Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204024
mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204024 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ACTE AVOCATS ASSOCIES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires, un mémoire en réplique et de nouvelles pièces complémentaires enregistrés respectivement les 10 et 21 novembre 2022, 21 et 23 juin 2023 et 28 septembre 2023, Mme A C B, représentée par Me Kutta Engome, demande au tribunal :
1°) d'annuler ou au moins d'abroger l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
La requérante soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations du sous-paragraphe 321 de l'accord franco-sénégalais ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la substitution de motifs sollicitée n'est pas de nature à fonder légalement la décision contestée ;
- elle est devenue illégale à la suite d'un changement dans les circonstances de fait intervenues postérieurement à son édiction ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;
Mme A C B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2022.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés et sollicite une substitution de motifs afin que le motif mentionné dans l'arrêté attaqué soit remplacé par un autre motif susceptible de justifier légalement la décision attaquée.
Par ordonnance du 23 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier :
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-sénégalais relatif du 23 septembre 2006 modifié relatif à la gestion concertée des flux migratoires ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de M. Lombard, rapporteur ;
- et les observations de Me Kutta Engome.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions en annulation :
1. Mme A C B, de nationalité sénégalaise, née le 1er novembre 1992 à Rufisque au Sénégal, est entrée en France le 15 septembre 2017 au moyen d'un visa D " étudiant " de long séjour valable du 30 août 2017 au 30 aout 2018. Mme B a obtenu ensuite la délivrance d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " étudiant " valable du 8 novembre 2018 au 7 novembre 2020, prolongé par un titre de séjour temporaire portant la même mention, valable jusqu'au 31 août 2021. Le 16 novembre 2021, elle a sollicité l'obtention d'un titre de séjour portant la mention " salarié " en application des dispositions des articles L. 421-1 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B a obtenu alors la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable du 1er septembre 2021 au 31 août 2022, dont elle a sollicité le renouvellement le 18 août 2022. Par un arrêté du 25 octobre 2022, la préfète du Loiret lui a refusé ce renouvellement, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fins d'annulation de l'arrêté attaqué :
2. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".
3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du dépôt par Mme B de sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " le 18 août 2022, un récépissé lui a été délivré par la préfecture du Loiret le 27 septembre 2022, récépissé valable jusqu'au 16 octobre 2022, en vue de l'instruction de la demande de titre de séjour. À la suite du dépôt de sa demande de titre de séjour et de la délivrance du récépissé correspondant, la requérante a régulièrement informé la préfecture du Loiret de sa situation et, en particulier, de son recrutement en cours par l'académie d'Amiens. Quant à elle, l'académie d'Amiens a informé, le 30 septembre 2022, la préfecture du Loiret du recrutement de la requérante à compter du 5 octobre 2022, puis a déposé, le 14 octobre 2022, une demande d'autorisation de travail pour un contrat à durée déterminée de 8 mois valable du 5 octobre 2022 au 31 mai 2023, pour l'emploi de professeur contractuel de l'éducation nationale, en adéquation avec la qualification, l'expérience et les diplômes obtenus par la requérante. Or, pour fonder l'arrêté attaqué, la préfète du Loiret indique que " () si Madame B A C fournit une attestation du rectorat de l'académie d'Orléans-Tours du 27 septembre 2022 concernant un contrat à durée déterminée à compter du 28 mai 2021, celle-ci précise que l'intéressée est sans contrat depuis le 31 août 2022 ". Ainsi, la décision attaquée repose sur des faits matériellement inexacts. Si, en défense, la préfète du Loiret demande une substitution de motifs en faisant valoir que le métier d'enseignant ne figure pas sur la liste de métiers pour lesquels la situation de l'emploi en France ne peut être opposée aux ressortissants sénégalais demandeurs d'un titre de séjour comme travailleurs salariés, et si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que la préfète du Loiret aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif, alors qu'à l'instar des autres académies, l'académie d'Amiens connaissait, à la date de l'arrêté attaqué, une pénurie de professeurs, en particulier à la rentrée scolaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision refusant l'admission au séjour de la requérante est entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être accueilli, et l'arrêté attaqué du 25 octobre 2022 annulé en totalité.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement qui annule l'arrêté du
25 octobre 2022 de la préfète du Loiret implique nécessairement que la préfète du Loiret délivre à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il y a lieu, dès lors, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de prescrire à la préfète du Loiret de munir immédiatement Mme B d'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement à Mme B de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 25 octobre 2022 de la préfète du Loiret est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'État le versement à Me Kutta Engome, avocate de la requérante, de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B, à Me Kutta Engome et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guével, président,
M. Lombard, premier conseiller, rapporteur,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
Le rapporteur,
A. LOMBARDLe président,
B. GUÉVELLe greffier,
B. VESIN
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2204024