent pas, à eux seuls, des moyens d'existence suffisants étant à cet égard sans incidence. Ces éléments sont au demeurant confortés par la circonstance que le 19 juillet 2022, le contrat de l'intéressée avec l'association " A lire " a été prolongé par avenant jusqu'au 6 juin 2023 et qu'à compter du 1er décembre 2022, elle a conclu un troisième contrat, à durée indéterminée, avec l'association Aidaphi pour un emploi de secrétaire à raison de douze heures par semaine. Par suite, en rejetant la demande de Mme A au motif que sa fille ne satisfaisait pas à la condition prévue au 1°) de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a fait une inexacte application de ces dispositions.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, la décision de refus de délivrance du titre de séjour doit être annulée. Doivent également être annulées les décisions faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français, de se présenter aux services du commissariat de police deux fois par semaine et fixant le pays de destination qui, trouvant leur fondement dans la décision de refus de titre de séjour en litige, sont dépourvues de base légale.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Il résulte de l'instruction que, d'une part, Mme B A est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée avec l'association Aidaphi depuis le 1er décembre 2022 pour une quotité horaire de douze heures hebdomadaire et d'autre part, que son contrat de travail à durée déterminée avec l'association " A Lire " a été prolongé à compter du 19 juillet 2022 jusqu'au 6 juin 2023. Il s'ensuit qu'à la date de mise à disposition du présent jugement, Mme B A satisfait à la condition fixée au 1°) de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de délivrer à Mme D A, ascendante d'une ressortissante de l'Union européenne, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il résulte des dispositions de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991, codifiées à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et des articles 37 et 43 de la même loi, que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de mettre à la charge, à son profit, de la partie perdante que le paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. Mais l'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

10. D'une part, Mme A n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, l'avocate de Mme A n'a pas demandé que lui soit versée par l'Etat la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 13 juillet 2022 du préfet de Loir-et-Cher est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de délivrer à Mme A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au préfet de Loir-et-Cher et à Me Froujy.

Copie en sera adressée pour information au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Blois.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

Patricia C

La première assesseure,

Pauline BERNARD

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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