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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204033

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204033

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSELARL DEREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 460260 du 9 novembre 2022, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi en cassation présenté par M. D C, a annulé le jugement n° s 2100212, 2100360 du 10 novembre 2021 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté les conclusions tendant, d'une part, à l'annulation de la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Loiret a, sur recours administratif préalable, confirmé la décision du 22 octobre 2020 mettant à la charge de M. C un indu de revenu de solidarité active de 6 423,99 euros constitué au titre de la période du 1er octobre 2017 au 31 août 2020, à ce que soit prononcée la décharge de cette somme, d'autre part, à l'annulation du titre exécutoire émis le 12 janvier 2021 par le département du Loiret pour le recouvrement de cet indu, et a renvoyé l'affaire devant cette juridiction, affaire portant désormais le n° 2204033.

I/ Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2021 sous le n° 2100212, M. D C, représenté par Me Desfarges, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Loiret a, sur recours préalable, rejeté sa demande dirigée contre la décision du 22 octobre 2020 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active de 6 423,99 euros constitué au titre de la période du 1er octobre 2017 au 31 août 2020 ;

2°) de prononcer la décharge de cette somme ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental du Loiret la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est prise sur le fondement d'un traitement algorithmique au sens de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration et il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 311-3-1 et R 311-3-1-2 du même code ;

- sa réclamation n'a pas été soumise à la commission de recours amiable de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, qui constitue une formalité obligatoire ; il a ainsi été privé de la garantie de la collégialité et de la saisine de la commission de recours amiable, ce qui a pu avoir un effet sur le sens de la décision ;

- la décision est signée par une personne dont il n'est pas justifié de la compétence ;

- les droits de la défense garantis par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnus, dès lors que la décision n'est pas motivée et ne lui a donc pas permis de comprendre les raisons de la demande de remboursement, et alors qu'il n'a pas reçu communication des conclusions du contrôleur et que l'agent assermenté avait préparé ses conclusions avant son audition ;

- il lui est reproché de ne pas avoir déclaré l'intégralité de ses ressources, à savoir celles issues de la vente d'un bien immobilier et de l'argent placé ; mais il s'agit de ressources provenant de la vente de leur résidence principale et non d'une quelconque vente d'un bien immobilier ; par suite, elles doivent être exclues en application de l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles ; cette vente avait pour finalité le remboursement de dettes fiscales et l'achat d'une nouvelle résidence principale ; le bien a été vendu en dessous de sa valeur réelle et son épouse et lui ont été contraints de louer un bien dans l'attente de l'achat d'une nouvelle résidence principale ; les intérêts des capitaux mobiliers des comptes bancaires dont ceux de l'assurance vie souscrite, calculés sur la période litigieuse, sont d'une trentaine d'euros mensuels ;

- la volonté de frauder n'est pas établie ; son épouse et lui ont informé la caisse d'allocations familles de leur situation personnelle et cet organisme a commis une erreur en continuant à verser les prestations ; ils n'ont pas été informés en méconnaissance des articles L. 583-1 et R. 112-2 du code de la sécurité sociale ; l'indu résulte d'une faute de la caisse d'allocations familiales au sens de l'article 1302-3 du code civil.

II/ Par une requête, enregistrée le 1er février 2021 sous le n° 2100360, M. D C, représenté par Me Desfarges, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 12 janvier 2021 par le département du Loiret pour le recouvrement de l'indu revenu de solidarité active de 6 423,99 euros constitué au titre de la période du 1er octobre 2017 au 31 août 2020 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cet indu ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental du Loiret la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre de recettes n'est pas signé, est insuffisamment motivé, n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire préalable ;

- la réalité de la dette n'est pas établie.

Par un mémoire enregistré le 1er juillet 2021, le département du Loiret conclut au rejet des requêtes.

Il soutient que :

- postérieurement à l'introduction de la requête enregistrée le 20 janvier 2021, le département a partiellement révisé le dossier de M. et Mme C, et une nouvelle décision est intervenue le 8 avril 2021, reçue le 10 avril 2021, laquelle s'est substituée à celle du 10 décembre 2021, mais n'a pu encore être appliquée faute de réponse de M. et Mme C à une demande de pièces de la caisse d'allocations familiales du 23 avril 2021.

- les moyens des requêtes ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 9 décembre 2022, le département du Loiret s'en rapporte aux écritures de son mémoire du 1er juillet 2021.

Il soutient notamment qu'une assurance vie doit être considérée comme un bien non productif de revenus et doit, par suite, faire l'objet de l'évaluation forfaitaire de 3 % mentionnée à l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire, enregistré le 15 mars 2023, le département du Loiret conclut au rejet des requêtes.

Il soutient que la décision du 8 avril 2021 a, au final, pu être mise en œuvre, à la suite de la réponse des requérants à la caisse d'allocations familiales. Il en est résulté une diminution de 109,46 euros du trop-perçu de revenu de solidarité active, ramenant le montant de cet indu à 6 314,53 euros et non plus 6 423,99 euros. Cette somme de 109,46 euros a été directement versée à la paierie départementale pour être portée en déduction du titre exécutoire.

Par des mémoires en réplique, enregistrés les 28 mars 2023 et 5 mai 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées le 17 mai 2023, M. C, représenté par Me Derec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Loiret a, sur recours préalable, rejeté sa demande dirigée contre la décision du 22 octobre 2020 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active de 6 423,99 euros constitué au titre de la période du 1er octobre 2017 au 31 août 2020, et la décision du 8 avril 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Loiret a réduit cette somme à 6 314,53 euros,

2°) d'annuler le titre exécutoire émis le 12 janvier 2021 pour le recouvrement de la somme de 6 423,99 euros ;

3°) de prononcer la décharge de ces sommes ;

4°) de mettre à la charge du conseil départemental du Loiret la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision, prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte pas les informations prévues par les dispositions de l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est intervenue sans avis préalable de la commission de recours amiable, en violation des dispositions des article L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;

- la personne signataire de la décision ne justifie pas d'une délégation de compétence régulièrement publiée ;

- la décision n'est pas motivée, et il n'a pas bénéficié d'une procédure contradictoire et, par suite, n'a pas bénéficié du respect des droits de la défense ;

- au fond, les ressources qu'il lui est reproché de ne pas avoir déclaré ne sont pas issues d'une quelconque vente d'un bien immobilier, mais de la vente de sa résidence principale. Au titre de l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles, ce bien devait être exclu de l'appréciation des ressources et le conseil départemental du Loiret a ainsi commis une erreur d'appréciation. Etant ajouté que le produit de la vente a servi, outre le remboursement de dettes fiscales, à acquérir une autre habitation principale deux ans après, et que, pendant cet intervalle, l'argent a principalement été placé sur des assurances vie à propos desquelles le Conseil d'Etat a jugé que les intérêts produits par ces produits devaient être retenus à leur valeur réelle et non selon l'évaluation forfaitaire prévue par les dispositions de l'article R. 132-1, même s'ils ne sont pas effectivement versés. Le conseil départemental du Loiret a ainsi commis une erreur de droit en retenant, s'agissant des assurances vie, qu'il s'agissait de capitaux non productifs de revenus devant se voir appliquer l'évaluation forfaitaire ;

- en tout état de cause, l'existence d'une quelconque volonté de frauder doit être exclue ;

- s'agissant du titre exécutoire du 12 janvier 2021, il doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision du 10 décembre 2020, et, en tout état de cause, il n'est pas signé, est insuffisamment motivé, et n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire préalable, la dette n'est pas fondée outre qu'elle a été réduite par une nouvelle décision postérieure à la date d'émission du titre exécutoire.

Par des mémoires, enregistrés les 31 mars 2023 et 12 mai 2023, le département du Loiret s'en rapporte aux écritures de ses mémoires des 1er juillet 2021, 9 décembre 2022 et 15 mars 2023 et conclut aux rejet des requêtes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relevant de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme H,

- les observations de Me Barata, substituant Me Derec, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. C, bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA), a fait l'objet d'un contrôle par la caisse d'allocations familiales du Loiret. A l'issue de ce contrôle, la caisse lui a notifié, par lettre du 22 octobre 2020, qu'il était redevable d'un indu de RSA de 6 423,99 euros au titre de la période d'octobre 2017 au 31 août 2020. Le département du Loiret a confirmé cet indu par une décision du 10 décembre 2020, prise sur le recours administratif préalable de M. C, au motif qu'il n'avait pas déclaré l'intégralité de ses ressources, notamment celles tirées de sommes placées. Un titre de recettes a, par suite, été émis par le département du Loiret le 12 janvier 2021 pour le recouvrement de cet indu. Postérieurement aux demandes d'annulation de la décision du 10 décembre 2020 et du titre exécutoire émis le 12 janvier 2021, présentées par M. C devant le tribunal administratif, le département du Loiret a, par une décision du 8 avril 2021, notifié à M. C que son dossier était révisé en retenant, pour les capitaux non productifs d'intérêts (assurance-vie), 0,25 % par mois du montant du capital, que la caisse devait ainsi recalculer ses droits au RSA sur la période d'octobre 2017 à août 2020, ce qui entrainerait une diminution partielle du trop-perçu de RSA. Par un jugement n°s 2100212/2100360 du 10 novembre 2021, le tribunal administratif a rejeté les requêtes de M. C. Ce jugement a été annulé par une décision n° 460260 du 9 novembre 2022 du Conseil d'Etat, au motif que le tribunal n'avait pas répondu au moyen soulevé que " seuls les intérêts que l'allocataire est supposé retirer des biens non productifs de revenus peuvent faire l'objet d'une évaluation forfaitaire ". Postérieurement au renvoi des affaires, le département du Loiret a informé le tribunal que sa décision du 8 avril 2021 a pu être mise en œuvre, s'étant traduite par une diminution de 109,46 euros du trop-perçu de RSA qui a ramené le montant de cet indu à 6 314,53 euros et non plus 6 423,99 euros. Il a précisé que cette somme de 109,46 euros a été directement versée à la Paierie départementale pour être mise en déduction du titre exécutoire. Il a produit copie d'une lettre de la caisse d'allocations familiales du Loiret du 18 janvier 2022 notifiant à M. C la révision de son droit au RSA depuis le 1er octobre 2017, se traduisant par le reversement par la caisse à la paierie départementale de la somme de 109,46 euros qui vient d'être mentionnée.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le département du Loiret a, par sa décision du 8 avril 2021, entendu retirer sa décision du 10 décembre 2020. Ce retrait ayant acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions dirigées contre la décision du 10 décembre 2020. Ainsi, M. C doit être regardé comme demandant, d'une part, l'annulation de la décision du 8 avril 2021, qui s'est substituée à celle du 10 décembre 2020, en tant qu'elle lui notifie un indu de RSA de 6 314,53 euros, d'autre part, l'annulation du titre exécutoire du 12 janvier 2021.

Sur la décision du 8 avril 2021 en tant qu'elle notifie un indu de RSA de 6 314,53 euros à M. C :

4. En premier lieu, le requérant soutient que les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient que les décisions individuelles prises sur le fondement d'un traitement algorithmique comportent une mention explicite en informant l'intéressé, ont été méconnues par le département. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la décision attaquée résulte de l'application d'un traitement algorithmique. Cette décision fait suite à une analyse de la situation de M. C au terme d'un contrôle de ses droits au revenu de solidarité active. Par suite, en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la décision attaquée ne comporterait pas les informations prévues par les dispositions de l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ", laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales. Aux termes du I de l'article L. 262-25 du même code : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ".

6. En l'espèce, la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 10 juillet 2020 entre le département du Loiret et la caisse d'allocations familiales du Loiret stipule, en son article 5.1.1 que : " La CAF et le Département conviennent de ne pas solliciter la Commission de recours amiable pour l'examen des recours administratifs préalables (article R. 262-87). ". Par suite, le moyen tiré de ce que la décision est intervenue sans avis préalable de la commission de recours amiable, en violation des dispositions des articles L. 262-47 et

R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, doit être écarté.

7. En troisième lieu, si le requérant soutient que la personne signataire de la décision ne justifie pas d'une délégation de compétence régulièrement publiée, il ressort des pièces du dossier que la décision a été signée par M. F G, responsable du service RSA et retour à l'emploi, et titulaire d'une délégation de signature du président du conseil départemental du Loiret du 13 septembre 2019 pour signer, notamment, les réponses aux courriers relatifs aux recours administratifs, régulièrement publiée. Le moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu. En l'espèce, la décision litigieuse du 8 avril 2021, par laquelle le département du Loiret informe M. C de la révision partiellement favorable de son dossier, vise les articles R. 262-37, R. 262-6 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles et mentionne les éléments de droit et de fait qui la fonde. Elle précise notamment que s'agissant des capitaux d'assurance vie de M. C, considérés par le département comme non productifs de revenu, il en a été tenu compte à hauteur de 3 % par an, soit 0,25 % par mois, pour le recalcul de son droit au RSA sur la période d'octobre 2017 à août 2020. Par suite, la décision satisfait les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il résulte des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, en particulier des articles L. 262-46 et suivants, que le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au revenu de solidarité active. L'allocataire peut faire valoir ses observations en exerçant devant le président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires du même code. Si le requérant soutient qu'il a dû s'expliquer sans avoir reçu la communication des pièces sur la base desquelles l'administration fonde ses allégations et notamment le rapport établi par l'agent contrôleur, il ne résulte pas des articles L. 262-46 et suivants du code de l'action sociale et des familles qu'à l'occasion du recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article L. 262-47 du code, l'administration est dans l'obligation de communiquer au bénéficiaire le rapport d'enquête et les pièces sur la base desquels la décision de récupération de l'indu a été prise et de suivre une procédure contradictoire. Au demeurant, il résulte de l'instruction qu'à la suite de la décision initiale du 22 octobre 2020 de la caisse d'allocations familiales du Loiret, le requérant a, par une lettre du 4 novembre 2020, saisi le président du conseil départemental du Loiret aux fins de contestation de l'indu de RSA mis à sa charge et a ainsi été en mesure d'exposer ses arguments, s'agissant des fonds placés à la suite de la vente de son habitation principale. Ainsi, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire ne peut être accueilli. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En sixième lieu, en vertu de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un certain montant fixé par voie réglementaire, a droit au revenu de solidarité. Cette allocation a pour objet de porter les ressources du foyer au niveau de ce montant. L'article L. 262-3 du même code dispose que : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat (). ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". L'article

R. 132-1 du même code prévoit, enfin, que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ".

11. Il résulte d'abord des dispositions précitées des articles L. 262-3 et R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles que, pour la détermination des droits au RSA, toutes les ressources doivent être prises en compte, de quelque nature qu'elles soient, sous les réserves prévues au chapitre III du titre VI du livre II du même code dans les prévisions desquelles le produit de la vente des immeubles servant de résidence principale n'entre pas. La circonstance que les sommes concernées ont servi à acquitter des dettes fiscales et à acquérir une nouvelle résidence principale est sans incidence sur leur qualification de ressources. Ainsi le requérant n'est pas fondé à soutenir que le produit de la cession de son habitation principale ne pouvait être pris en compte par l'administration.

12. Ceci posé, le requérant soutient également qu'à la suite de la vente de son habitation principale, le produit de la vente a temporairement été placé sur des contrats d'assurances vie " Cachemire " que le département du Loiret a qualifié à tort de capitaux non productifs d'intérêts en leur appliquant l'évaluation forfaitaire de 3 % annuels prévue par les dispositions précitées de l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles. Or, comme l'a effectivement jugé le Conseil d'Etat, dans sa décision n° 401637 du 14 juin 2017, " seules peuvent être évaluées sur la base forfaitaire prévue par les articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles les ressources que l'allocataire est supposé pouvoir retirer de biens non productifs de revenu. Par suite, si les capitaux dont il dispose ont fait l'objet de placements productifs de revenus, seuls ces revenus peuvent être pris en compte, quand bien même le taux d'intérêt de ces placements serait inférieur aux taux d'évaluation du revenu procuré par les capitaux fixé par l'article R. 132-1. ". En l'espèce, il est constant que l'indu de 6 314,53 euros au final réclamé à M. C a été calculé en appliquant un taux de 3 % aux sommes détenues par son épouse et lui sur les contrats d'assurance vie " Cachemire " souscrits par eux à la suite de la vente de leur habitation principale, sans retenir les intérêts effectivement produits par ces contrats. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 8 avril 2021 du président du conseil départemental du Loiret est entachée d'une erreur de droit doit être accueilli.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'examiner le moyen tiré de l'absence de fraude soulevé par le requérant, que celui-ci est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 avril 2021 en tant qu'elle lui notifie un indu de RSA de 6 314,53 euros. Il est fondé, par suite, à être déchargé de la différence entre le montant de cet indu RSA mis à sa charge et celui résultant du recalcul à opérer par le département du Loiret en tenant compte, dans ses ressources, des revenus effectivement issus de ses contrats d'assurance vie.

Sur le titre de recettes exécutoire émis le 12 janvier 2021 à l'encontre de M. C :

14. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ". Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi n° 2009-526 du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où ses deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, codifié depuis lors au premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, de même par voie de conséquence que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

15. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'alors que le bordereau de titre de recettes est signé par M. A E, directeur de l'habitat et de l'insertion au département du Loiret, le titre de recettes a été signé par M. Marc Gaudet, président du conseil départemental du Loiret. Par suite, alors que les noms, prénoms et qualité du signataire du bordereau ne figurent pas sur le titre de recettes en litige, le requérant est fondé à soutenir que ce titre, qui n'est pas régulièrement signé, doit être annulé.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Loiret la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 10 décembre 2020.

Article 2 : La décision du 8 avril 2021, en tant qu'elle notifie un indu de RSA de 6 314,53 euros à M. C, est annulée.

Article 3 : M. C est déchargé de la différence entre le montant de l'indu RSA de 6 314,53 euros mis à sa charge et celui résultant du recalcul à opérer par le département du Loiret en tenant compte, dans ses ressources, des revenus effectivement issus de ses contrats d'assurance vie.

Article 4 : Le titre de recettes exécutoire émis le 12 janvier 2021 à l'encontre de M. C est annulé.

Article 5 : Le département du Loiret versera la somme de 1 200 euros à M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au département du Loiret et à la caisse d'allocations familiales du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Paule B

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUC

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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