vendredi 2 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET DUPLANTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, M. E D, représenté par Me Duplantier, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 juillet 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour dans l'attente, sous astreinte de cent euros par jour de retard à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision portant refus de titre de séjour est illégale en raison de la méconnaissance par l'autorité préfectorale de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il établit, après avoir levé le secret médical, qu'il ne peut bénéficier effectivement de soins appropriés à son état de santé dans son pays d'origine : la préfète du Loiret a donc entaché sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;
- la préfète du Loiret n'a pas procédé à un examen personnel et attentif de sa situation personnelle, ce qui entache sa décision de refus de titre de séjour d'un vice de procédure ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
Par un mémoire enregistré le 21 mai 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Le 30 mai 2023, la préfète du Loiret a informé le tribunal que, par un arrêté notifié le 25 avril 2023, elle a assigné M. D à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Duplantier, avocate, représentant le requérant, qui reprend les termes de ses écritures et fait valoir en outre que la jurisprudence des juridictions administratives a reconnu le caractère non disponible du traitement suivi par le requérant, et que, alors que tous les traitements ne sont pas nécessairement efficaces ou bien supportés, le Biktarvy a permis de stabiliser l'état de santé de M. D, et qu'il a aussi permis de l'améliorer, ainsi que le démontrent les résultats des analyses sanguines avant et après la mise en place de ce traitement, en particulier les analyses du 16 juin 2021, qui montrent une amélioration de la quantité de cellules CD4 ;
- et les observations de M. D, requérant, assisté de Mme B, interprète en langue géorgienne, qui indique que son traitement lui a été prescrit par son médecin afin de correspondre à son état de santé et qu'il va mieux depuis que son traitement comprend du Biktarvy.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, ressortissant géorgien né le 26 août 1973, est entré en France le 21 juin 2019 sous couvert d'un visa de court séjour en cours de validité. A la suite d'une demande de titre de séjour en raison de son état de santé, il s'est vu délivrer un récépissé valable du 3 février 2022 au 2 août 2022. Par l'arrêté du 19 juillet 2022 attaqué, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
2. Par un arrêté intervenu en cours d'instance, notifié à M. D le 25 avril 2023, et communiqué au greffe de ce tribunal le 30 mai 2023, la préfète du Loiret a, sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcé l'assignation à résidence du requérant pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Loiret. Il appartient dès lors à la magistrate désignée par le président du tribunal administratif, en application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachent, sur les conclusions accessoires à fin d'injonction. La formation compétente du tribunal - qui statuera sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 - reste saisie des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et, en tant qu'elles s'y rattachent, des conclusions accessoires à fin d'injonction.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. A l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, M. D excipe de l'illégalité de la décision par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".
5. Pour refuser un titre de séjour à M. D, qui est atteint d'une infection du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et de l'hépatite (virale) chronique B, ainsi que d'une hépatite virale chronique C selon les mentions d'un compte-rendu de consultation en date du 17 août 2021 qui n'est pas contesté, la préfète du Loiret s'est notamment fondée sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration du 5 mai 2022 qui indiquait que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. Cependant, il ressort des pièces du dossier, notamment de ce compte-rendu de consultation et du précédent, en date du 28 janvier 2020, établis par le Dr A, praticien hospitalier au sein du service des maladies infectieuses et tropicales / centre de prise en charge de l'infection VIH du centre hospitalier régional d'Orléans, que le traitement médicamenteux prescrit à M. D entre le 26 septembre 2019 et le 30 juin 2020, le Genvoya, qui permettait un bon contrôle immunovirologique, a été arrêté " pour allègement " au profit, depuis le 30 juin 2020, du Biktarvy, dont les substances actives sont l'emtricitabine, le ténofovir alafénamide et le bictégravir. M. D produit à l'appui de ses écritures une attestation de l'agence nationale de réglementation des activités médicales de Géorgie, en date du 19 août 2022, postérieure à l'arrêté attaqué mais dont il n'est pas contesté qu'elle fait état d'une situation existant à la date de cet arrêté, qui mentionne que " actuellement le produit pharmaceutique Biktarvy n'est pas enregistré sur le marché pharmaceutique de Géorgie ". Si la préfète du Loiret fait valoir, dans ses écritures en défense, que ni les certificats médicaux produits, ni la lettre de l'agence nationale de réglementation des activités médicales ne suffisent à établir que le traitement en cause ne pourrait pas être adapté en Géorgie ni que les molécules qui composent le Biktarvy ou des génériques équivalents n'y seraient pas disponibles, et qu'il n'est par ailleurs pas sérieusement contestable que la prise en charge et le traitement des malades du VIH sont universels et gratuits en Géorgie, la seule production de la rubrique consacrée au Biktarvy dans le dictionnaire Vidal ne permet pas d'établir que des principes actifs équivalents à ceux composant le Biktarvy ou un traitement équivalent à celui-ci seraient disponibles en Géorgie. Au surplus, d'une part, le compte-rendu de consultation établi le 17 août 2021 mentionne qu'il y a un " bon contrôle immunovirologique sous traitement ", mais également qu'il n'y a pas de réplication des virus des hépatites B et C et que dans la rubrique " dernier bilan immuno-virologique " de chacun des compte-rendus sont mentionnés les résultats d'analyses, dont il ressort que la quantité de cellules CD4 est passée de 398/mm³ avant traitement par Biktarvy à 845/mm³ après un an de mise en œuvre de ce traitement, sans qu'il soit même allégué que cette évolution, dont il a été précisé à l'audience qu'elle reflétait une évolution positive de l'état de santé du requérant, pourrait être maintenue sans ce médicament. Dans ces conditions, M. D doit être regardé comme ne pouvant avoir effectivement accès dans son pays d'origine au traitement médicamenteux que nécessite son état de santé.
6. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé, la préfète du Loiret a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'ainsi, elle ne pouvait légalement lui faire obligation de quitter le territoire français.
7. Dans ces conditions, le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2022 en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur les conséquences de l'annulation :
Ainsi qu'il a été dit précédemment, il n'appartient pas au magistrat désigné de se prononcer sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. En revanche, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, lorsqu'une obligation de quitter le territoire est annulée, l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas et il est mis fin aux mesures de surveillance prévues notamment à l'article L. 731-1 du même code. Ainsi, le présent jugement implique que la préfète du Loiret délivre une autorisation provisoire de séjour à M. D jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau statué sur sa situation. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de prendre ces mesures d'exécution sans délai s'agissant de la remise de l'autorisation provisoire de séjour et dans le délai d'un mois en ce qui concerne le réexamen de la situation de l'intéressé, à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : L'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 19 juillet 2022 de la préfète du Loiret sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de mettre fin, dès la notification du présent jugement, à l'assignation à résidence de M. D, de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.
La magistrate désignée,
Véronique C
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026