Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204140

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 novembre 2022 et 31 mars 2023, M. C D, représenté par Me Ségolène Rouille-Mirza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

M. C D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Par un mémoire enregistré le 14 décembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en annulation :

1. M. C D, ressortissant nigérian, né le 13 mai 1968, déclare être entré en France le 1er janvier 2010. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office Français de protection des réfugiés et apatrides du 15 juillet 2010, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 16 novembre 2011. M. D a présenté une première demande d'admission exceptionnelle au séjour le 18 mars 2020 en se prévalant de ses dix ans de présence sur le territoire français. Sa demande a été rejetée, à la suite d'un avis défavorable émis par la commission du titre de séjour, par un arrêté portant obligation de quitter le territoire français du 29 mars 2021. M. D a présenté, le 7 janvier 2022 une demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit. Par un arrêté du 6 septembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. M. D fait état de ce qu'il vit en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, qu'il vit depuis 2013 en concubinage avec une compatriote nigériane, bénéficiaire de la protection subsidiaire et disposant depuis le 12 mai 2020 d'une carte de résidence de dix ans, avec laquelle il a eu un fils A D né le 15 avril 2013 à Laon (Aisne). Toutefois, il ne justifie pas, à la date de la décision attaquée, d'une vie commune avec la mère de son fils, ni pourvoir à l'éducation et à l'entretien de cet enfant ni d'ailleurs à celui des trois enfants que sa compatriote a eus d'une précédente union. Il ressort en outre des pièces du dossier, en particulier de l'avis défavorable à la régularisation de l'intéressé émis le 22 octobre 2020 par la commission du titre de séjour, que celui-ci ne maîtrise pas la langue française, qu'il ne dispose pas de ressources, qu'il a des attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et les membres de sa fratrie et où il a vécu plus de quarante années et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

5. Les éléments mentionnés au point 3 ne constituent pas des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions, mentionnées au point 4, de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Pour les motifs exposés au point 3, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. D doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 29 mars 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté étant rejetées, il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Par voie de conséquence du rejet de sa requête, les conclusions de M. D présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Benoist Guével, président rapporteur,

Mme Hélène Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Laura Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le président,

Benoist GUEVEL

L'assesseure la plus ancienne

Hélène DEFRANC-DOUSSET

Le greffier,

Benoit VESIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.