Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203914
mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203914 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 3 novembre 2022 et 13 décembre 2023, M. C, représenté par Me Vaz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire l'a suspendu pour une durée de six mois d'exercer quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions des articles L. 227-4 et L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles, ainsi que la décision implicite née le 4 septembre 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles dès lors que, la condition d'urgence n'étant pas remplie, la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport aurait dû être consultée préalablement,
- il méconnaît le principe du contradictoire,
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de qualification d'erreur matériel des faits reprochés,
- la mesure de suspension est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 3 juillet 2023 en application des articles R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative par ordonnance du 2 juin 2023.
Par une ordonnance du 11 septembre 2023 l'instruction a été rouverte en application de l'article R. 613-4 du code de justice administrative.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Lombard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C a été recruté par un contrat à durée déterminée pour exercer des fonctions d'animateur, notamment auprès d'enfants âgés de trois à cinq ans, au centre de loisirs " Au fil du Jeu " à Joué-les-Tours. Par un arrêté du 17 juin 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a prononcé à son encontre une mesure de suspension de l'exercice de quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions des articles L. 227-4 et L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles et ce, pour une durée de six mois. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation
En ce qui concerne la légalité externe :
2. M. C soutient que la procédure serait irrégulière au motif qu'il a été suspendu sans consultation de la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport.
3. Aux termes de l'article L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles, " A avis de la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport, le représentant de l'Etat dans le département peut prononcer à l'encontre de toute personne dont la participation à un accueil de mineurs mentionné à l'article L. 227-4 ou à l'organisation d'un tel accueil présenterait des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs mentionnés à l'article L. 227-4, (), l'interdiction temporaire ou permanente d'exercer une fonction particulière ou quelque fonction que ce soit auprès de ces mineurs, ou d'exploiter des locaux les accueillant ou de participer à l'organisation des accueils. / En cas d'urgence, le représentant de l'Etat dans le département peut, sans consultation de ladite commission, prendre une mesure de suspension d'exercice à l'égard des personnes mentionnées à l'alinéa précédent. Cette mesure est limitée à six mois. Dans le cas où l'intéressé fait l'objet de poursuites pénales, la mesure de suspension s'applique jusqu'à l'intervention d'une décision définitive rendue par la juridiction compétente ".
4. Il résulte de ces dispositions que la décision conservatoire consistant à suspendre la participation à l'accueil collectif à caractère éducatif hors du domicile parental de mineurs à l'occasion des vacances scolaires, des congés professionnels ou des loisirs, peut, en cas d'urgence, être prise par le préfet, sans consultation de la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport, à l'encontre de toute personne, physique ou morale, qui exerce une responsabilité dans l'accueil des mineurs.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a été alertée le 15 juin 2022 par la responsable du service animation de la commune de Joué-lès-Tours du comportement de M. C. Il ressort en effet du mail daté du 15 juin 2022 envoyé aux services départementaux à la jeunesse, à l'engagement et aux sports (SDJES) d'Indre-et-Loire que M. C " n'arrive pas à gérer un groupe, M. C s'énerve, est complètement en panique, va dans tous les sens, semble perdu, ne sait pas quoi faire et s'agace ", crée des " situation de mises en danger des mineurs qu'il provoque par défaut de surveillance active " et décrit comme " quelqu'un qui n'est pas rassurant, qui est même inquiétant sur le question de sécurité des enfants de par son manque de vigilance et son incapacité à avoir des réactions adaptées ". L'enquête diligentée immédiatement après ce signalement a révélé que, le 7 juin 2022, une collègue du requérant a adressé à la cellule de recueil des informations préoccupantes une déclaration d'éléments d'inquiétudes, de danger ou de risque de danger concernant un enfant, les informant que, M. C, animateur, " forçait les enfants à lui faire des câlins et [] a collé un enfant de force contre lui et contre son sexe alors que l'enfant se débattait " et qu'elle l'a " surpris dans une salle entrouverte avec Ayoub, 4 ans : l'enfant avait son pantalon et sa culote baissés, Gautier était assis sur une chaise pour enfant et Ayoub se trouvait en face de lui, le sexe d'Ayoub était à la hauteur du visage de D " et que, lorsqu'elle a discuté de cette situation avec le requérant, l'enfant " en a profité pour se rhabiller et est venu se blottir dernière ses jambes ". Elle énonce également que M. C aurait tenu des propos déplacés concernant une enfant de quatre ans qui se serait masturbée en lui posant des questions sur les gestes employés et le plaisir ressenti par l'enfant. Enfin, il ressort d'un compte-rendu d'entretien du 9 juin 2022 écrit par la responsable service Petite Enfance à la suite du signalements de deux collègues que le requérant " ceinture les enfants [] qu'il peut prendre un enfant dans ses bras sans que celui-ci lui demande " et qu' " il insiste pour accompagner les enfants aux toilettes, son regard [est insistant] ". Si le requérant soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie au motif que les faits reprochés datent de mars et avril 2022 pour une décision de suspension prise le 17 juin 2022, il ressort néanmoins des pièces du dossier que la préfecture a été informée de cette situation le 7 juin, a immédiatement diligenté une enquête administrative et a pris sa décision le 17 juin. Dans ces conditions, et alors que M. C était encore en poste lors de ces signalements, la préfète a pu, sans se méprendre sur l'appréciation des faits qui étaient portés à sa connaissance, estimer que, eu égard aux risques pour la sécurité et la santé physique et morale des enfants accueillis, elle se trouvait face à une situation d'urgence justifiant que la participation à l'accueil des mineurs de M. C soit suspendue immédiatement et sans consultation de la commission départementale et procédure contradictoire.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. La mesure de suspension prévues par les dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles est une mesure conservatoire, subordonnée à la vérification que les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité.
7. Pour estimer que le maintien en activité de M. C présentait des risques pour la santé et la sécurité physique et morale des mineurs et prendre à son encontre la décision de suspension d'exercice litigieuse, la préfète d'Indre-et-Loire s'est fondée sur les motifs, mentionnés au point 5, issus de l'enquête administrative menée par les services de l'Etat et des témoignages concordants et circonstanciés émanant de plusieurs de ses collègues. Si M. C entend remettre en cause la crédibilité de ces témoignages, ces derniers revêtent un caractère suffisamment précis et convergent. Compte tenu des termes de ces signalements, et quand bien même aucun parent n'aurait porté plainte, la préfète d'Indre-et-Loire n'a commis aucune erreur d'appréciation en estimant que les faits signalés présentaient un caractère de vraisemblance et de gravité justifiant que M. C soit suspendu de l'exercice de fonctions auprès des mineurs pendant une durée de six mois, ni pris une mesure disproportionnée. Le requérant ne saurait utilement se prévaloir que, postérieurement, aucune procédure pénale le visant n'a été engagée.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. C demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Samuel Deliancourt, président,
M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,
Mme Aurore Bardet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
Aurore B
Le président,
Samuel DELIANCOURT
La greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les hommes et les femmes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.