Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204363
jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204363 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 décembre 2022 et le 27 décembre 2022, des pièces enregistrées le 27 décembre 2022 ainsi que des mémoires et des pièces déposés le 9 février 2023, le 12 avril 2023, et les 18 et 24 juin 2023, Mme C A doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2022 par laquelle la commission de l'académie d'Orléans-Tours a rejeté son recours administratif préalable obligatoire présenté le 31 octobre 2022 contre la décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille de sa fille B, née le 8 décembre 2008, prise par la direction des services académiques de l'éducation nationale (DASEN) du Loiret le 15 novembre 2022 ;
2°) d'enjoindre au recteur de procéder au réexamen de sa demande.
Elle soutient que :
- sa demande d'instruction à domicile est justifiée par le diagnostic de phobie scolaire et de dépression de sa fille chez laquelle elle soupçonne l'existence d'un syndrome autistique de type Asperger mais pour le diagnostic duquel elle ne pouvait produire le justificatif médical demandé en seulement quinze jours alors que les pédopsychiatres n'ont pas de disponibilités dans ces délais ;
- la décision crée une situation compliquée, stressante et injuste pour sa fille et elle-même et contrevient à son droit d'étudier.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le recteur de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés et que la commission académique aurait pris la même décision en se fondant sur le motif tiré de ce que la scolarisation de l'enfant est le mode d'instruction le plus conforme à l'intérêt de l'enfant.
Par ordonnance du 4 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Mme D, représentant le recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A est la mère de B A, née le 8 décembre 2008. Par courrier notifié le 20 octobre 2022, elle a présenté pour l'année scolaire 2022-2023 une demande d'autorisation d'instruction en famille pour le motif " état de santé de l'enfant ". Par une décision du 15 novembre 2022, le directeur académique des services de l'éducation nationale du Loiret a rejeté sa demande. Elle a formé un recours administratif préalable contre cette décision le 31 octobre 2022. Ce recours administratif préalable obligatoire a été rejeté par une décision de la commission académique, le 24 novembre 2022, dont elle demande l'annulation.
2. Aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code de l'éducation, dans sa version applicable au litige : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. (.) / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap ; / 2° La pratique d'activités sportives ou artistiques intensives ; / 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public ; / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () / La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 131-11-1 du même code : " Toute demande d'autorisation comporte les pièces suivantes : / 1° Un formulaire de demande d'autorisation dont le modèle est fixé par le ministre chargé de l'éducation nationale ; / 2° Un document justifiant de l'identité de l'enfant ; / 3° Un document justifiant de l'identité des personnes responsables de l'enfant ; /4° Un document justifiant de leur domicile ; / 5° Un document justifiant de l'identité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant lorsqu'il ne s'agit pas des personnes responsables de l'enfant. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 131-11-2 du même code : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'état de santé de l'enfant, elle comprend un certificat médical de moins d'un an sous pli fermé attestant de la pathologie de l'enfant. / () le directeur académique des services de l'éducation nationale transmet le certificat médical sous pli fermé au médecin de l'éducation nationale. Celui-ci rend un avis sur cette demande. / Une autorisation justifiée par l'état de santé de l'enfant ou son handicap peut être accordée pour une durée maximale de trois années scolaires.".
3. Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.
4. Il est constant que Mme A n'a présenté, à l'appui de sa demande d'autorisation d'instruction en famille, qu'un certificat d'un médecin généraliste du 16 septembre 2022, lequel se borne à attester que l'état de santé de la jeune B ne lui permet pas de se rendre au collège et qu'elle doit, par conséquent, suivre les cours dispensés par le Centre National d'Enseignement à Distance (CNED), à domicile mais qui n'atteste d'aucune pathologie de l'enfant. Il ressort des pièces du dossier qu'en dépit de la demande formulée par la direction des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) du Loiret, la requérante n'a produit, à l'appui de sa demande, aucun autre élément lui permettant de justifier de l'état de santé de sa fille. Par suite, la décision en litige, prise au motif que le médecin de l'éducation nationale, consulté en application des dispositions susvisées du code de l'éducation, n'a pas été en mesure de se prononcer au vu de ce seul certificat, et que les éléments constitutifs de la demande ne sont pas suffisamment circonstanciés pour permettre d'établir des éléments propres à la situation de l'enfant B qui s'opposeraient à sa scolarisation le cas échéant avec des aménagements, n'est entachée d'aucune erreur de fait, de droit ou d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée, qui n'est pas en elle-même de nature à porter atteinte au droit à l'instruction de B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera transmise pour information au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
M. Joos, premier conseiller,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.
La présidente-rapporteure,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
L'assesseur le plus ancien,
Emmanuel JOOS
La greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.